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On refait le match

Les grands crus de Bordeaux bouclent une campagne des primeurs réussie

Mercredi 30 juin 2021 par Alexandre Abellan

« Il est difficile de faire des généralités. Les grands crus classés sont des marques fortes, avec des ADN propres, pour des périmètres et univers différents » prévient le négociant Philippe Tapie.
« Il est difficile de faire des généralités. Les grands crus classés sont des marques fortes, avec des ADN propres, pour des périmètres et univers différents » prévient le négociant Philippe Tapie. - crédit photo : UGCB
Plus longue et marquée par des hausses conséquentes de prix, cette mise en marché du dernier millésime a rencontré l’engouement des marchés. Avec des enseignements à tirer pour l’avenir.

S’achevant cette fin juin 2021, la campagne des primeurs 2020 des grands vins de Bordeaux aura été tout aussi réussie que celle de 2019 pour une majorité de propriétés. Un propriétaire de la rive droite faisant état à Vitisphere de « campagne fulgurante », quand un connaisseur de la rive gauche estime que « l’on n’a jamais vendu autant de grands crus classés en 1855 qu’en 2021 ». Pour Philippe Tapie, le président de la commission grands crus de Bordeaux Négoce, « c’est une très bonne campagne de primeurs, qui a marqué une nouvelle fois l’intérêt des clients et consommateurs, ce qui est une bonne chose dans le contexte. La machine Bordeaux, le système des primeurs, démontre une nouvelle fois son efficacité. »

Deux fois plus longue que la campagne de l’an passé (très concentrée, sur trois semaines), la séquence de mise en marché du millésime 2020 a laissé place à une forme d’attentisme dans les sorties, avec une dynamique d’abord timide de hausse des prix (avec le 11 mai +3 % par rapport à 2019 pour le château pour Cheval Blanc, premier grand cru classé A de Saint-Émilion) avant de prendre de l’ampleur alors que les propriétés semblait gagner en confiance et en importance (avec le 11 juin +20 % pour le château Lafite-Rothschild, premier grand cru classé en 1855 de Pauillac).

"Plus la campagne durait, plus les prix augmentaient"

Ayant suivi les sorties de 150 crus, l'agence britannique Wine Lister relève ainsi moins une corrélation entre l’augmentation des prix affichés et la hausse des notes (d’après une agrégation des quatre critiques*), qu’entre les prix et le calendrier des sorties. « Plus la campagne durait, plus les prix augmentaient par rapport aux prix de sorties 2019 » indique Chloe Ashton, la directrice des opérations de Wine Lister, qui relève des hausses moyennes de +1 à +4 % sur les trois premières semaines (10 au 24 mai) et des hausses de +11 à +27 % sur les trois dernières semaines (7 au 21 juin). « En fin de campagne, il devenait de plus en plus difficile de justifier des hausses de prix. Des 2020 sont sortis au-dessus du prix de livrables remontant jusqu’à 2010 (selon la moyenne pondérée du site Wine Searcher) » indique Chloe Ashton.

Rythme de sorties

Pour Philippe Tapie, cette dynamique croissante est liée à une forme de retour à la normale dans la chronologie des sorties : « l’an passé, on se trouvait au milieu de nulle part [avec la crise covid]. Les premiers grands crus classés sont sortis tôt et ont donné confiance. En 2021 c’est plus classique : on avait l’expérience que l’on peut mener à bien une campagne malgré un contexte compliqué. La sortie de Cheval blanc a été salutaire. Lafite a redonné une impulsion et déclenché la sortie des plus hésitants. »

En matière de ressenti des marchés, notamment en Grande-Bretagne et aux États-Unis, « nos contacts acheteurs nous font part d’un rythme trop long, avec un écart important entre le départ bien lancé, un long ventre mou et quasiment 50 sorties sur la dernière semaine » rapporte Chloe Ashton, qui pronostique que l’augmentation des prix sur les dernières semaines va faire amener les acheteurs à revisiter les offres de fin mai à début juin, « moins visibles, alors qu’il s’agit de belles marques pour de bons rapports qualité/prix ».

25-28 avril 2022

Ses ventes en primeur ayant survécu à la pandémie du coronavirus, la place de Bordeaux attend désormais de pouvoir organiser une semaine de présentation physique de ses primeurs à domicile. L’Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB) vient de fixer la présentation des primeurs 2021 du lundi 25 au jeudi 28 avril 2022. La crise covid ayant permis de tester un évènement plus tardif, à la fin avril et non début avril comme précédemment. « Il n’est pas plus mal goûter un peu plus tard vins » note Philippe Tapie, ajoutant qu’« un rythme commercial de 30 à 40 jours est convenable. Il faut que la campagne soit terminée avant juillet pour répondre aux demandes des clients. »

En termes de calendrier, « il n’y a pas de débat sur ce sujet, au sein de notre association, et les retours reçus de la part de notre clientèle à Bordeaux et ailleurs confortent notre démarche pour l’avenir » indique Ronan Laborde, le président de l’UGCB.

 

* : Les notes de Wine Lister sont basées sur celles des sites Bettane et Desseauve, Jeannie Cho Lee, Jancis Robinson et Vinous.

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