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Première AOC
Tout désherbage chimique banni du vignoble de Pomerol

L'appellation de la rive droite bordelaise s'impose l'enherbement et le travail du sol pour gérer ses vignobles. Une initiative inédite, qui affirme le travail précurseur des appellations bordelaises en matière de transition agroenvironnementale.
Par Alexandre Abellan Le 21 octobre 2021
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Tout désherbage chimique banni du vignoble de Pomerol
Les vignes encore désherbées chimiquement ne représentaient plus qu'une fraction infime du vignoble selon le syndicat viticole. - crédit photo : AOC Pomerol (archives)
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« Le désherbage chimique est interdit. La maîtrise de l’enherbement des parcelles est réalisée uniquement par des moyens mécaniques ou physiques » pose sobrement le nouveau cahier des charges de l’appellation Pomerol, homologué par l’arrêté publié ce 20 octobre. « En 2008, Pomerol a intégré dans son cahier des charges l’interdiction de désherbage total, comme obligation minimale. On va garder ce temps d’avance avec cette interdiction de toute forme de désherbage » explique Jean-Marie Garde, le président de l’appellation, soulignant que « sur Pomerol, quasiment tout le monde laboure ou enherbe. On est mûrs, c’est une volonté collective. » Tout en reconnaissant que cette interdiction a un coût, qui est absorbable par une AOC prestigieuse et valorisée, mais plus difficile pour d'autres vignobles : « nous devons être moteur ».

En France, « c’est la première AOC à s’interdire totalement le désherbage chimique* » souligne Laurent Fidèle, le délégué territorial pour la Nouvelle Aquitaine de l’Institut National de l'Origine et de la Qualité (INAO), qui note un projet similaire envisagé en Corse (pour l’appellation Patrimonio) et en Provence (AOC des Baux de Provence). En matière de plan de contrôle, cela se traduira par une vérification visuelle des parcelles et un contrôle documentaire des registres précise Laurent Fidèle. Le cahier des charges de Pomerol intègre également des mesures agroenvironnementales plus classiques, comme l’évacuation des pieds morts et le calcul des Indices de Fréquence de Traitement (IFT), qui se multiplient dans le bordelais (voir encadré).

Irrigation et paillage

« Nous étions en avance, nous le restons. Quitte à ouvrir cahier des charges, autant intégrer d’autres éléments… » indique Jean-Marie Garde, notant l’introduction d’une mesure de demande de recours à l’irrigation en cas de forte sécheresse pour répondre au changement climatique. « Il ne s’agit pas d’ouvrir les vannes, mais de réfléchir à de nouveaux outils contrôlés, dans le respect de l’esprit des AOC. Il ne s’agit pas d’irriguer pour la production, mais pour le matériel végétal en cas de besoin » souligne le vigneron qui préside également la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB).

En termes d’innovation et d’adaptation au changement climatique, l’AOC Pomerol envisage également de comparer des méthodes d’entretien du sol, notamment des paillages biodégradables, afin de tester les effets hydriques et thermiques. Devant encore être présenté, et validé, par le comité régional de l’INAO, cette expérimentation reposerait sur deux matières biodégradables (de la paille et un tissu en fibre végétale de jute et de chanvre). « Je crois que dans cette période d’évolution climatique il faut tout essayer » conclut Jean-Marie Garde.

 

* : Suite à la parution de cet article, l'appellation Pouilly Fuissé indique ce 22 octobre être la première AOC sur le sujet, son cahier des charges, homologué en novembre 2020, interdisant tout « désherbage par des produits chimiques à l'exception des produits de biocontrôle homologués par les pouvoirs publics en viticulture [...] dans les parcelles produisant des vins susceptibles de bénéficier de la mention "premier cru" ». Si l'appellation de Bourgogne est bien innovante, elle limite cependant cette interdiction aux premiers crus et aux herbicides non-biocontrôle, quand Pomerol s'interdit tout produit sur toute son aire.

 

Le bordelais, vivier des DAE

Définies par le comité national de l’INAO, les Dispositions AgroEcologiques types (DAE) vont de l’enherbement obligatoire des tournières à l’interdiction du désherbage en plein, en passant par l’interdiction des modifications substantielles de la morphologie originelle des sols, l’interdiction du paillage en plastique… « Il y a un fort engagement des Organismes de Défense et de Gestion (ODG) de Gironde dans les dispositifs de mesures agroenvironnementales » souligne Laurent Fidèle, citant les AOC ayant déjà adopté ces mesures (Bordeaux, Bordeaux Supérieur, Cérons et Pessac-Léognan), ainsi que celles étudiant leur intégration (Barsac, Blaye, Côtes Bordeaux, Côtes de Bourg, Entre-deux-Mers, Graves de Vayres, Margaux, Médoc, Pessac-Léognan…).

« Il y a une vraie volonté, la mobilisation est nette : on vit un tournant majeur. Il n’est plus question d’objectifs, chacun les partage. Il n’est plus question que de mise en œuvre et d’inscription au cahier des charges » analyse Laurent Fidèle, ajoutant que les appellations bordelaises travaillent également sur l’introduction d’obligations de certification environnementales (au minimum de niveau 2, HVE ou AB). « Aujourd’hui, dans le sillage de la demande portée par Saint-Émilion, qui a ouvert la voie en 2017, nous avons des projets en Côtes de Bourg, Entre-deux-Mers, Médoc, Haut-Médoc et Listrac… le mouvement est enclenché » conclut le délégué territorial de l’INAO.

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Tous les commentaires (4)
VIGMIC Le 22 octobre 2021 à 16:30:11
Tout à fait d'accord avec gz33. je voulais simplement ajouter "bonjour le bilan carbone" du désherbage mécanique. Sans parler du BIO qui nécessite en année de mildiou 15 traitements avec un métal lourd, le cuivre, au lieu de 5ou 6 en lutte raisonnée !
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gz33 Le 22 octobre 2021 à 14:31:08
cher M. Techer, bien sur, c'est surement une bonne nouvelle, mais ça ne devrait pas changer grand chose dans la campagne pomerolaise... Personnellement je ne suis pas pressé d'y passer! en effet, on peut tout dire et tout écrire, mais faut il encore avoir les outils, le temps et le personnel pour effectuer ces travaux... certains diront "il suffit de se donner les moyens", personnellement je ne les ai pas, ni le personnel qui va avec...et mon dos se plaint d'avance des journées supplémentaires de tracteur....alors pour l'instant je continue "au chimique", à dose modérée et uniquement sous le rang bien sur...je pense que c'est un bon compromis qui n'est pas scandaleux....faute de mieux...
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Dominique Techer Le 22 octobre 2021 à 09:55:51
Cet abandon du désherbage chimique à Pomerol, on ne l’attendait plus. Ouf ! Comme vignerons à Pomerol, nous avions été quelques uns à proposer cet abandon du désherbage chimique lors de la révision du cahier des charges en 2007-2008. Soit il y a 14 ans. Je me suis donc pincé à la lecture de cet article pour bien vérifier que mon président parle de "temps d'avance" et "d'être moteur" !! Il aurait pourtant été bien plus facile d'intégrer ce nouveau mode de conduite à une période où les affaires étaient plus florissantes. Mais, à Pomerol, comme dans la plupart des appellations il faut bien le reconnaître, on élabore le plan de prévention incendie quand les flammes sont déjà là. Et on demande, en plus, aux flammes "de nous laisser du temps". Pour sortir de cette logique, il faudrait un peu d'esprit prospectif, une sensibilité aux valeurs qui travaillent notre société, une compréhension de ce qu'est l'effondrement du vivant. Eviter aussi de stigmatiser comme "excessifs" ceux qui ont le malheur d'avoir un temps d'avance. Mais de tout ceci, on ne parle guère dans les diverses assemblées institutionnelles où des boomers en costume trois pièces cultivent sans fin un émollient entre-soi, à l'abri du réel. Au passage, il est consternant de voir que c'est la seule appellation à avoir pris cette mesure. Ca aurait été pourtant possible depuis longtemps du moins dans les appellations « riches ». En creux, cela pointe bien une profession qui a malheureusement toujours un train de retard. Il y a de l'ouvrage en vue !
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POUIZIN Fran?ois Le 22 octobre 2021 à 07:00:39
Félicitations ! Un exemple à suivre !
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