LE FIL

Syndicaliste européen

Le bilan de Thierry Coste au départ de la présidence vin de la Copa-Cogeca

Mercredi 10 mars 2021 par Alexandre Abellan

'Il faut que tout le monde réussisse à tenir le coup. Il est important de maintenir la richesse viticole européenne' indique Thierry Coste.
'Il faut que tout le monde réussisse à tenir le coup. Il est important de maintenir la richesse viticole européenne' indique Thierry Coste. - crédit photo : DR
Depuis 2010, le viticulteur héraultais a été élu six fois d’affilée à la présidence du groupe de travail dédié au vin du Comité des Organisations Professionnelles Agricoles de l'Union européenne (Copa) et du Comité Général de la Coopération Agricole de l'Union européenne (Cogeca). Le point avec lui sur cette expérience européenne au long cours.

Vous quittez la présidence du groupe vin du Copa Cogeca, mais restez-vous impliqué dans Coop de France ou le think tank européen Wine Institute ?

Thierry Coste : J’ai atteint l’âge légal de la retraite, 62 ans. Je n’ai pas souhaité me représenter, le nouveau président est Luca Rigotti, le président de l’Alliance Coopérative des Vins Italiens. Je vais rester au Wine Institute, mais au titre du vieux qui partage son expérience. Je vais m’occuper de mes 40 hectares de vignes. J’arrête mes missions à responsabilités, tant que je suis en bonne santé je veux m’occuper de mon vignoble. C’est une passion, je veux être comme Molière [NDLR : mourir sur les planches].

 

Durant vos mandats européens, votre plus grande bataille aura-t-elle été de transformer la suppression des droits en création des autorisations de plantation ? A l’origine, ce n’était pas gagné…

Au départ, c’était perdu ! Il était écrit dans les textes européens qu’à partir de 2016 le système était libre. Ça a été un vrai combat. Que nous avons remporté grâce à la fédération de toutes les organisations de la production (nos amis du négoce ne nous ont pas accompagné, s’y opposant), grâce à l’excellente écoute du commissaire européen Dacian Cioloș et de son cabinet (mettant en place un groupe de haut niveau) et grâce au bon alignement des planètes (comme la présidence irlandaise ayant évité une enquête d’impact qui aurait tout fait échouer). La fin des droits de plantation a été un énorme sujet, nous occupant tout 2011, tout 2012 et une partie de 2013. Mais il y a eu beaucoup d’autres dossiers.

Comme l’étiquetage des ingrédients, dont la période de transition n’est pas encore finie du reste. La demande est venue du parlement européen, avec des parlementaires d’Europe du Nord demandant à ce que les bières, vins et cidres aient les mêmes règles que tous les produits de consommation. Le commissaire européen nous avait donné un an pour trouver un accord d’autorégulation [en 2017], nous avons pu mettre en place une stratégie [en 2018]. L’enjeu était que des États Membres, comme la Belgique et l’Irlande, voulaient mettre en place leur propre réglementation comme il n’y en avait pas au niveau européen. Avec la demande d’une inscription à la Politique Agricole Commune des calories sur les étiquettes et une dématérialisation des ingrédients, cela s’est réglé. Nous avons été bien travaillé sur le sujet avec la Confédération Européenne des Vignerons Indépendants et son président, Thomas Montagne.

 

Le sujet d’actualité est la gestion européenne de la crise économique liée à la pandémie de covid. S’il y a eu l’obtention d’une prorogation des mesures d’aides (distillation, stockage…), il n’y a pas eu de nouveaux fonds…

C’est en effet un enjeu. J’ai passé toute l’année 2020 à demander la création d’un groupe de haut niveau. Il faudrait un vrai plan de relance triennal. Et pas seulement financier. Aujourd’hui, il y a un repos de quatre mois sur les taxes américaines, mais on a une dynamique arrêtée avec la fermeture du réseau Horeca (Hôtels, restaurants et cafés), les avions au sol, le secteur touristique en panne… Il faut un plan de relance de la viticulture. Il faut que tout le monde réussisse à tenir le coup. Il est important de maintenir la richesse viticole européenne, caves coopératives et vignerons qui ont leur force dans le côté familial de la filière. Il n’existe pas de Coca Cola du vin, même dans les grands négoces. Il faut garder ce modèle alors que la tendance est partout à l’uniformisation.

Dans deux ans il y aura le plan Farm to fork, qui suit de nouvelles façons de fonctionner et voir l’agriculture et la viticulture. Cela va dans le sens de la protection de l’environnement et du durable, mais pour faire décoller l’avion, il faut de l’énergie. Il faut des fonds, comme l’accès de la viticulture au deuxième pilier PAC. Le vignoble doit pouvoir y accéder. On ne peut pas naviguer à vue. Je regrette le fonctionnement du nouveau commissaire à l’agriculture. Il ne nous accompagne pas, il est absent.

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