LE FIL

Dès 2022

Dérogation obligatoire pour planter en bio des vignes conventionnelles

Mercredi 28 octobre 2020 par Marion Bazireau

Les vignerons devront faire une demande de dérogation en précisant le nombre de plants et la date de plantation prévue.
Les vignerons devront faire une demande de dérogation en précisant le nombre de plants et la date de plantation prévue. - crédit photo : IFV
Avec le nouveau règlement européen, les viticulteurs bio qui souhaitent planter de nouvelles parcelles ne pourront plus aussi simplement acheter des pieds non certifiés à leur pépiniériste et les déclarer en conversion. Il faudra qu’ils obtiennent une dérogation. En 2035, les plants bio seront obligatoires.

La dérogation est devenue la règle. Faute de filière de plants bio en France, les viticulteurs en bio utilisent des plants issus de la filière conventionnelle. Les nouvelles plantations sont déclarées en conversion pendant 3 ans, période durant laquelle elles ne sont pas productives.

Le nouveau règlement européen 2018/848 va changer la donne. A compter de son entrée en vigueur, que la Commission européenne a proposé de décaler au 1er janvier 2022, les dérogations ne seront plus systématiques. Les viticulteurs devront se rendre sur le site semences-biologiques.org afin de vérifier la disponibilité et de réserver les plants qu’ils souhaitent se procurer.

Risque de déclassement

« Si les plants ne sont pas disponibles en bio, ce qui sera forcément le cas étant donné qu’il n’y a pour l’instant pas de production de plants certifiés bio en France, ils devront faire une demande de dérogation sur le site en précisant le nombre de plants et la date de plantation prévue » détaille Guillaume Careil, pépiniériste dans le Val de Loire et référent bio pour la Fédération Français de la Pépinière Viticole (FFPV).

Les viticulteurs qui ne respecteront pas ces nouvelles obligations courront le risque de voir leurs parcelles déclassées. En 2035, plus aucune dérogation ne pourra être accordée. Ils devront nécessairement utiliser des plants certifiés bio.

Les pépiniéristes travaillent de concert avec l’Institut National de l'Origine et de la Qualité (INAO) et un groupe d’experts sur leur futur cahier des charges. « Nous ne devrons plus traiter les porte-greffes qu’avec des produits homologués en bio en post-récolte. Concrètement cela signifie que nous ne pourrons plus utiliser de fongicides pour désinfecter les racines, expose Guillaume Careil. La paraffine hormonée nous sera également interdite en post-récolte. Nous nous en passons déjà aujourd’hui récolte compte tenu de son prix ».

En outre, les vignes mères devront passer trois saisons de conversion avant de pouvoir donner des greffons / portes greffe bio. La suite des opérations devra avoir lieu exclusivement en AB (atelier, stockage, intrants, pépinière).

La technique ne devrait pas poser trop de difficultés aux pépiniéristes. « Nous sommes prêts, annonce Guillaume Careil. Et nous montons actuellement un projet de recherche avec les Chambres d’agriculture pour aller plus loin sur la gestion du mildiou, l’induction racinaire, et  pour trouver des alternatives à la paraffine hormonée lors du greffage. »

"Sans assouplissement, la filière bio ne pourra pas émerger "

Ce sont les contraintes liées à la lutte contre la flavescence dorée qui inquiètent les pépiniéristes. « Sans assouplissement, la filière bio ne pourra pas émerger » prévient Guillaume Careil.

Un arrêté est en cours de discussion à la Direction Générale de l’Alimentation (DGAL). Il devrait autoiser les insecticides utilisables en AB pour les vignes de multiplication sur l’ensemble du territoire, avec obligation de traitement à l’eau chaude des boutures et des plants. Les pépiniéristes souhaitent en plus voir évoluer les modalités de prospection.

 

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