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Transition environnementale
La viticulture bio se développe à grand pas en Alsace

Le vignoble d'Alsace accélère sur le bio. L’enjeu sera de trouver un débouché valorisant aux volumes croissants qui s’annoncent.
Par Christophe Reibel Le 13 avril 2021
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La viticulture bio se développe à grand pas en Alsace
Au plan économique, la diminution du rendement autorisé à 65 hl/ha en bio comme en conventionnel en 2020 peut encourager la poursuite des conversions. Le bio est mieux payé alors que le surcoût d’un passage au bio est estimé entre 15 et 30 %. - crédit photo : CIVA (Didier Jean)
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n 2020, le vignoble alsacien recensait 2 481 ha en conversion bio. Ils conforteront d’ici 2022 au plus tard les 2 519 ha déjà certifiés. Près d’un tiers du vignoble (15 600 ha hors jeunes vignes et VSIG) est ainsi déjà conduit en bio, à la fois par des vignerons indépendants mais aussi des vendeurs de raisins poussés par leurs acheteurs. « Le pas ne semble plus très difficile à franchir. L’expérience acquise aide. La protection des vignes n’a pas été trop compliquée à maîtriser ces dernières années. La gestion du cavaillon est la seule question qui se pose. Les restrictions d’utilisation du glyphosate entraînent le travail du sol car les viticulteurs ne veulent pas opter pour les spécialités de prélevée » détaille Frédéric Schwaerzler, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture d’Alsace. « Le sentiment qui prédomine est qu’il faudra se mettre au bio un jour ou l’autre. Alors autant y aller pendant qu’on a encore le choix et droit à des aides pour acheter des matériels de désherbage » ajoute sa collègue Marie-Noëlle Lauer qui constate que « le passage en HVE est souvent une étape intermédiaire avant le bio ».

Un coût de production en hausse de 15 à 30 %

Au plan économique, la diminution du rendement autorisé à 65 hl/ha en bio comme en conventionnel en 2020 peut encourager la poursuite des conversions. Le bio est mieux payé alors que le surcoût d’un passage au bio est estimé entre 15 et 30 %. « Il dépend de la structure de l’entreprise, de l’investissement à consentir en matériel, de la main d’œuvre disponible et des conditions de l’année » évalue Frédéric Schwaerzler. « En conditions normales, il suffit de traiter deux fois de plus et de deux passages pour désherber. Dans un premier temps, les viticulteurs privilégient les doigts Kress qui vont bien sur des sols jusque-là désherbés. Mais il faudra sans doute revenir ultérieurement et en fonction des adventices présents, à une stratégie de buttage/débuttage ». Pour les surfaces en HVE, les techniciens n’identifient pas de surcoût, mais cette certification est de plus en plus la condition d’accès au marché. « Elle est devenue la norme des acheteurs pour 80 % des échanges de vins conventionnels en vrac » confirme Claude Freyermuth, président du syndicat des courtiers.

Des marchés à saisir en grande distribution

Le vin d’Alsace bio échappe à la morosité d’un marché du vrac atone depuis deux ans. « La demande pour le bio est toujours palpable. Les grandes maisons se positionnent pour acheter des raisins bio. Ils sont partis pour devenir la norme » poursuit Claude Freyermuth. A Saint-Hippolyte (Haut-Rhin), les vins Biecher ont conclu leurs premiers contrats trisannuels pour du vrac bio à prix garanti en 2018 avec une bonne trentaine d’apporteurs. « La principale difficulté de certains a été de produire le type de vins correspondant à nos marchés. Nous reconduirons la majorité de ces partenariats avant l’été avec un cahier des charges adapté. Il bannira par exemple à la vigne les liens verts en plastique et les manchons de jeunes plantations qui terminent dans les fossés et les ruisseaux » indique Olivier Biecher, responsable de ce négoce qui vend annuellement 180 000 hl au total dont environ 20 % de vins bio et 25 000 à 30 000 hl de vins d’Alsace. Chaque année depuis 2018, les vins Biecher écoulent de 500 à 1 000 hl de vin d’Alsace bio en plus. « Cela représente aujourd’hui l’équivalent de 120 ha à 60 hl/ha » souligne Olivier Biecher qui revendique la place de premier metteur en marché de vin d'Alsace bio. A ses yeux, le bio « est une évolution positive. Il faut s’en réjouir. Les marchés se construisent petit à petit. En France le bio trouvait jusqu’à présent plutôt sa place dans les foires aux vins parce que le manque d’offre ne permettait pas de répondre à des demandes de la grande distribution pour 200 000 ou 300 000 bouteilles. L’accroissement de la disponibilité devrait lever ce frein. Mais le différentiel de valeur devra rester ». Actuellement les vins Biecher règlent leurs achats de riesling vrac bio dans une fourchette de 2,80 à 3,20 €/l. En début d’année 2021, les lots de riesling conventionnel s’échangeaient autour de 1,50 €/l.

 

 

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Tous les commentaires (1)
voltaire Le 13 avril 2021 à 18:55:15
On oublie que la culture Bio nécessite 30 à 50 % de travail en plus et que nous risquons la récolte due aux maladies cryptogamiques sans compter le risque de la flavescence dorée . Faut-il faire du tout bio cette réflexion doit être bien posée sur chacune des exploitations viticoles ? Il faut savoir que la clématite est porteuse du mycoplasme de la flavescence dorée transmis par les cicadelles.
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