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Royaume-Uni

Le fog du Brexit se lèvera-t-il enfin pour le commerce du vin ?

Mardi 01 janvier 2019 par Alexandre Abellan

Le compte à rebours du Brexit a beau approcher de sa fin, les perspectives restent brumeuses.Le compte à rebours du Brexit a beau approcher de sa fin, les perspectives restent brumeuses. - crédit photo : Création Vitisphere
Les conséquences commerciales du départ de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne restent toujours une source de mystère. Et d’inquiétudes, de part et d’autre de la Manche.

À l’heure actuelle, la seule certitude que l’on puisse avoir avec le Brexit, c’est que le 29 mars 2019 à minuit, le Royaume-Uni se sera officiellement retiré de l’Union Européenne. Mais à part cette date d’entrée en vigueur, les modalités de ce divorce restent purement et simplement… inconnues. Alors que les négociations entre Londres et Bruxelles sont suspendues à un vote britannique, le marché anglais subit les effets du futur Brexit. Étant pourtant le sixième marché consommateur de vin dans le monde en 2017 (selon l’OIV), la Grande-Bretagne est devenue le marché le moins intéressant à l’export, selon le dernier baromètre du salon Prowein.

D’après un sondage réalisé auprès de 2 364 metteurs en marché de vins dans 46 pays, le marché anglais remporte le titre de « la plus faible situation actuelle et aux perspectives d’avenir les plus basses ». Aux inconnues du Brexit s’ajoutent les difficultés de taux de change et la hausse des taxes. Sans oublier « la perte en espace linéaire due à la compétition des formats commerciaux établis avec le discount rendent ce marché de plus en plus difficile pour les producteurs » note le baromètre Prowein.

Repli du Prosecco

Cette dégradation du marché anglais est déjà perceptible pour le prosecco, les exportations du vin pétillant italien diminuant de 7 % sur le premier semestre 2018 après dix années de croissance effrénée. Sachant que « plus d’une bouteille sur quatre de prosecco consommée à l’étranger l’est en Angleterre » on comprend que ce revirement soit pris au sérieux par la Confédération Italienne des Cultivateurs Directs (Coldiretti). Qui se plaint non seulement du Brexit, mais aussi de la mauvaise presse dont a souffert le prosecco, dont la consommation a été accusée d’abîmer l’émail des dents dans de nombreux articles de presse. « Des fake news nationalistes destinées à discréditer les bulles italiennes » et à appuyer le développement de la filière anglaise de pétillants juge la confédération transalpine.

Mais si la consommation de vins anglais est fortement soutenues par les médias britanniques, ce n’est pas une alternative suffisante pour l’Association anglaise du commerce des vins et spiritueux (WSTA), qui reste mobilisée pour que le Brexit entraîne le moins de perturbations. Soit un accord de libre-échange sans tracas administratif, sans droits de douane, ni documents administratifs à remplir. « Un "no deal" Brexit serait inacceptable, il est essentiel que le gouvernement [britannique] sécurise un retrait négocié » pose Miles Beale, le directeur général de la WSTA.

"Toujours le même brouillard"

Cette feuille de route et ses inquiétudes sont partagées de part et d’autre de la Manche. « Aujourd’hui, personne ne peut dire comment cela va se passer après le Brexit. On sait juste qu’il y aura une période de transition. Avec le maintien du schéma commercial actuel signé jusqu’au 31 décembre 2020. Mais 2021, c’est demain ! » alerte Jean-Marie Barillère, le président du Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV). Pour qui « on est toujours dans le même brouillard… Qui est tellement épais que les délais devront être allongés. »

Face aux incertitudes persistantes, des craintes naissent sur le manque de préparation des entreprises à la pire des éventualités : une rupture nette des échanges commerciaux, non négociée. En matière de préparation au Brexit, « j’ai l’impression que l’administration est prête avant le monde de l’entreprise… » alerte ainsi Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics. Qui rapporte avoir « vu les producteurs de vins de Bordeaux, de Cognac ou, récemment, l’entreprise Pernod Ricard. C’est moi-même qui leur demande de recevoir le patron des douanes pour qu’il explique à leurs commerciaux et à ceux qui s’occupent de leurs chaînes logistiques comment cela se passe. »

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