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Surplace de Bordeaux

Par Alexandre Abellan Le 24 septembre 2021
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Surplace de Bordeaux
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a place de Bordeaux se porte bien, merci pour elle. Renforcée par deux campagnes de primeurs ayant démontré sa capacité à mettre en marché de grands vins malgré la pandémie, l’aristocratie du bouchon chère à François Mauriac vient de mener avec succès une campagne de mise en marché de crus étrangers : californiens, chiliens, espagnols, italiens… Et même un premier Champagne. D’abord limité à des propriétés étrangères à capitaux bordelais (d’Almaviva à Opus One), cet élargissement des vins passant par la place de Bordeaux témoigne de son expertise sans pareille dans les circuits de distribution internationaux. C’est que le négoce bordelais est très bon quand il s’agit de vendre cher des vins rares à une clientèle aisée. Alimentant un réseau de distribution toujours plus pointu, dans le monde entier et le haut de gamme, la locomotive des grands négoces de Bordeaux n’en semble que plus décrochée du reste des wagons formant le premier département viticole de France.

Alors que le vignoble girondin vient de traverser un millésime historiquement éprouvant (gel de printemps, coulure ponctuelle, pression mildiou généralisée, végétation poussante, attaques de cicadelles…) et qu’il continue de se convertir à marche forcée à l’agroécologie (avec la première place nationale pour le bio, de premières obligations de certifications à venir en AOC…), on a peine à sentir un engouement commercial pour soutenir, et valoriser, cette lame de fond viticole sans précédent. Certes, des négoces développent des marques modern(isé)es et des courtiers se battent pour faire se rencontrer cette nouvelle offre avec la demande existante. Mais la tendance toujours baissière des cours du vrac bordelais témoigne d’une forme de passivité et d'attentisme du négoce, suivant le repli de la déconsommation des vins de masse en jouant sur des prix toujours plus bas, sans mettre les bouchées doubles attendues par un vignoble en souffrance pour réussir sa transition sans casse.

Un peu comme si la place de Bordeaux n’avait pas changé de logiciel, qu’elle n'avançait plus sur ses deux jambes, mais se haussait toujours plus sur le pied des grands crus (avec la facilité de faire rimer rareté avec cherté), trouvant bien inconfortable de s'appuyer sur la patte des vins plus modestes (où la difficulté est d’innover pour assurer sa compétitivité). Déçue par les controversées marques domaniales, la place de Bordeaux doit sans doute retrouver son enthousiasme passé dans le potentiel qualitatif et novateur des vins cimentant la base de la pyramide AOC. Les nouveaux outils ne manquent pas en termes d’innovation et de diversification pour créer les vins de Bordeaux de demain, attractifs et générateurs de valeur ajoutée pour tous les maillons de la chaîne girondine. Sinon ce sera à la production de continuer à construire son système alternatif de mise en marché par ses propres moyens.

 

 

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Tous les commentaires (1)
DARIUS Le 24 septembre 2021 à 18:03:33
Le probl?me de Bordeaux c'est que l'interprofession bordelaise n'a pas compris ce qui se passe. Elle a cru par exemple qu'elle ?tait attaqu?e par les bios ? cause de la notori?t? de Bordeaux. C 'est faux. Bordeaux a ?t? la cible des bios ? cause de son image semi industrielle, image qui a ?t? donn?e par le rachat de crus class?s par des soci?t?s du CAC 40 et par la volont? de l'interprofession de vouloir ? tout prix cr?er des marques commerciales ? gros volumes plut?t que de mettre en avant les propri?t?s familiales. A l'heure du local de la proximit? et du familial c'est une ?norme erreur. Tant que Bordeaux n'aura pas compris cela Bordeaux ne remontera pas la pente.
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