LE FIL

Étiquettes vin…solentes

Gérard Descambre, le pornographe des soûlographes

Samedi 01 décembre 2018 par Alexandre Abellan

 « Les vignerons contemporains s’exposent, interpellent, et leurs messages se superposent au contenu de leurs bouteilles. On n’achète plus seulement du vin, on adhère à la philosophie d’un quelqu’un, d’une quelqu’une » explique Dominique Hutin, qui cosigne le livre Grand Cru déClassé. « Les vignerons contemporains s’exposent, interpellent, et leurs messages se superposent au contenu de leurs bouteilles. On n’achète plus seulement du vin, on adhère à la philosophie d’un quelqu’un, d’une quelqu’une » explique Dominique Hutin, qui cosigne le livre Grand Cru déClassé. - crédit photo : Éditions de l'Épure
Un livre reprend des décennies d’étiquettes polissonnes des châteaux Barrail des Graves et Renaissance, placées sous le signe d’Hara Kiri, de Charlie Hebdo et du vin bio.

« Afin d'amuser la galerie, j’étiquette des gauloiseries, des pleines louches sur mes crus, tout à fait incongrus » pourrait chanter le vigneron bordelais Georges Descrambe, dans une reprise personnelle du Pornographe de Georges Brassens. Plus ou moins polissonnes, les étiquettes de ses châteaux de Saint-Émilion, Barrail des Graves et Renaissance, ont été signées par les dessinateurs Cabu, Cavanna, Florence Cestac, Charb, Fred, Gébé, Étienne Lécroart, Margerin, Reiser, Siné, Tignous, Topor, Vuillemin, Willem, Wolinski…

Grand Cru déClassé

Réunies dans le livre Grand Cru déClassé (éditions de l’Épure, 28 €), les étiquettes de 47 années, ces étiquettes réunissent donc la crème de la bande-desssinée en général, et de Charlie Hebdo en particulier. Avec aux origines, « la bande de Hara-Kiri sans foi mais avec toujours un tire-bouchon à proximité d’une feuille de papier à dessin […]. Ces virtuoses du crayon en auront composé des images quasiment de missels – étiquettes des bouteilles de Gérard – en vénérant le seul saint respectable à leurs yeux : Émilion » souligne l’écrivain Jean Teulé dans sa préface.
Parcourant 47 années, le livre revient autant sur les conditions de chaque millésime bordelais que sur la personnalité de leur dessinateur attitré, et surtout sur l’histoire de Gérard Descrambe.

Dans l’ouvrage, Gérard Descrambe écrit que tout commence dans les années 1970, avec une lettre, racontant son projet utopique de reprendre un domaine bio à Bordeaux, qu’il envoie au professeur Choron, qui commande illico « soixante bouteilles du meilleur et du plus cher ». De ce soutien à une production écologique naît une amitié indéfectible. À force d’approvisionner et d’arpenter la rédaction du journal satirique « bête et méchant », le vigneron moustachu reçoit au détour d’un bouclage la proposition de Jean-Marc Reiser de dessiner une étiquette pour son château. Ce clin d’œil devient une habitude, plus gauloise, mais pas moins culturelle, que la tradition du château Mouton-Rothschild de faire signer ses étiquettes par des artistes contemporains.

"Le mauvais goût, c’est ce qu’on n’aime pas"

Ayant également signé ce Grand Cru déClassé, le journaliste Dominique Hutin estime que Gérard Descrambe a lancé une révolution dans l’étiquetage des vins. Les décomplexant et leur ouvrant un espace d’expression pour le moins décontracté. S’agit-il pour autant de « rigolade à tous les étages ? Non » réplique Dominique Hutin, qui y discerne une franchise toute personnelle. Et de rappeler « aux buveurs d’eau ou fanas du goulot qui seraient tentés de jouer du curseur pour calibrer la bienséance chez Descrambe, nous nous permettons de rappeler la pensée de l’écrivain œnophile Raymond Dumay : "Le mauvais goût, c’est ce qu’on n’aime pas". »

Rendant également hommage à la vision du père de Gérard Descrambe, le vigneron Armand Descambre, passé de négociant en vin à distributeur de composts végétaux et militant d’une viticulture biologique avant l’heure, le livre relie les approches irrévérencieuses post-soixante-huitardes d’un château bordelais bio et de la presse satirique. « Avant d’être norme, avant d’être goût, le bio est un état d’esprit, une foi dans l’avenir. Le destin n’est pas figé, nous pouvons tracer un autre chemin » conclut dans sa préface le sommelier Fabrizio Bucella.
 

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