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Шампанское

Campagne de Russie pour les vins de Champagne

Lundi 05 juillet 2021 par Laurie Andrès

L'homme fort du Kremlin est à l'origine d'un séisme sur ce marché export valorisé pour les champagnes.
L'homme fort du Kremlin est à l'origine d'un séisme sur ce marché export valorisé pour les champagnes. - crédit photo : Kremlin
Ce 2 juillet, le président russe Vladimir Poutine a adopté l’amendement de la loi réglementant les boissons alcoolisées. Selon la dernière version de ce texte, seuls les producteurs russes auront le droit d’apposer la mention « champagne » sur leurs bouteilles. Les vins importés, eux, devront se contenter de l’appellation « vin à bulles ».

«Шампанское», champanskoïé : traduisez champagne ! Le protectionnisme de Vladimir Poutine semble n’avoir aucune limite.

En cause, l’amendement de la loi réglementant les boissons alcoolisées, adopté ce 2 juillet qui vise particulièrement l’appellation champagne et permet aux producteurs russes d’apposer la mention "Champagne" en cyrillique sur leurs bouteilles, alors même que les champenois devront se contenter de la mention "vin à bulles" en cyrillique. Un affront qui a suscité de vives réactions, en Russie et en France et qui a contraint Moët-Hennessy (Moët & Chandon, Dom Perignon, Veuve Clicquot...) à stopper ses expéditions vers la Russie temporairement, le temps d’un week-end.

« Les maisons de champagne de Moët Hennessy ont toujours respecté la législation en vigueur partout où elles opèrent et reprendront les livraisons au plus vite le temps d’effectuer ces ajustements » a indiqué Moët Hennessy, dans un communiqué.

Le temps de se plier aux exigences russes, de changer les étiquetages qui devraient se chiffrer en millions de roubles.

Pour autant, pas de quoi faire trembler le Kremlin, parmi les 50 millions de litres de mousseux et champagnes importés en Russie chaque année, Moet-Hennessy fait figure de poids plume, représentant seulement 2 % de ce marché.

Le champagne "soviétique"

Cet amendement, qui protège surtout les producteurs russes de sovietskoïé champanskoïé, « champagne soviétique », n’est pas anodin, tant ce produit s’est taillé une part de marché gigantesque en Russie. Depuis les premières usines en 1936 à la chute de l’URSS en 1991, ce vin mousseux, bon marché et rapide à produire, a permis au Kremlin de séduire les classes moyennes en le rendant accessible à tous. Depuis, sa popularité n’a jamais vraiment fléchie, au grand dam des opérateurs champenois.

Le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC) ou Comité Champagne, dont la mission la plus ardue semble être la protection de l’appellation à travers le monde, comptabilise en 2019 un total de 121 pays engagés à protéger l’AOC. Un contingent dont la Russie ne fait évidemment pas partie.

L’épineuse question de cette reconnaissance avait déjà été posée dès 2010, alors même que le CIVC travaillait depuis 20 ans à la protection de l’appellation par l’Etat russe, date à laquelle les négociations ont permis aux producteurs russes de conserver la marque « champanskoïé », mais uniquement en lettres cyrilliques, jusqu’en 2022.

Les producteurs de champagne doivent-ils pour autant s’inquiéter de l’unitéralité de cette loi ?

"Il n’est champagne que de la Russie"

La position de Moët-Hennessy, qui en l’espace d’un week-end joue la carte du boycott, en actant la suspension de ces exportations, pour les reprendre au plus vite, laisse à penser le contraire. D’autant plus que la loi n’interdit pas de faire apparaître la mention champagne en alphabet latin. 

Le CIVC, dans un communiqué daté du jour, « s’insurge » et se dit « scandalisé » affirmant ne pas avoir été informé de cette nouvelle législation par les autorités russes.

« Si les vins de Champagne conservent le droit exclusif d’utiliser le nom "Champagne" en caractères latins sur l’étiquette principale, la loi les oblige à renoncer au terme "Shampanskoe" - traduction du nom Champagne en russe – et à se présenter sous le terme "vin mousseux" en caractères cyrilliques sur la contre-étiquette. Seuls les vins effervescents russes auront désormais le droit d’utiliser le nom "Shampanskoe" »

Selon Maxime Toubart et Jean-Marie Barillère, co-présidents du Comité Champagne, « priver les Champenois du droit d’utiliser le nom "Champagne" (en cyrillique) est scandaleux ; c’est notre patrimoine commun et la prunelle de nos yeux. »

Les Champenois en appellent désormais aux diplomaties françaises et européennes pour obtenir la modification de cette loi jugée inacceptable.

En conclusion du communiqué, les deux co-présidents demandent aux entreprises champenoises de cesser toute expédition vers la Russie, jusqu’à nouvel ordre.

Ayant échappé à la guerre géopolitique transatlantique, la Champagne se fait embarquer dans un conflit sur le front russe.
 

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