LE FIL

Pour les vignerons indépendants

La "boîte à outils" des aides au vignoble doit être améliorée, à commencer par le PGE

Vendredi 30 octobre 2020 par Alexandre Abellan

« L’idée n’est pas de demander pour demander, mais d’avoir une capacité de résilience renforcée » souligne Jean-Marie Fabre.
« L’idée n’est pas de demander pour demander, mais d’avoir une capacité de résilience renforcée » souligne Jean-Marie Fabre. - crédit photo : Vignerons Indépendants
Le président de la fédération nationale des caves particulières, Jean-Marie Fabre fait le point à chaud sur les outils d’aides économiques à déployer pour soutenir le vignoble, alors que pour rompre les chaînes de contamination du coronavirus, l’exécutif annonce un nouveau confinement (du 30 octobre au premier décembre, a minima).

En ces temps incertains, comment se porte votre moral de représentant des vignerons de France ?

Jean-Marie Fabre : la période n’est pas simple depuis 10 mois. Malgré tout l’optimisme que l’on peut avoir et tout le travail sur des solutions que l’on peut apporter, tous les jours nous avons une contrainte de plus et un imprévu supplémentaire. Sans être fataliste, il faut prendre la situation avec du recul. Se détacher pour ne pas avoir une vision trop émotionnelle, qui ne permet généralement pas de prendre les bonnes décisions. Je suis obligé de devenir plus philosophe.

 

Dans son adresse aux Français du 28 octobre, le président de la République Emmanuel Macron, annonce que « l’économie ne doit ni s’arrêter, ni s’effondrer ! » Le premier ministre Jean Castex, confirme devant l’Assemblée nationale ce 29 octobre que « nous ne pouvons, à nouveau, mettre notre économie sous cloche ». La filière vin peut-elle espérer mieux vivre ce confinement, malgré l’enjeu commercial des fêtes de fin d’année ?

Je serai pondéré. On ne peut que partager à 200 % la volonté de ne pas voir l’économie s’effondrer ou être mise sous cloche. Mais même si la filière vin n’est pas mise à l’arrêt, la majorité de ses réseaux commerciaux le sont (bars et restaurants fermés, export s’annonçant difficile, salons annulés…).

Malheureusement, mes craintes de septembre se confirment et ce sont les scenarii les plus sombres et dramatiques qui se dessinent pour la filière. J’aurais aimé me tromper, mais nous sommes dans une nouvelle ère : le plus dur de la crise est devant nous, pas derrière. La campagne 2020-2021 sera tronquée aux niveaux français et mondial. D’autres pays annoncent des contraintes. Il s’agit de la période la plus dynamique d’activité, avec les fêtes de fin d’année. Les messages adressées par les autorités sanitaires ne sont pas des plus optimistes concernant la fin du confinement. La solution pour les entreprises est d’être plus résilientes.

 

Les représentants du vignoble français doivent rencontrer ce lundi 2 novembre le ministre de l’Agriculture. Comment le gouvernement peut-il aider la filière vin à ne pas sombrer ?

Il faut des accommodations sur les dispositifs existants. Nous avons déjà une boîte à outils relativement garnie, il faut l’adapter à un contexte qui évolue et une crise sanitaire qui dure. Pour que les mesures soient plus accessibles et efficaces. Heureusement que les députés ont maintenu leur demande d’exonérations de charges sociales patronales, malgré l’avis contraire du gouvernement. Ce dispositif va prendre toute son importance en 2021. Il va falloir des décisions supplémentaires pour aider le secteur.

 

Ce 4 novembre, le conseil des ministres doit adopter un nouveau projet de loi de finances rectificative pour reconduire et amplifier les mesures de soutien mis en place lors confinement de printemps (17 mars au 11 mai). Quelles sont vos demandes ?

Nous dépouillons actuellement les résultats de notre enquête sur l’impact de la crise sur les vignerons indépendants. En septembre, alors que l’on n’imaginait pas un reconfinement, 52 % des sondés avaient déjà contracté un Prêt Garanti par l’État et un tiers pensait y recourir. En 2021, la quasi-totalité des vignerons indépendants auront recours à un PGE.

Pour qu’il soit une bouée de secours et pas un couperet, le PGE doit être retravaillé [NDLA : voir encadré pour les premières annonces gouvernementales en ce sens]. Il faut un délai supplémentaire avant rle premier emboursement, avec la prise en charge des intérêts amortis par l’État. On ne peut envisager de premiers remboursements en avril 2021 pour passer le cap, embaucher et créer de la valeur. Il faut un dispositif PGE+ pour différer les remboursements.

L’idée n’est pas de demander pour demander, mais d’avoir une capacité de résilience renforcée. Avec le PGE revisité et en mettant bout à bout les allégements de charges, le maintien de l’exonération de charges pour les Travailleurs Occasionnels Demandeurs d’Emploi (TO/DE), et le crédit impôt à la certification Haute Valeur Environnementale (HVE).


De nouvelles opérations de distillation de crise et d’aide au stockage sont-elles inéluctables en 2021 ?

Je ne peux pas le dire aujourd’hui s’il y aura besoin de distiller, stocker ou vendanger en vert. Je ne peux que saluer la demande visionnaire, et clairvoyante, de prorogation des outils européens de gestion de crise. La commission européenne comprend qu’il vaut mieux avoir à disposition un outil que l’on n’utilise pas que de ne pas avoir sous la main un outil quand on en a besoin.

 

Les défaillances de domaines viticoles sont-elles une fatalité pour les prochains mois ?

Les signaux de notre enquête de septembre indiquent une forte dégradation des entreprises de leur perception de solidité financières. Les vignerons la notaient à 7,6/10 en décembre 2019, elle est tombée à 6/10 en septembre 2020. Cette fragilisation, c’est du jamais vu.

Il y a actuellement peu de licenciements (0,3 % en ont réalisé), mais si la situation se dégrade, 10 % des exploitations l’envisagent pour alléger leurs charges. C’est un signal inquiétant.

 

Evolutions annoncées du PGE

"Nous allons adapter les prêts garantis par l’Etat à la situation nouvelle créée par le confinement et aux demandes des entrepreneurs" indique le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, lors d'une conférence de presse ce 29 octobre. "Comme annoncé il y a quelques jours, les entreprises peuvent désormais contracter un prêt jusqu’au 30 juin 2021 au lieu du 31 décembre 2020" annonce le ministre, ajoutant que "l’amortissement du prêt garanti par l’Etat pourra être étalé entre une et cinq années supplémentaires, avec des taux pour les PME négociés avec les banques françaises compris entre 1 et 2,5%, garantie de l’Etat comprise. Toutes les entreprises qui le souhaitent pourront demander un nouveau différé de remboursement d’un an, soit deux années au total de différé. La Fédération bancaire française s’est engagée à examiner avec bienveillance toutes les demandes de différés des entreprises qui en auraient besoin. Nous veillerons à ce que cet engagement soit respecté. Nous avons également vu avec la Banque de France pour que ces demandes de différés supplémentaires ne soient pas considérées comme un défaut de paiement des entreprises. N’ajoutons pas aux difficultés économiques des chefs d’entreprise une stigmatisation qui les empêchera de rebondir."

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