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Répondre au lobby hygiéniste par des lettres persan...itaires

Alors que les attaques contre la consommation de vin se multiplient ces derniers mois, donnons un nouvel angle de réflexion à l'occasion des 300 ans des Lettres Persanes.
Par Alexandre Abellan Le 14 novembre 2021
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'Le Grand Seigneur dans le sérail avec le Kislar Agassi', tiré du Recueil de cent estampes représentant les diverses nations du Levant par le graveur Le Hay et le peintre Jean-Baptiste Vanmour en 1715. - crédit photo : Bibliothèque nationale de France (département des estampes)
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ous pensiez que la dégustation de vin était un marqueur culturel et convivial d’un art de vivre immémorial à la française ? Détrompez-vous ! Pour l’agence sanitaire Santé Publique France (dépendant du ministère de la Santé), il s’agit d’une pratique dommageable trop banalisée dans le quotidien des Français. Une pratique dangereuse qui serait à mettre au ban d’une société réprouvant de tels comportements inconscients (pour ne pas dire les condamnant). Un programme porté ces derniers mois par l'INSERM, Cash Investigation... Appelant à la « débanalisation », après la « dénormalisation », ces tenants de l'hygiénisme appellent à réduire la consommation de boissons alcoolisées. Oubliant que la consommation nationale de vin ne cesse de diminuer, suivant le « moins mais mieux » bien connu de la filière, qui prône une consommation modérée inconcevable pour les ligues de vertu modernes. Affûtant leurs arguments et fourbissant leurs propositions prohibitionnistes alors qu’approchent les élections présidentielles et législatives de 2022, les hygiénistes proposent de vieilles antiennes : plus de taxes, moins de communication, plus de contraintes, etc.

Pour éclairer ce débat moins banalisé que balisé, célébrons les 300 ans des Lettres persanes de Montesquieu et son analyse des effets contre-productifs de l’interdit. Dans la lettre XXXIII, le baron de la Brède* fait écrire au seigneur Usbek que « le vin est si cher à Paris, par les impôts que l’on y met, qu’il semble qu’on ait entrepris d’y faire exécuter les préceptes du divin Alcoran qui défend d’en boire. [Mais alors que] la Loi interdit à nos princes l’usage du vin, ils en boivent avec un excès qui les dégrade de l’humanité même ; cet usage, au contraire, est permis aux princes chrétiens, et on ne remarque pas qu’il leur fasse faire aucune faute. L’esprit humain est la contradiction même : dans une débauche licencieuse, on se révolte avec fureur contre les préceptes ; et la Loi, faite pour nous rendre plus justes, ne sert souvent qu’à nous rendre plus coupables. » On ne saurait mieux dire que l’auteur De l’Esprit des lois.

 

* : Propriétaire de vignobles bordelais, Montesquieu précise dans cette lettre que « lorsque je pense aux funestes effets de cette liqueur, je ne puis m’empêcher de la regarder comme le présent le plus redoutable que la nature ait fait aux hommes ».

 

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