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Alsace

Un vignoble sous tensions commerciales

Jeudi 01 août 2019 par Christophe Reibel

Un vignoble sous tensions commerciales
- crédit photo : CIVA
Un rythme de vente tombé à 910 000 hl/an met la filière viticole alsacienne sous pression. Des contrats ne sont pas reconduits et le rendement fait à nouveau débat.

Il y a cet été en Alsace des viticulteurs qui ne savent pas que faire de leur récolte 2019 à venir d’ici mi à fin septembre. « Des acheteurs ont dénoncé en juillet des contrats d’achats de raisins à crémant. Un courtier m’a confié que les volumes contractualisés en moûts sont en recul de 30 à 40 %. Il se dit que pour des questions de place et de délai de paiement, ces achats pourraient être décalés en mars-avril, mais rien ne le confirme aujourd’hui » rapporte, sous couvert d’anonymat, ce vigneron indépendant haut-rhinois qui vend une partie de sa surface en raisins à crémant.

Ces choix s’expliqueraient par la généreuse vendange 2018 de 1,2 million d’hectolitres, dont 310 000 hl de crémant, qui a permis de reconstituer les stocks. Avec le niveau actuel de vente, beaucoup d’opérateurs estiment qu’ils sont suffisamment couverts. « Des entreprises ont levé le pied. Avec le volume rentré en 2018, ça se comprend » plaide Pierre Heydt-Trimbach, président du négoce (GPNVA). « Les engagements pluriannuels ont les faveurs des acheteurs. Ce sont les contrats annuels qui ne sont pas reconduits » remarque Serge Fleischer, directeur d’Arthur Metz (groupe Grands chais de France). Les coopératives affirment pour leur part « maintenir » leurs achats de vrac et de raisins en 2019. Wolfberger admet cependant en avoir « recentrés » certains en fonction des « disponibilités et de la qualité » recherchées.

250 ha d’apports en plus en coopératives

« La situation économique de notre vignoble et de certaines entreprises est assez alarmante » reconnaît Jérôme Bauer, président de l'Association des Viticulteurs d’Alsace (Ava) dans un entretien à la presse professionnelle régionale. La preuve ? Des viticulteurs se sont résolus à livrer en coopérative des surfaces, parfois en apport total, seule issue qui leur était laissés pour que leur adhésion soit acceptée. « Depuis le début de l’année, les surfaces engagées ont augmenté de 250 hectares, dont 100 pour la seule cave de Bestheim » reconnaît Pierre-Olivier Baffrey, président de la section viticole Alsace de Coop de France. La solution ne satisfait pas tout le monde.

Pourquoi ne pas adapter l’offre à la demande en jouant sur le rendement, notamment en le différenciant par cépage ? Cette option reçoit l’aval de Jérôme Bauer et de Pierre Heydt-Rimbach. Mais elle se heurte à la ferme opposition de la coopération. « Une proposition a circulé pour baisser le rendement autorisé de 80 à 65 hl/ha. A ce niveau, deux tiers des adhérents de Bestheim disparaîtraient. Poursuivons au contraire nos investissements commerciaux pour garantir un niveau de rémunération et le maintien durable de nos exploitations » répond Pierre-Olivier Baffrey. Ce thème, tout comme la réflexion sur un possible projet d’avenir (dont tout le monde déplore l’absence), sera discuté à l’assemblée générale de pré-vendanges de l’Ava le 2 septembre à Colmar. La presse n’y a pas été invitée afin « que les gens puissent s’exprimer librement ». Un signe de plus que les sensibilités sont plus exacerbées que jamais ?

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