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Coup de poker ou machine infernale

L’Europe riposte aux taxes Trump et inquiète les vins français

Mardi 10 novembre 2020 par Alexandre Abellan

« Nous avons maintenant une opportunité de relancer notre coopération transatlantique et de travailler ensemble à de nouveaux objectifs partagés » déclare le commissaire européen Valdis Dombrovskis.
« Nous avons maintenant une opportunité de relancer notre coopération transatlantique et de travailler ensemble à de nouveaux objectifs partagés » déclare le commissaire européen Valdis Dombrovskis. - crédit photo : Parlement Européen
Déclarée depuis un an avec les sanctions américaines pour les subventions Airbus, la guerre commerciale transatlantique s’envenime, au désespoir de la filière des exportateurs du vignoble.

A partir de ce 10 novembre, la Commission Européenne va imposer 4 milliards de dollars de surtaxes aux produits américains conformément au jugement de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dans le cadre des subventions à l’avionneur Boeing, en écho aux sanctions imposées depuis le 18 octobre 2019 par les Etats-Unis dans le cadre des aides européennes à Airbus (pour un montant de 7,5 milliards $), qui touchent notamment les vins tranquilles français (+25 % de droits de douane).

« Ces contremesures ont été validées par les Etats Membres de l’Union Européenne comme les Etats-Unis n’ont pas encore fourni de base pour un accord négocié incluant un retrait immédiat des taxes américaines sur les exportations européennes pour le dossier Airbus » indique un communiqué de la Commission Européenne. Se voulant une sanction miroir aux surtaxes américaines en vigueur depuis plus d’un an, les mesures européennes ciblent l’aéronautique (+15 %) et des biens agricoles (+25 %, notamment pour les eaux-de-vie de vin, vermouths, vodkas, rhums…).

Période déjà incertaine

Alors que les filières américaines et européennes appelaient à des négociations apaisées pour éviter une escalade des sanctions, cette décision européenne ravive les craintes de nouvelles contraintes au commerce international. « Nous perdons déjà plus d’un million d’euros par jour aux Etats-Unis du seul fait des taxes "Airbus" » alerte dans un communiqué César Giron, le président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS), pour qui « avec cette décision, l’Union Européenne accroît encore davantage le risque, pour notre secteur déjà durement touché, de sanctions plus lourdes, en particulier dans le contexte de transition électorale actuel aux Etats-Unis ».

"Gagnant-gagnant"

Pour le commissaire européen au commerce, Valdis Dombrovskis, l’enjeu de ces sanctions et de se mettre sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis. « Nous avons clairement indiqué que nous voulons résoudre ce différend qui dure depuis longtemps. A cause du manque d’avancée avec les USA, nous n’avons pas d’autre choix que d’imposer ces sanctions » indique le commissaire letton dans un communiqué, ajoutant « appeler les USA à abandonner immédiatement ses sanctions pour mettre rapidement ce sujet derrière nous. Retirer ces droits de douane additionnels est gagnant-gagnant pour tous, particulièrement avec cette pandémie dévastant nos économies. »

Pour la FEVS, cette stratégie risque plutôt d’être perdant-perdant. En 2019, les vins de France occupaient 32 % de parts de marché aux Etats-Unis, aujourd’hui ils sont tombés à 19 %, alors que pour les vins italiens, ils sont passés de 33 à 41 %. Pour répondre à cette perte de compétitivité, « le gouvernement doit enfin mettre en place un dispositif de soutien dédié aux exportateurs de vin. Il est indispensable pour permettre à nos entreprises de faire face à la situation actuelle aux Etats-Unis et aux risques accrus auxquels ils font désormais face. Qu’au moins ces droits de douane servent à indemniser les entreprises victimes de ce conflit qui n’est pas le leur » conclut César Giron, réclamant de nouveau un fonds de compensation aux taxes Trump.

Négociations transatlantiques

Outre-Atlantique, le représentant américain au Commerce (USTR), Robert E. Lighthizer, indique dans un communiqué que « les Etats-Unis sont désappointés par l’action lancée par l’Union Européenne. Les subventions supposées à Boeing ont été abrogées il y a sept mois [par l’état de Washington dans le cadre] d’un litige de 16 ans » et ne devraient pas pouvoir être sanctionnées désormais (à noter que la Commission Européenne a également mis en conformité ses aides à Airbus cet été). L’USTR annonce cependant « être en négociations avec l’Union Européenne avec l’espoir de résoudre ce conflit de longue date sur l’aéronautique ». Un espoir ardemment partagé par la filière vin, lassée de subir une dispute qui ne la concerne pas.

 

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