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Marché du vrac
Prix en recul et activité en hausse pour les vins bio languedociens

Grâce à des disponibilités en hausse, le marché vrac des vins bio se détend en Languedoc. Les transactions sont en hausse par rapport à l'an dernier, mais les cours sont en retrait de 10 à 12%.
Par Michèle Trévoux Le 26 janvier 2021
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Prix en recul et activité en hausse pour les vins bio languedociens
Le marché des vins languedociens est marqué par une détente avec une disponibilité meilleure par rapport aux dernières années. - crédit photo : DR
A

près la tension des campagnes précédentes, le marché des vins bio retrouve une certaine fluidité en Languedoc. Même si le mildiou a encore fait des dégâts cette année dans certains secteurs, la récolte 2020 a globalement été plus généreuse que l’an dernier. Et près de 4000 ha supplémentaires ont été certifiés bio pour la récolte 2020 en Occitanie portant la superficie totale du vignoble certifié bio à 27 000 ha. Enfin, la crise du Covid amène certains vignerons, qui habituellement commercialisaient leur production en bouteille sur le circuit du CHR et sur les salons, à se reporter sur le marché vrac. « Depuis 5 ans, nous manquions de disponibilités pour développer de nouveaux marchés. Cette année, nous disposons enfin de volumes supplémentaires pour donner de l’élan à notre développement, mais ce n’est pas de chance, cela survient en pleine crise sanitaire. Nous allons sans doute être freinés dans la prospection des nouveaux marchés », commente Nicolas Richarme, président de Sudvinbio, association interprofessionnelle des vins bio du Languedoc-Roussillon. 

Des achats fractionnés

Dans ce contexte effectivement, les acheteurs modifient leur comportement d’achat. « Le marché est moins sous pression. Les metteurs en marché qui savent qu’ils trouveront des volumes, ne se couvrent plus pour l’année, mais fractionnent leurs achats », observe Louis Andrieu du Domaine de Caylus près de Béziers. A mi-janvier, il a néanmoins vendu plus de la moitié de sa récolte, un volume quasi-identique à celui de l’année dernière. Aux Vignerons d’Héraclès, le président Jean-Fred Coste, fait le même constat : « Avec cette crise, nos acheteurs manquent de visibilité sur les prochains mois et restent prudents dans leurs achats. Mais à ce jour, 80 % de nos volumes sont contractualisés, en proportion, c’est moins que l’année précédente car nous avions une toute petite récolte et avons dû rationner nos clients. Mais en volume, c’est beaucoup plus. Cette année nous avons récolté 92 000 hl soit 50% de plus que l’an dernier ». Richard Gélis, courtier audois spécialisé dans les vins bio, note des différences selon les produits : « C’est moins le rush sur les vins blancs.  Le marché est plus équilibré mais la demande reste ferme, surtout pour les IGP pays d’Oc. C’est plus compliqué pour les AOP rouges du Languedoc : le marché reste demandeur en AOC Languedoc, mais nous sommes moins sollicités pour les AOP Corbières ou Minervois ». 

La baisse des prix est un mauvais signal

En IGP Oc, les volumes contractualisés sur les 5 premiers mois de cette campagne, sont en très nette augmentation par rapport à la même période de l’année précédente : la hausse est de 45% pour les blancs, 38 % pour les rosés et 26% pour les rouges.  Conséquence de l’augmentation des disponibilités, les cours sont en retrait de 10 à 12 %. Le cours moyen sur les 5 premiers mois de la campagne est à 185 €/hl pour le chardonnay, 169 € pour le sauvignon, et aux alentours de 150 € pour les rouges et les rosés en IGP Oc.

Patrick Guiraud, producteur dans le Gard et membre du bureau de Sudvinbio, s’inquiète de ce retournement du marché : « Depuis 15 ans, les prix de nos vins n’ont cessé d’augmenter avec pour conséquence une forte hausse des conversions.L’ accroissement des volumes est un passage obligé si nous voulons développer de nouveaux marchés. Cette baisse des prix est un mauvais signal, qui va freiner la dynamique des conversions et dans trois ans, on va à nouveau être en pénurie et les prix risquent de flamber », déplore-t-il.

Louis Andrieu, lui, s’est refusé à vendre aux cours actuels : « J’ai vendu mes premiers volumes de chardonnay dès la fin septembre au même prix que l’an passé : 220 €/hl. J’ai également décroché un marché sur les USA à 200 € en rosé et 230 € en chardonnay. Et pour le moment, j’ai refusé les offres à 180 € pour mes chardonnay ». 

Le desserrement des prix était souhaitable

Jean-Fred Coste s’accommode de cette nouvelle donne : « Il y a un recadrage notamment sur le prix du chardonnay qui avait flambé suite à une faible production. Il faut rester raisonnable, même à 180 €/hl, la valorisation reste intéressante. C’est 70% de plus qu’en conventionnel », défend-t-il. Une position que partage Jacques Frelin, négociant spécialisé dans les vins bio : « Le desserrement des prix était souhaitable. L’année dernière, ils étaient trop élevés, nous n’étions plus compétitifs et nous avons dû rogner sur nos marges pour conserver certains marchés. Cette année, nous avons les volumes, la qualité et des prix plus compétitifs, nous sommes mieux armés pour prospecter de nouveaux marchés, même si la crise sanitaire ne nous facilite pas la tâche ».  

La certification d’ici 2022 de 15 000 ha supplémentaires actuellement en conversion, soit une hausse de 55% de la surface du vignoble bio en Occitanie d’ici 2022, risque de peser sur l’évolution des cours dans les années à venir. « Une partie de ces nouveaux volumes en bio ont d’ores et déjà des débouchés car ils sont déjà vendus en bouteille. Et le marché reste porteur. Depuis 2012, les vins bio progressent de 15% par an en moyenne. Ces nouveaux volumes seront une opportunité pour soutenir notre croissance », assure Nicolas Richarme

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