LE FIL

Vins liquoreux

Loupiac toujours prêt à en découdre pour la chaptalisation

Mardi 05 mars 2019 par Alexandre Abellan

Issus de raisins botrytisés, les vins de Loupiac ne peuvent être chaptalisés s'ils dépassent un titre alcoométrique de 15°.Issus de raisins botrytisés, les vins de Loupiac ne peuvent être chaptalisés s'ils dépassent un titre alcoométrique de 15°. - crédit photo : Syndicat Viticole de Loupiac
Le tribunal administratif va étudier la demande de rétablissement de l’enrichissement au sucre, selon un principe d’équité, de l’appellation bordelaise. Qui a également un recours posé devant le Conseil d'État, avec Monbazillac.

Sortir de son cahier des charges l’interdiction de chaptaliser des vins titrant au-dessus de 15 degrés d’alcool, c’est l’objectif de l’audience du syndicat viticole de Loupiac, ce 13 mars, devant le tribunal administratif de Bordeaux. Cette procédure attaque le ministère de l’Agriculture qui a signé le décret n° 2014-681 limitant, depuis le millésime 2015, « l'enrichissement par sucrage à sec ou par moût concentré rectifié [qui] ne peut avoir pour effet de porter le titre alcoométrique volumique total après enrichissement au delà de 15 % ». La réglementation française s’était alors mise en conformité avec le cadre européen. Ce dernier ayant depuis ouvert aux vins liquoreux la possibilité d’enrichir les moûts par méthodes soustractives : les Techniques Soustractives d’Enrichissements (TSE). Une avancée du texte omnibus de 2018 qui ne satisfait pas Loupiac.

« Je ne suis pas partisan de ces technologies. Ces machines sont très coûteuses à l’achat, alors qu’elles sont peu utilisées » critique Daniel Sanfourche, le président du syndicat viticole de Loupiac, qui craint également de « perdre l’âme de la récolte botrytisée, où l’on prie et on attend. Avec ces techniques, on peut décider de ne pas patienter et de récolter. Quitte à concentrer les mauvais goûts ». Cette même approche éthique, pour ne pas dire philosophique, pousse d’autres producteurs de liquoreux à refuser la chaptalisation. Comme les membres de l’association Sapros, qui estiment que l’ajout de sucre force le terroir, la concentration naturelle étant pour eux la seule manière de produire un vin liquoreux avec authenticité.

"Dernier recours"

Une vison balayée par Daniel Sanfourche, pour qui « tout le monde a la possibilité de chaptaliser dans le vignoble. Pourquoi serons-nous les seuls à ne pas pouvoir user de cette méthode ancestrale ? » Ne se satisfaisant pas de la situation actuelle, le vigneron de Loupiac souligne ne pas chaptaliser par plaisir. « C’est un dernier recours. Depuis 2015 il y a eu de belles arrières saisons, mais en cas d’années difficiles, on ne pourra pas se passer de cette opération. Les vignerons producteurs de liquoreux n’ont pas les marchés pour des vins secs ! » alerte-t-il.

Conseil d’État

Pour lui l’enjeu du rétablissement de la chaptalisation revient à lever une pénalité pesant sur les vins liquoreux. Après des tentatives de négociations auprès du ministère de l’Agriculture, Loupiac a lancé cette procédure début 2018. Qui se double d’un recours devant le Conseil d’État, avec le soutien de Monbazillac. Pour le moment, les deux appellations viticoles ne souhaitent pas commenter ces procédures. Pour mieux faire revenir la chaptalisation dans son appellation, Daniel Sanfourche a un autre espoir. Que les négociations de la prochaine Politique Agricole Commune remettent non seulement à plat les pratiques de chaptalisation des vins, mais permettent également de réouvrir la technique aux vins liquoreux.
 

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