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Vins d’Alsace

« La crise va nous obliger à trancher plus rapidement que prévu »

Lundi 04 mai 2020 par Christophe Reibel

Jérome Bauer, président de l'AVA : 'La situation nous obligera peut-être à décider d’une baisse significative des rendements. Depuis plusieurs années, le problème devient chronique'.
Jérome Bauer, président de l'AVA : 'La situation nous obligera peut-être à décider d’une baisse significative des rendements. Depuis plusieurs années, le problème devient chronique'. - crédit photo : Christophe Reibel
Pour Jérôme Bauer, président de l'Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), sortir de la crise va entraîner des choix lourds.

Comment la crise impacte-t-elle les vins d’Alsace ?

Des professionnels sont tombés malades. Mais à ma connaissance aucun n’a été hospitalisé. Economiquement toutes les entreprises sont désormais touchées. Une première estimation du Civa évalue le recul des ventes en 2020 à 100 000 hl, alors que l’année avait commencé sur une progression de 5 % en février. En mars 2020, la commercialisation recule de 15 000 hl sur mars 2019 qui n’était déjà pas un bon mois. En avril, ce sera pire. Les premiers retours des opérateurs sur le crémant sont d’ailleurs mauvais. Sur le marché du vrac, il ne se passe rien. Un courtier a dû se contenter de 100 hl de gewurztraminer bio en avril. Des contrats pluriannuels arrivant à échéance n’ont pas été reconduits. Il risque d’y en avoir d’autres. Je n’exclue pas les faillites. Décaler les charges et emprunter peut aider, mais au bout d’un moment il faudra bien payer…

Comment réagir ?

La situation nous obligera peut-être à décider d’une baisse significative des rendements. Depuis plusieurs années, le problème devient chronique. Il suffit de deux bonnes récoltes pour tout déstabiliser. Il faut assainir la situation au plus vite en prenant des mesures courageuses. Nous pouvons travailler sur plusieurs leviers. J’ai fait une proposition concrète en vins tranquilles de 60 hl/ha à la récolte assortis de 5 hl/ha bloqués, de 70 hl/ha en crémant assortis de 5 hl de VCI. Rien n’est arbitré, mais 60 hl/ha correspond au niveau de vente actuel du vignoble. Le bureau de l’Ava tout comme le conseil de direction du Civa, en discutent. Certains voudraient aller moins loin, d’autres plus loin. En plus du rendement et du blocage, la distillation de crise serait un autre levier. Je n’aurais jamais cru appeler à la destruction il y a deux mois encore ! Mais l’Alsace est au bout du bout du bout. Il y a de vieux millésimes qui ne trouveront plus preneur. Il faudrait dégager 100 000 hl, 150 000, voire plus, pour avoir un effet sur les stocks et les prix. Une mesure annexe serait le gel des plantations nouvelles, soit actuellement 30 ha par an. La réflexion est en cours. Pour sa part le Civa met au point « un plan rebond ». Il s’agit de mesures immédiates relevant principalement de la communication. Elles seront présentées les 5 et 6 mai par visioconférence à un total de 850 metteurs en marché.

"Se préparer à faire un effort "

Quel est l’état d’esprit des discussions en cours ?

Les responsables du vignoble se parlent toutes les semaines. Le négoce est favorable à un accord rapide. Qu’il renonce à dénoncer des contrats pendant que la production accepte une baisse de rendement serait faire preuve de réciprocité. La coopération et les vignerons indépendants du Synvira sont aussi très conscients de la situation. Les quelques 3 000 apporteurs et vendeurs de raisins un peu moins. Ils doivent se préparer à faire un effort.

Cette crise va-t-elle relancer le débat sur le BIB ?

Ce mode de conditionnement que l’Alsace a refusé, reste un sujet perpétuel. Des opérateurs remontent régulièrement au créneau. Il y aura un débat. Le BIB demande des équipements, de modifier le cahier des charges, une loi et ce ne sont pas les blancs qui se vendent le plus sous cette forme ! Il faut garder la tête froide pour ne pas faire d’erreurs monumentales. Si le BIB est fait pour vendre à bas prix, ne vaut-il pas mieux ne pas en produire ? Cette crise sanitaire montre aussi que les vins premium augmentent leurs ventes en ligne. L’Alsace est à la croisée des chemins. La réflexion Alsace 2030 qui sera rendue début 2021 doit fixer un cap entre faire de l’écoulement ou produire des vins de qualité vendus plus cher. La crise va nous obliger à trancher, dans un sens ou dans l’autre, de manière plus rapide que prévue. 

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