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Alsace

Rendement 2020, l’impasse perdure

Lundi 20 juillet 2020 par Christophe Reibel

 Au terme d’une assemblée de cinq heures dont plus de la moitié consacrée à des échanges sur le niveau de rendement des blancs tranquilles, une courte majorité de 92 voix s’est prononcée pour les 70 hl/ha défendus par les vendeurs de raisins et la coopération.
Au terme d’une assemblée de cinq heures dont plus de la moitié consacrée à des échanges sur le niveau de rendement des blancs tranquilles, une courte majorité de 92 voix s’est prononcée pour les 70 hl/ha défendus par les vendeurs de raisins et la coopération. - crédit photo : Christophe Reibel
Le vote par l’assemblée générale de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) d’un rendement de 70 hl/ha en blancs tranquilles a été désavoué par le CRINAO.

Les acteurs du vignoble alsacien tout comme les viticulteurs présents à Colmar en dehors (quelque 200 manifestants) et dans la halle du parc des expositions, ce jeudi 16 juillet sont conscients qu’il leur faut fournir un « effort collectif ». Mais de quelle ampleur ? 60 ou 70 hl/ha en 2020 ? Ce débat qui agite le vignoble alsacien depuis plus de six mois n’est toujours pas tranché. Les positions se sont rapprochées, mais ne se sont pas rejointes. Au terme d’une assemblée de cinq heures dont plus de la moitié consacrée à des échanges sur le niveau de rendement des blancs tranquilles, une courte majorité de 92 voix s’est prononcée pour les 70 hl/ha défendus par les vendeurs de raisins et la coopération. L’option de compromis à 65 hl + 5 hl de VCI à laquelle s’étaient ralliés les vignerons indépendants du Synvira a obtenu 85 voix. Les 60 hl proposés par le conseil d’administration de l’Ava et position de principe du négoce dont le président n’a pas assisté à la réunion, n’ont recueilli qu’une quarantaine de votes. « Le CRINAO refusera les 70 hl/ha » avait mis en garde Jérôme Bauer, président de l’Ava (et du CRINAO) déclenchant quelques sifflets. Le comité régional a confirmé ce pronostic le lendemain. Seulement 5 voix ont soutenu les 70 hl. 18 voix ont voté contre, y compris, et, c’est à noter, les six représentants de l’Administration qui avaient pour habitude de s’abstenir.

"Faire quelque chose ensemble"

« Deux stratégies s’opposent : la première propose un effort énorme pour apurer le stock (1), la seconde souhaite une baisse plus légère du rendement pour l’amortir dans le temps. Je ne sais pas qui a raison, mais il nous faut faire quelque chose ensemble pour maintenir le prix des raisins et éviter l’écroulement des cours du vrac » résumait encore Jérôme Bauer jeudi. « Comment ne pas pénaliser les entreprises qui ont besoin de volumes et ne pas faire supporter l’essentiel de l’effort aux vendeurs de raisins ? » a interrogé la salle. La possibilité de bloquer une partie de la récolte à la vente est revenue à plusieurs reprises. Mais le négoce ne semble pas très chaud pour l’appliquer.

L’Ava s’est donné une nouvelle date pour aboutir à un compromis en programmant une prochaine assemblée générale le 18 août. Elle sera la dernière chance pour le vignoble de s’entendre sur un rendement. Sinon, comme cela a été souligné avec regret, elle délèguera d’office cette souveraineté au comité national de l’INAO… 

 

 

Impact covid et récolte 2020 estimée à 1,1 Mhl pris en compte, le stock de vins d’Alsace correspondrait à 32 mois de vente fin 2020.

Consensus sur le crémant

L’assemblée générale s’est accordée sur un rendement de 70 hl/ha augmenté d’un VCI de 5 hl/ha pour les raisins destinés au crémant d’Alsace. En augmentant le volume commercialisé de 6,8 % à 263 000 hl en 2019, l’effervescent a été la principale locomotive de la croissance de l’appellation (+ 2,5 %). Ces vins devront confirmer leur bonne cote avec une production aujourd’hui proche de 300 000 hl/an et la probable arrivée de nouveaux concurrents sur ce marché.

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Kyoxilbuzz Le 24 juillet 2020 à 19:29:23
Comme le dit Decanus, je trouve cela aussi ahurissant que ce soit toujours les prix du marche qui passent devant toutes considérations qualitatives. Il en va de même avec les Bordeaux ou les dirigeants des syndicats, certainement trop accapares par leurs soucis de justice, se demandent pourquoi les gens boudent Bordeaux et croient encore que la solution est de faire encore plus de volumes, a la qualité médiocre mais aux prix casses afin de "séduire" ces empaffes des GD. Les AOC en France ont vraiment un gros, gros problemes. Elles sont toutes aux mains des grands négociants et autres mega-domaines, qui refusent toutes considérations qualitatives pour définir les AOC, et refusent de voir les grands changements chez les consommateurs. Il y eut un edito ici sur "Pourquoi les vins reculent face aux bieres "Craft"? Certes, beaucoup de marques "Craft" sont en faite les grandes multinationales déguisées, mais elles se démarquent par des goûts atypiques, et une certaine idée du retour a l'artisanat. Il serait peut-être temps que les AOC se mettent a rejeter les vins de négociant ou de domaines usines chimiques pour favoriser les vrais artisans vignerons...
Decanus Le 24 juillet 2020 à 14:21:31
Il y a un point assez incompréhensible dans cette affaire. Les institutions concernées sont éventuellement compétentes pour fixer des rendements en fonction de critères de qualité des AOP. Mais ici, il n'est absolument pas question de qualité, mais seulement de débouchés et de prix sur les marchés.
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