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Expérience australienne
Quelles sont les techniques d'irrigation du vignoble les plus efficaces ?

De multiples dispositifs existent pour mesurer le stress hydrique à la vigne et ajuster l'apport en eau en conséquence. Un webinaire organisé par l'institut australien AWRI apporte quelques réponses sur les méthodes jugées les plus performantes.
Par Sharon Nagel Le 06 décembre 2021
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Quelles sont les techniques d'irrigation du vignoble les plus efficaces ?
« Dans l’idéal, il faudrait disposer de capteurs placés dans le sol et sur la plante pour connaître la quantité d’eau dans le sol et le niveau de stress hydrique sur la plante », a estimé le Dr Vinay Pagay. - crédit photo : AWRI
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aradoxalement, l’Australie a été frappée au mois de novembre par des pluies et même de la grêle, mais globalement la question des calendriers d’irrigation, c’est-à-dire la quantité d’eau apportée et le timing, devient une thématique importante puisqu’elle permet d’optimiser l’utilisation d’une ressource en eau toujours plus rare, et d’atteindre des objectifs de développement durable. C’est pour cela que l’Institut australien de recherche sur le vin (AWRI) a organisé fin novembre un webinaire balayant les différentes possibilités qui existent pour rationaliser l’utilisation de l’eau en viticulture. En préambule, le Dr Everard Edwards du CSIRO a rappelé que « bien souvent, une irrigation importante n’est pas le meilleur moyen de gérer une vigne, car elle ne convient pas à tous les types de sols et la présence de stress hydrique est une nécessité ». Mesurer les besoins de la plante s’avère d’autant plus complexe que le potentiel hydrique est « dynamique. A l’aube, il est en équilibre avec le sol puis baisse tout au long de la journée, jusqu’à ce que les stomates se ferment ».

Mesurer le stress hydrique directement sur la vigne

Parmi les différentes méthodes permettant de mesurer ces valeurs, le Dr Edwards prône plutôt des indicateurs de mesures directement sur la plante, qui ne sont pas récents, la nouveauté résidant dans la détection en continu. Il existe plusieurs techniques. Des chambres à pression à la psychométrie de tige en passant par le dendromètre, le capteur de flux de sève et la spectroscopie, ces techniques aident à piloter l’irrigation avec précision. Certaines, comme les chambres à pression, sont jugées trop manuelles, d’autres trop chères. « La thermographie a suscité beaucoup d’intérêt ces dernières années », note le chercheur. « Les viticulteurs ont souvent remarqué que les feuilles des vignes en stress hydrique sont plus chaudes les jours où il fait chaud que les feuilles des vignes qui ne sont pas en état de stress. On peut ainsi mesurer la température des feuilles pour estimer le stress hydrique ». Seul bémol : il faut d’autres mesures environnementales pour interpréter les résultats et la caméra est coûteuse, de l’ordre de 30 000 euros. D’autres systèmes sont en cours de développement. « Les indicateurs de mesures directement sur la plante ont été compliqués et chers à mettre en application mais ils sont de plus en plus pratiques à utiliser et abordables », conclut le Dr Edwards.

L’intérêt de l’irrigation de précision

Le Dr Vinay Pagay de l’Université d’Adélaïde, abonde dans son sens. « On s’intéresse de plus en plus aux indicateurs sur la plante car les racines ne se trouvent pas forcément à l’endroit où sont placés les capteurs dans le sol, ce qui crée des incohérences dans les mesures ». Quel que soit le système choisi, l’utilisation de la cartographie spatiale permet de placer les capteurs de manière stratégique sur une parcelle, sachant qu’à l’intérieur de celle-ci il peut y avoir des variations importantes. Pour illustrer l’importance d’une irrigation de précision, le Dr Pagay a révélé les résultats d’une étude conduite sur des parcelles de shiraz et de chardonnay pendant une vague de chaleur atteignant 40°C sur trois jours. La transpiration de la plante a augmenté de 1,4 mm par jour tandis que l’irrigation avait été augmentée de 1,7mm par jour. « Si nous avions disposé de mesures du flux de sève, nous aurions pu économiser entre 0,3 et 0,7mm par jour ».

Les techniques d’avenir

L’irrigation de précision peut également s’appuyer sur la télédétection, à l’aide de satellites, de drones ou d’avions par exemple qui utilisent différents dispositifs, dont l’imagerie thermique, le multi-spectral ou le balayage par laser. « Même un système aéroporté simple, à 600 mètres, donne une idée de la variabilité sur une région », affirme le Dr Pagay. Et celui-ci de rappeler que certaines techniques, comme l’imagerie thermique, peuvent constituer des outils puissants pour piloter une irrigation de précision, « et n’ont pas besoin d’être utilisés chaque année ». Dans tous les cas, « comprendre la variation dans l’espace est indispensable pour comprendre l’optimisation », sachant que l’on peut également calculer la conductance stomatique, « qui représente sans doute la meilleure mesure d’état hydrique de la vigne qui existe ». A l’avenir, le Dr Pagay prédit la multiplication des outils d’aide à la décision qui établissent des seuils au niveau du sol et de la plante, ainsi que du zonage et de l’irrigation autonome « qui permet une approche plus homogène à travers les saisons ».

 

Enfin, l’utilisation d’images satellitaires jouera sans doute un plus grand rôle à l’avenir : la plateforme IrriSat utilise des images satellites pour déterminer l'indice de végétation par différence normalisée (NDVI) pour chaque parcelle, à partir duquel la taille du couvert végétal peut être déterminée et un coefficient de culture (Kc) peut être estimé. En combinant Kc avec les observations quotidiennes de l'évapotranspiration de référence (ETo) provenant d'une station météorologique proche, l'utilisation de l'eau par la vigne peut être déterminée et des conseils peuvent être fournis concernant la quantité d'irrigation à appliquer. « De plus en plus, nous verrons des solutions qui rassemblent toutes les informations, émettent des alertes, et font le plus gros du travail », conclut le Dr Edwards.

 

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