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La notoriété de l'origine

Par Marion Ivaldi Le 10 septembre 2021
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La notoriété de l'origine
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ans un monde en plein mouvement, la notion d’appellation d’origine se questionne. Elle se questionne à la lueur d’abord du climat et de la météo capricieuse qu’il engendre. Les pratiques culturales, les zones de production peuvent-elles être les même que celles d’il y a, pour certaines, plus d’un demi-siècle ? La matière première, le cépage, peut-elle se subroger à un autre, sans pour autant offenser l’ADN, l’authenticité séculaire de l’appellation d’origine ? Dans le livre, « Quel vin pour demain ? » sorti cette semaine, les auteurs expriment en filigrane leur point de vue sur ces questions. Le gardien du temple qu’est l’Inao livre, quant à lui, avec une parcimonie précautionneuse des « assouplissements » aux règles, autorise des tests et « expérimentations ». Il faut attendre sans doute un consensus sur le sujet, à moins que le marché ne vienne, de son couperet, tracer un chemin qui sera celui de la sélection naturelle à l’aune d’une notoriété dépendante du profil produit, et donc des règles de production.

L’appellation d’origine se questionne dans les instances internationales. Déménagée en Bourogne, à Dijon, l’Office international de la vigne et du vin prend une résolution définissant l’appellation d’origine. Elle y introduit justement la notion de notoriété acquise. Ainsi donc, comme l’analyse pertinemment, le professeur Théodore Georgopoulos de l’Université de Reims, la notoriété ne devient plus un objectif de la reconnaissance en appellation d’origine, mais doit bien pré-exister à sa création. Se pose alors la question des moyens de promotion nécessaires à la construction d’une telle notoriété ; de la patience et de la persévérance nécessaires à la construction de « stars du marché » mais aussi de qui sera en mesure de s’offrir cette reconnaissance. Enfin se pose la question des règles de production capables ou non d’engendrer des licornes des plaisirs épicuriens. Y a-t-il finalement un questionnement sans fond sur cette dernière question ? Pour aujourd’hui et pour demain, ce qui fait frémir les papilles est plutôt clair en matière de style de produit : vins légers en alcool, à l’acidité maitrisée, bio ou apparenté, pour ne citer que quelques traits généraux. Les pratiques techniques en découlent de façon limpide.

Elle se questionne enfin suite à la décision de la Russie de ne plus reconnaitre le Champagne et Cognac. Et si le pays inspirait d’autres pays ?  Et à cette question, c’est encore la notoriété au-delà des règles, lois, accords internationaux, qui sera la meilleure garante de la pérennité de l’appellation ou du moins sa dénomination. Alors, ne faut-il pas plutôt se poser la question de comment jauger de la notoriété à postériori de l’acquisition de l’appellation ? Faut-il que cette notoriété soit seulement locale, nationale ou globale ? Faut-il qu’elle soit jaugée, réévaluée ? Faut-il s’interroger si elle doit nécessairement synonyme d’une qualité reconnue ? Ou les bad buzz peuvent-ils être acceptés ?

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