LE FIL

Résidus

Phtalates dans les vins, les 3 sources contaminantes révélées

Vendredi 13 décembre 2019 par Claire Furet-Gavallet

Jean-Michel Desseigne a présenté, pour la première fois, les résultats de l'étude 'Gestion des risques phtalates dans les caves' au Sitevi, le 28 Novembre dernier
Jean-Michel Desseigne a présenté, pour la première fois, les résultats de l'étude 'Gestion des risques phtalates dans les caves' au Sitevi, le 28 Novembre dernier - crédit photo : Claire Furet-Gavallet
Les derniers résultats de l’IFV mesurent la présence de certains phtalates dans les vins à des teneurs préoccupantes. Analyse des sources potentielles principales de la contamination.

Suite, notamment, au scandale des containers de vins et spiritueux saisis en Chine en 2013, l’IFV et ses partenaires, dont Inter-Rhône, ont mobilisé leurs forces pour aider la filière à trouver les sources de phtalates relargués dans les vins français. Classés comme CMR de catégorie 1B, les phtalates sont utilisés comme additifs pour conférer de la souplesse au matériau. Ils sont donc bien présents dans les équipements vinicoles. « Cette étude s’est déroulée de 2012 à 2017 sur 97 itinéraires techniques dans différentes caves. Ce projet visait à évaluer les niveaux de phtalates dans les vins, leur nature et les principales sources de migration au cours de l’élaboration du vin, de la vendange à l’obturateur de la bouteille » introduit Jean-Michel Desseigne, ingénieur équipement et procédés de l’IFV à Rodilhan lors de la conférence ‘matériaux plastiques’ du Sitevi fin Novembre. Les analyses ont été réalisées sur quatre stades : moût, vin après FML, après élevage et après conditionnement, et sur différents équipements de cave : machine à vendanger, équipement de réception, cuves inox et revêtues époxy, pressoir, équipement de transfert, pompe et filtre.

Verdict ? Pas de relargage de phtalates sur les stades moût et vin après FML mais des surprises sur l’élevage apparaissent.

1. Cuves revêtues de résine époxydiques

Après avoir mis des vins pour élevage pendant 6 mois dans des cuves béton ou acier revêtues époxy, l’IFV constate un fort relargage de DnBP, principal phtalate retrouvé dans les vins. « On observe des doses allant de 10 à 500 microgrammes/L. Une cuve, avec du vin stocké pendant 14 mois, dépasse la limite maximale spécifique (LMS) de 300 microgrammes/L mais le vin reste commercialisable car la teneur est inférieure à la dose journalière autorisé pour ce produit » explique Jean-Michel Desseigne. N’étant pas présent dans les moûts ni dans les jus de fond de benne, le DnBP est donc endogène à la cave. Les contaminations ne sont pas systématiques et dépendent de plusieurs facteurs encore méconnus. « Nous observons néanmoins un pic de relargage sur la période d’avril à mai où l’élévation de la température du chai est aussi constatée » remarque Jean-Michel Desseigne. Les cuves dont les revêtements sont moins âgés, inférieurs à 5 ans, ne relarguent pas ou très peu de phtalates.  

Certaines de ces cuves sont aujourd’hui présentées et vendues comme « sans phtalates ». Une dénomination quelque peu mensongère puisque l’IFV a constaté sur une des deux cuves testées « sans phtalates » un relargage de 45 microgrammes/L de DnBP sur un vin stocké 6 mois. L’ingénieur conseille de bien garder ses factures et certificats.

 

2. Cuves en polyester renforcé en fibre de verre

Sur 12 mois de stockage, un autre phtalate a été trouvé sur les vins testés dans deux cuves en fibre. Il s’agit du DMP, qui est apparu au bout d’un mois de contact. Ce composé est non-autorisé dans le règlement n°10/2011, qui régit de la présence de matières plastiques au contact des aliments, contrairement au précédent DnBP qui est autorisé sous une dose journalière de 0,010 mg/kg poids corporel/jour. Sur une des deux cuves, le DMP est retrouvé à une teneur de 300 microgrammes/L, ce qui rend le vin impropre à la consommation. « Il faut donc être vigilant sur ce type de cuves antérieures à 2011 » souligne Jean-Michel Desseigne.

 

3.Tuyaux flexibles en PVC

En laboratoire, l'IFV a testé neuf tuyaux vinicoles en PVC avec et sans phtalates en conditions maitrisées. Tous les tuyaux antérieurs à 2010 ont relargué du DnBP, DEHP, BBP, DMP... soit la liste exhaustive de tous les phtalates qu'il est possible de retrouver dans les vins. "La migration se fait très vite, dès la première journée de contact" explique Jean-Michel Desseigne. Les niveaux augmentent plus la température s'élève. Les tuyaux dits 'sans phtalate' ou récents de 2017 ne libèrent que peu ou pas de composés.

En cave, l'institut a testé le relargage de phtalates sur trois types de tuyaux différents : un neuf étiqueté 'sans phtalates' de 2017, un des années 2000 et un des années 90. Il a effectué trois transferts sur chaque lot de vin. Sur un circuit fermé de 70 hl/heure, les vins sont passés en moyenne 50 fois dans la boucle constitué de tuyaux en PVC d'une longueur de 10 mètres et de diamètre 50 mm. Résultats ? Là encore, aucun relargage pour le tuyau récent de 2017. Sur les deux autres, environ 20 à 30 microgrammes/L de BBP et DEHP sont libérés.

Les procédés de filtration ne relarguent, quant à eux, pas de phtalates et les éliminent de façon significative. Il n'y a pas eu d'augmentation de phtalate au cours de la conservation en bouteilles en verre ou en PET. Les obturateurs n'impactent également pas.Les vins conditionnés en Bib ont même vu leurs teneurs en DnBP diminué après 6 mois.

 

Diagnostiquer votre cave

 

Retrouvez sur le site de l'IFV la grille d'auto-diagnostic pour évaluer le relargage éventuel de phtalates de votre propre équipement de cave !

 

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé