LE FIL

Sans parler de prix

Les vins du Rhône veulent estimer leurs coûts de production et ne plus travailler à perte

Lundi 01 février 2021 par Alexandre Abellan

« On se rend compte parfois que personne ne gagne d’argent sur certains volets de l’activité. Et c’est dommage parce que ça ne peut pas fonctionner de travailler à perte. C’est une évidence » alerte Denis Guthmuller.
« On se rend compte parfois que personne ne gagne d’argent sur certains volets de l’activité. Et c’est dommage parce que ça ne peut pas fonctionner de travailler à perte. C’est une évidence » alerte Denis Guthmuller. - crédit photo : Capture d'écran Zoom (visioconférence 27 janvier 2021)
Le Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Rhône met l’accent sur la nécessité d’échanger, légalement, au sein de l’interprofession sur le partage de la valeur pour pérenniser l’activité de la filière rhodanienne.

Souvent dans le vignoble, « on a l’impression que c’est le maillon supérieur de la chaîne qui profite de la valorisation et pas forcément les maillons inférieurs. Ce n’est pas forcément le cas » indique ce 27 janvier, en visioconférence de presse, Denis Guthmuller, le nouveau président du Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Rhône. « En discutant avec les opérateurs de la filière [vin], très souvent on se rend compte qu’il n’y a plus grand monde qui gagne de l’argent. Tout le monde est un peu tiré à cause de la concurrence, des difficultés de marché et du contexte général covid » note le vigneron bio.

Face aux tensions économiques actuelles, l’organisme de défense et de gestion des AOC Côtes-du-Rhône et Côtes-du-Rhône Villages compte tirer parti des travaux de relance de la loi Egalim sur la répartition de la valeur pour permettre l’étude des coûts de production. Menée par Serge Papin, l’ancien président de Système U, une mission ministérielle sur le sujet est en cours. Ce qui pourrait être l’occasion de créer une expérience pilote d’estimation des coûts de production pour Denis Guthmuller : « il faut se saisir de ça. On espère pouvoir aboutir, pour discuter interprofessionnellement des coûts de production, la première étape du partage de valeur ».

Pas de prix évoqué

Après la sanction en mai 2018 pour « entente sur les prix » par l’Autorité de la Concurrence, le vigneron bio souligne que le syndicat et l’interprofession s’interdisent de parler de prix (« on a été condamné une fois, on ne va pas s’y amuser… » ). Si tout est à construire, Denis Guthmuller espère qu’un tel outil permettrait de chiffrer le coût de production moyen d’un vin AOC Côtes-du-Rhône, pour y ajouter les coûts de vinification et les coûts induits (transports, commercialisation…). « C’est ça qui est à construire. Il faut arriver à être compétitif par rapport à ce coût » résume le président d’ODG.

"70 % du vignoble HVE et bio en 2025"

Faisant de la compétitivité un facteur clé de son mandat, Denis Guthmuller souhaite avancer sur la garantie des rendements (en passant par l’aide à l’irrigation), sur l’adaptation de l’offre à la demande (avec des travaux de hiérarchisation et d’études des profils produits, notamment pour les rosés) et sur le verdissement du vignoble rhodanien (pour aider le réseau de distribution). Cette transition agroenvironnementale passe par le déploiement des certifications environnementales dans le vignoble rhodanien. Le Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Rhône se fixe l’objectif d’avoir 70 % de son vignoble certifié en 2025 pour la viticulture biologique ou/et Haute Valeur Environnementale (HVE).

« L’objectif premier, c’est de construire un Côtes du Rhône éthique et durable, d’un point de vue économique et environnemental » conclut Denis Guthmuller.

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