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3 leviers pour adapter le vignoble au changement climatique

Promettant dans son sous-titre des « solutions pour la filière vin », la conférence Climate Change Leadership de Porto ouvre finalement plus le champ des possibles, et des essais, qu'elle ne donne de recettes toutes faites et prêtes à l'emploi. Cette réunion d'experts internationaux est avant tout coup de semonce face à l'urgence du dérèglement climatique. La conférence s'appuyant sur l'appel à l'action du protocole de Porto, qui enjoint ses participants à collaborer un maximum pour le bien collectif. « Il est temps maintenant de partager des informations [des recherches privées réalisées par chacun] et d'apprendre de chacun » plaide Adrian Bridge, le président des portos Taylor's et co-organisateur de l'évènement. Tour d'horizon des propositions évoquées ce 6 mars à Porto.
Par Alexandre Abellan Le 11 mars 2019
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3 leviers pour adapter le vignoble au changement climatique
600 participants étaient enregistrés au Climate Change Leadership, se déroulant ce 6 mars au centre des congrès Alfândega do Porto, les anciennes douanes de la vallée du Douro. - crédit photo : Climate Change Leadership
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etarder les maturités en adaptant les modes de conduite

Face à un dérèglement climatique, qui avance les dates de maturité technologiques (rapport sucre/acidité) mais pas phénoliques (ni aromatique), retarder la phénologie est un objectif partagé dans le vignoble mondial. Dans l’hémisphère nord, « on ne veut pas vendanger en août, comme c’est le cas désormais. Il faut désormais éviter d’effeuiller » pointe Miguel Torres, le président du groupe espagnol Bodegas Torres. « Permettant de s’adapter à des températures croissantes, les stratégies d’effeuillage doivent être optimisées pour protéger les grappes des radiations [solaires] » ajoute Gerard Casaubon, le directeur du centre de recherche du groupe chilien Viña Concha y Toro.

Plus globalement, la remise en cause des modes de conduite est au cœur de l’adaptation au changement climatique. Comme dans la Rioja, où la traditionnelle taille en gobelet (abandonnée au profit d’un palissage mécanisé) permet de retarder les maturités rapporte le docteur Carlos Miranda, professeur à l’université de Navarre (Pampelune). Une piste que confirme Miguel Torres, qui note au passage que les filets anti-grêle ont un effet retardateur sur les maturités

 

Préserver et piocher dans la diversité des clones viticoles

Existant depuis des milliers d’années et en ayant déjà connu d’autres, « la vigne est notre meilleure alliée pour s’adapter au changement climatique » estime le consultant portugais António Graça (Sogrape Vinhos Today). Qui évoque l’association Porvid, lancée en 2009 et assurant la conservation de 50 000 génotypes de 261 cépages portugais. « Il faut préserver les cépages, mais aussi la diversité qui existe en leur sein. Il y a déjà des possibilités d’adaptation en changeant juste de clone, pour un même cépage » estime António Graça.

La préservation, la sélection et le déploiement de cette richesse permettent d’éviter des formes de monocultures, moins propices à une diversité, et donc une adaptation, en termes de maturité ou de résistance à une hausse des températures ou à la sécheresse. « Depuis les années 1990, il n’y avait plus que trois clones de sangiovese qui étaient cultivées dans toute l’appellation Brunello di Montalcino » rapporte ainsi Cristina Mariani-May, la PDG de l’importateur américain Banfi. Dont la propriété, Castello Banfi, a recensé 650 clones sur l’aire d’appellation, en a planté 150 et en a sélectionné 15, qui permettent d’enrichir son potentiel viticole.

Et si une sélection massale présente souvent des caractéristiques qualitatives supérieures, Gerard Casaubon souligne que les clones ont toujours l’avantage de présenter, et assurer, une meilleure productivité.

 

Agir sur le réchauffement climatique en réduisant son empreinte carbone

« Le plus vite nous réduirons à zéro nos émissions de gaz carbonique, le plus riche et le plus en sécurité nous serons » affirme le professeur Kimberly Nicholas, de l’université suédoise de Lund. Particulièrement militante, la spécialiste du développement durable estime que la filière vin doit réduire drastiquement ses émissions de CO2, en les réduisant de 85 % d’ici à 2035. Kimberly Nicholas conseille pour se faire de réduire les intrants (notamment d’engrais), d’optimiser son équipement énergétique et opter pour les énergies renouvelables (en arrêtant dès 2030 l’utilisation d’énergies fossiles), d’alléger les emballages, de réduire les transports aériens/routiers pour privilégier les expéditions ferroviaires/maritimes…

Mais d’un point de vue pratique, « il est très difficile d’atteindre actuellement les niveaux de neutralité carbone » soupire Jaume Gramona, le PDG du groupe espagnol Gramona. Dont l’entreprise n’est pourtant pas à la traîne en matière de réduction des consommations énergétiques : des panneaux photovoltaïques ayant été installés pour fournir 16 % de sa consommation d’électricité, les énergies renouvelables représentant 59 % de ses besoins, sa cave étant climatisée par énergie géothermique qui permet d’économiser 41 % de sa consommation…

Face à la complexité de ces démarches, « il y a des experts qui ont l’expérience de ces problématiques et qui sont plus à même de vous donner des conseils, afin de réaliser des actions climatiques compatibles avec une vision d’entreprise » indique Katie Jackson, la présidente de la responsabilité sociale des vignobles californiens Jackson Family, en conclusion de cette journée de conférences.

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