LE FIL

Avec des interrogations pour l'avenir

Un marché porteur pour les vins de Bordeaux bio, sauf en blanc

Lundi 25 janvier 2021 par Colette Goinère

 « le démarrage de campagne est conforme aux années passées : l’offre est limitée, et la demande soutenue » résume Philippe Hébrard.
« le démarrage de campagne est conforme aux années passées : l’offre est limitée, et la demande soutenue » résume Philippe Hébrard. - crédit photo : Colette Goinere
Une offre limitée, une demande soutenue : caractéristiques du vrac bio en AOC Bordeaux. Le Bordeaux blanc bio, lui, ne séduit pas.

« Un marché stable pour les rouges, mou pour les blancs » : verdict du courtier Henri Feret, qui analyse ce début de campagne pour le vrac Bio en AOC Bordeaux. « Le marché du Bordeaux rouge est marqué par un recours aux contrats pluri annuels passés entre viticulteurs et négociants. Ces derniers cherchant à sécuriser leur approvisionnement, du fait d’un déficit de l’offre par rapport à la demande ces dernières années. Le cours du Bordeaux rouge oscillait autour de 2 000 euros le tonneau pour la campagne précédente. Un cours identique pour cette campagne. Pour les quelques lots non contractualisés, disponibles à la vente, le négoce essaie de négocier entre 1 600 et 1 700 €/tonneau. Mais ça ne passe pas » assure le courtier.

Pour les bordeaux blancs, l’affaire est plus compliquée. Certains négociants ne souhaitent plus s’approvisionner en blanc. « Nous avons du mal à caser cette AOC. Sans avoir une explication rationnelle » indique-t-il. Le cours du Bordeaux blanc tourne autour de 1 500 €/tonneau. Et même à ce prix, il  ne trouve pas preneur. Ce n’est pas le seul problème.  L’écart entre le cours du tonneau du Bordeaux rouge conventionnel (900 €/tonneau prix moyen) et celui du Bordeaux Bio (2 000 €/tonneau) pourrait devenir un frein : « Les Bordeaux conventionnels ont des prix trop bas par rapport aux bio » estime Henri Feret. Pour sécuriser le marché, ce dernier en appelle à  un prix au tonneau pour le Bordeaux rouge conventionnel à 1 000 €  et à 1 500 € pour le bio. Une façon d’arriver à un équilibre d’autant que les surfaces en bio en Gironde vont continuer à progresser.

Interrogations sur l'impact des conversions

Au syndicat des Vignerons Bio Nouvelle Aquitaine on a fait les comptes. En Gironde, 7 905 hectares de vignes étaient certifiées bio en 2019 (plus 6 004 ha en conversion). En 2020, les surfaces certifiées bio étaient de 8 827 ha, pour grimper à 1 0101 ha en 2021 et 13 909 ha en 2022. « Avec un accroissement des surfaces certifiées bio, il y a peut-être le risque que les cours du Bio baissent ainsi que la rentabilité » s’interroge Gilles Bayle, directeur des domaines de Bordeaux Vinéam, un des leaders du bio et de la biodynamie, qui regroupe 270 ha répartis sur 6 propriétés.

Une interrogation qui rend septique Philippe Hébrard, directeur général de la coopérative de Rauzan : « on a assisté à une vague de conversion en 2015 et 2016. Sauf qu’avec les problèmes de gel en 2017 et de mildiou en 2018, nombre de vignerons ne sont pas allés au bout de la démarche de conversion. Cela veut dire qu’il suffit d’une calamité climatique pour réguler offre et demande. Plus de surfaces en bio ne signifie pas forcément plus d’offre. » La cave de Rauzan  et ses 310 coopérateurs  qui affiche 220 ha en bio et 300 ha en conversion sur 4 060 ha. « La demande est très soutenue et le marché porteur » estime Philippe Hébrard. Et d’indiquer : « le démarrage de campagne est conforme aux années passées : l’offre est limitée, et la demande soutenue ».

Bémol

Petit bémol pour le millésime rouge 2020 : avec les dernières vendanges chaudes, des problèmes de fermentation ont émergé et ont impacté la qualité des vins. Du coup ces lots se vendent plus difficilement et se négocient autour de 1 800 € du tonneau. 

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