LE FIL

C'est prouvé

Les apports de matière organique sont bénéfiques à l'environnement et aux sols viticoles

Mardi 23 mars 2021 par Christelle Stef

Les apports de matières organiques permettent de stocker du carbone dans le sol et donc de répondre à l'initiative du 4 pour 1000
Les apports de matières organiques permettent de stocker du carbone dans le sol et donc de répondre à l'initiative du 4 pour 1000 - crédit photo : Christelle Stef (photo d'archive)
Les apports de matières organiques permettent d’augmenter les teneurs en carbone dans le sol, la CEC, le pH et les éléments minéraux. Ils ont aussi pour effet d’améliorer la biomasse microbienne. En outre, ils permettent de stocker du carbone dans le sol et donc de compenser une partie des émissions de gaz à effet de serre.

Les apports de matières organiques dans les sols viticoles ont non seulement un intérêt agronomique, mais aussi environnemental. C’est ce qu’a expliqué Jean-Yves Cahurel, de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), le 17 mars, lors du webinaire consacré aux sols et à la matière organique organisé par la Sicarex Beaujolais dans le cadre des Entretiens du Beaujolais. L’ingénieur a présenté les résultats d’un essai réalisé dans une parcelle de gamay en Beaujolais village implantée en 2002 sur un sol granitique et initialement pauvre en matière organique (un peu moins d’1 % de matière organique).

De 2009 à 2017, les expérimentateurs y ont comparé différentes modalités : un témoin sans apport (uniquement la restitution de matière organique par les bois de taille), un apport de compost de déchets verts tous les quatre ans, le même apport tous les deux ans (à demi-dose par rapport à la dose apportée tous les quatre ans) et un apport de compost du commerce tous les quatre ans, et le même apport tous les deux ans. « On a calculé les doses de façon à augmenter la teneur en matière organique du sol de 20 % », a précisé Jean-Yves Cahurel. Au total, au bout de huit ans, les expérimentateurs ont ainsi apporté 50 T/ha de compost de déchets vert (soit 8 à 9 T/ha de carbone) et 15 T/ha de compost du marché (soit 5 T/ha de carbone).

Ils augmentent la teneur en carbone dans les sols, la CEC, le pH et les éléments minéraux

Dans l’essai réalisé dans le Beaujolais, au bout de huit ans, les apports de matière organique ont permis d’augmenter la teneur en carbone dans les sols, la CEC (capacité d’échange cationique), le pH et la teneur en éléments minéraux (notamment le calcium et le magnésium) dans l’horizon 0-15 cm. A l’inverse dans le témoin, la teneur en potassium et la CEC ont baissé.

« La teneur en carbone a augmenté dans les modalités où il y a eu des apports de matière organique. Il s’agit d’une tendance. Le résultat n’est pas significatif. La teneur en carbone varie beaucoup au niveau des sols. C’est très hétérogène. Et sur des teneurs faibles, comme c’est le cas sur cette parcelle, on a dû mal à voir des différences dans les analyses. Par contre, pour la CEC on a bien une différence significative. La CEC dépend de la teneur en argile et de la matière organique. Dans l’essai le taux d’argile n’a pas changé, on n’a fait qu’apporter des amendements organiques. C’est vraiment l’augmentation de la teneur en carbone qui a eu pour effet de modifier la CEC » a commenté Jean-Yves Cahurel.

Les apports de matière organique ont aussi eu un effet sur le pH, mais qui n’est pas toujours significatif. Les amendements organiques ont eu pour effet d’augmenter le pH, ce qui est intéressant dans les sols plutôt acides. « Souvent les viticulteurs nous demandent si en apportant de la matière organique ils ne restent pas d’acidifier leur sol. Là dans le cas du compost on voit que c’est plutôt le contraire on a plutôt un effet amendement organique, mais aussi un effet amendement basique de chaulage du sol »

L’essai du Beaujolais fait partie d’un réseau national comprenant au total six essais dans différentes régions et différents contexte pédo-climatiques. Les résultats dans le Beaujolais sont similaires à ceux observés dans les autres régions.

Ils augmentent la biomasse microbienne

En 2019, les expérimentateurs ont réalisé des mesures de matière organique vivante c’est-à-dire de biomasse microbienne (abondance de micro-organismes dans le sol). Les résultats montrent que là où il y a eu des apports de matières organiques, la biomasse microbienne est plus importante que dans le témoin où il n’y a pas eu d’apport. C’est logique car ces apports ont eu pour effet d’augmenter la teneur en carbone dans le sol, qui est la source de nourriture de ces micro-organismes. Là encore, des résultats similaires ont été observés sur les autres sites d’essais.

Les expérimentateurs ont également regardé l’impact des apports de matière organique sur le stockage du carbone d’un point de vue environnemental. Dans le cadre de l’initiative 4 pour 1 000 lancé par la France lors de la Cop21 en 2015, l’idée est que si on augmente de 4 pour 1 000 par an la teneur en matière organique dans les sols de toute la planète, on pourrait compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine. « Il s’agit d’un calcul très théorique, mais on a voulu voir ce que ça donnait dans notre essai », a expliqué Jean-Yves Cahurel.

"En apportant des composts on peut ainsi compenser l’équivalent de 20 allers-retours Paris-Lyon en voiture chaque année"

Les résultats montrent qu’avec les apports de matière organique réalisés dans l’essai du beaujolais on dépasse largement les objectifs de 4 pour 1 000 et qu'en apportant des composts, on peut compenser chaque année l'équivalent de 20 allers-retours Paris-Lyon en voiture. En comparaison avec l’enherbement, on compense 13 allers-retours Paris-Lyon en voiture chaque année.

« En viticulture de façon générale, vu que les sols sont globalement faibles en matières organiques, on a une capacité importante d’augmenter les teneurs en matières organiques et donc de participer au stockage du carbone », a insisté Jean-Yves Cahurel.

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