LE FIL

ODG innovante

Les Côtes du Rhône, start-up de la transition environnementale

Mercredi 24 juillet 2019 par Marion Sepeau Ivaldi

Philippe Pellaton, président de l'ODG des Côtes du Rhône avec les différents signataires des conventions en faveur de la biodiversité.
Philippe Pellaton, président de l'ODG des Côtes du Rhône avec les différents signataires des conventions en faveur de la biodiversité. - crédit photo : Côtes du Rhône
Unique dans le paysage des appellations françaises, la politique de transition environnementale des Côtes du Rhône s’approprie une vision globale des évolutions de pratiques, en projetant même d'intégrer le volet commercial.

En début d’année, les Côtes du Rhône annonçaient un plan stratégique environnemental. Six mois plus tard, les choses ont avancé à grand pas… L’ODG n’a pas traîné à engager différentes actions permettant d’impulser une politique environnementale globale et collective, en s’appuyant sur une vision incitative. L’ODG ne se contente en effet pas d’une modification de son cahier des charges (voir encadré) pour limiter le recours aux désherbants, elle cherche à avoir une action collective basée sur le volontariat en proposant des actions novatrices.

Et la HVE devient accessible

Sa première innovation réside dans la stratégie de déploiement de la certification environnementale. Au lieu d’afficher un objectif en nombre d’exploitations certifiées, l’ODG s’est questionnée sur comment faciliter l’accès à la certification HVE et motiver les entreprises à se faire certifier. La réponse est connue : accompagner la certification, baisser la pression de contrôle et son coût. Pour cela, l’ODG s’est faite certifiée organisme intermédiaire de certification le 8 juillet dernier. Les exploitations viticoles qui souhaitent se faire certifier choisissent un organisme d’accompagnement comme les chambres d’Agriculture, les distributeurs de produits phytosanitaires, les entreprises de conseils viticoles… Ces organismes sont chargés d’accompagner puis de réaliser les audits des exploitations. Ils délivrent un dossier de certification que l’entreprise viticole transmet au syndicat ainsi que des données liées à la traçabilité. Ensuite, le Bureau Veritas, organisme de certification choisi par les Côtes du Rhône, réalise une vérification administrative des dossiers. Il tire également au sort des exploitations chez lesquelles il se rend pour réaliser un contrôle de terrain. Cette année, 40 exploitations des Côtes du Rhône ont ainsi reçu leur certification pour 7 contrôlées in situ. « Cela permet de baisser la pression de contrôle mais également le coût. Nous répartissons en effet le coût de contrôle des 7 exploitations sur les 40 impétrantes » se satisfait Philippe Pellaton, président de l’ODG Côtes du Rhône. Ce service devrait permettre d’inciter de nombreuses exploitations à se lancer dans la certification HVE. « L’année prochaine sera une année de déploiement de ce service ».

Protection des espèces

Seconde action, un engagement en faveur de la biodiversité. « Modifier le cahier des charges pour introduire des mesures agro-environnementales, déployer la HVE sont des actions qui s’adressent à un public d’experts et de professionnels. Je voulais avoir également une action en direction d’un public plus large » explique Philippe Pellaton. Et si l’ODG s’investit depuis 8 ans dans la mise en œuvre de sa charte paysagère, elle souhaitait aller plus loin. Le 16 juillet, elle a signé plusieurs conventions avec des associations de protection de la nature et de la biodiversité : l’Observatoire française d’apidologie (suivi des abeilles), la Ligue de protection des oiseaux PACA, le Groupe chiroptères de Provence (chauve-souris), le Centre ornithologique du Gard, le Naturoptère (insectes, plantes) et l’Observatoire agricole de la biodiversité (organisme placé sous le patronage du ministère de l’Agriculture et du Museum d’Histoire Naturelle). « L’objectifs est de mettre en place plusieurs sites pilotes en périphérie du vignoble pour le suivi des populations » explique Philippe Pellaton. Cet audit de la biodiversité sera suivi d’un dispositif de réimplantation des espèces. « Nous débloquerons des financements sur fonds propres et chercherons des fonds publics » poursuit-il. Le syndicat a commencé à impliquer le syndicat du négoce ainsi que l’interprofession, avec pour projet que les entreprises aval puissent s’engager dans ce projet en le soutenant financièrement. « Les vins seraient alors commercialisés avec une collerette expliquant les actions en faveur de la biodiversité » précise Philippe Pellaton. De quoi s’adresser directement au grand public. Et créer une cohésion amont-aval sur un enjeu déterminant pour l’avenir…

Limitation des désherbants

Lors du comité national de l’Inao a validé la demande des Côtes du Rhône visant à intégrer dans son cahier des charges des mesures limitant le recours aux désherbants. A partir de 2020, il sera interdit de désherber chimiquement les tournières ainsi que plus de 50 % de la surface de la parcelle plantée. L’ODG prévoit qu’a minima, 65 % de la surface des Côtes du Rhône et Côtes du Rhône Villages (soit 40 000 ha) ne recevra plus de désherbant. Le projet est une sortie totale du désherbage chimique sauf dans les zones pentues où la mécanisation est impossible.

 

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