LE FIL

Tout le monde il est bio, tout le monde il est gentil

Vendredi 23 novembre 2018 par Alexandre Abellan

Un dîner en famille, caricature de Caran d’Ache.Un dîner en famille, caricature de Caran d’Ache. - crédit photo : Le Figaro (édition du 13 février 1898)

Existe-t-il un sujet plus clivant dans le vignoble que la bio ? Il suffit de l'évoquer pour voir surgir les clivages viscéraux qui animent de tout temps le tempérament français en particulier, et la nature humaine en général. Une constance illustrée il y a 120 ans lors de l’affaire Dreyfus par Caran d’Ache, et visible depuis le week-end dernier avec le mouvement des gilets jaunes.

Mais revenons au vignoble et aux vifs débats sur la bio. Pour ses détracteurs, la liste des griefs enterre cette viticulture alternative : de l’impact environnemental du cuivre aux rendements en danger les années de forte pression sanitaire, en passant par l’empreinte carbone des nombreux passages en tracteurs et la méconnaissance, voire le malentendu, entre les consommateurs et le cahier des charges bio (souvent vu comme une absence de traitements). Pour les défenseurs de la bio, le discours est diamétralement inversé, se basant sur la diminution des doses de cuivre, l’absence de résidus de pesticides dans les vins, l’emploi de davantage de main d’œuvre... Sans oublier l’argument massue d’un marché tellement demandeur, que même un vin en conversion est recherché par le négoce.

Alors que notre société se prélasse dans les débats clivants, jugeant les consensus moins inatteignables que mous, la complexité de la réalité nécessite de prendre du recul pour saisir les forces et faiblesses de chaque système. Il n’est plus temps de mettre dos à dos conventionnel et bio, que de les joindre main dans la main. Mais encore faut-il être capable de s’entendre au lieu de s’opposer d’emblée. A priori irréconciliables, ces deux viticultures s’équilibrent l’autre dans une nécessaire quête d’amélioration. Tout en appuyant le constat qu’il n’existe pas de solution miracle, mais seulement des compromis à optimiser.

Ce besoin de faire cause commune se sédimente dans le vignoble. Comme pour la réhomologation européenne du cuivre, où le malheur des uns ne fera pas le bonheur des autres. La preuve avec cette interview, sur la nouvelle TV Vitisphere, du viticulteur bordelais Bernard Farges. S'il ne peut être confondu avec un ayatollah de la bio, il en reconnaît, sans langue de bois, les intérêts. Existe-t-il un sujet plus enrichissant dans le vignoble que la bio ?

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Dominique Le 02 décembre 2018 à 09:41:44
Je m'étais abstenu de réagir après ce commentaire de M. Gérard Bernadac. Je pensais que des réactions spontanées se feraient jour, devant ce tissu d'inepties, débité au kilomètre par celui qui est, j'ai cru comprendre, médecin du travail ! Premier argument massue : tout est « chimique » donc tout se vaut. On croit rêver ! Le plutonium est lui aussi « chimique », donc pas de différence entre plutonium et acide ascorbique ? Comment un médecin peut-il s'exprimer sur ce sujet des pesticides sans prendre en compte le rapport de 2013 de l’Inserm issu d'une procédure d’expertise collective de tout ce qui existe comme scientifiques. Il a été fait sur demande de la Direction Générale de la Santé. Ce rapport indique clairement la montée des nouvelles pathologies que nous connaissons, précisément depuis la création et l'utilisation de milliers de nouvelles molécules de synthèse. Nos arrière-grands-parents et grands parents ont usé et abusé avec grand excès de la bouillie bordelaise et du soufre, sans que de telles pathologies ne surviennent. Opposer des arguments de café du commerce à une telle somme de travail scientifique sur la question : voilà le contenu de ce commentaire alors même que vous écrivez « Faisons confiance aux scientifiques ». J'en conclue aussi que tous les médecins n'ont pas lu ne serait-ce qu'une version résumée de l'expertise collective 2013 de l'INSERM. Deuxième argument : le travail du sol gourmand en énergie. Si vous aviez consulté un bilan carbone d'un domaine comme le mien ou celui d'une filière vin comme le Champagne, vous sauriez que les vrais postes à problème sont les bouteilles et les transports. Et qu'un bilan carbone ça s'évalue sur l'ensemble du process et pas sur un seul point. Vous écrivez que «  ce sont les agriculteurs à qui on demande de mieux faire sans vraiment les aider ». Effectivement, à force de brouiller les repères sur la toxicité comparée des substances minérales et celles de synthèse, vous ne les aidez pas, ne serait-ce qu'à faire un état des lieux. Vous leur proposez une énième resucée du plan Ecophyto, qu'on appelle partout Ecopipeau. Enorme machin coûteux, qui a consumé des sommes folles et des énergies bien intentionnées pour des résultats inverses de ceux attendus. Dans un entreprise normale, on fermerait le service, mais là on est en fait, juste sur une entreprise de communication « verte ». Vous irez expliquer aux 400 000 foyers français qui ont abandonné le vin entre 2016 et 2017, que, grâce à Ecophyto, nos vins sont de plus en plus désirables car nous y mettons de moins en moins de produits cancérigènes. Dieu merci, l'agriculture biologique est protégée par un règlement ( insuffisant certes ) de telles divagations de fin de banquet.
Bernadac Gérard Le 26 novembre 2018 à 17:15:54
N'oublions pas que ces deux type de viticulture que l'on distingue artificiellement n'ont rien d’opposable. Il s'agit de deux cahiers des charges dont la seule distinction est un théorème qui présuppose que les produit issus de la nature serait moins dangereux que les produits de synthèse. Parler de bio comme s'il s’agissait d'un auréole tombée du ciel induit chez le citoyen une appréciation exagérément positive. Le mot à lui seul agissant dans le subconscient comme un élément favorable. Y a t'il une distinction entre la chimie d'extraction et la chimie de synthèse ? Bien sur que non cela reste de la chimie. Dans les deux cahiers des charges les produits sont appelés pesticides et sont homologués par les instance européennes et nationales de la même manière. Bien souvent l'extraction des molécules naturelles se fait même à partir de solvant pétrolier; comme pour les huiles essentielles ou l'on utilise l’hexane (éminemment chimique de synthèse ) pour extraire notamment les hydrate de carbones ou hydrocarbures qui constituent l'effet phytopharmaceutique de certaines huiles. Il ne faut absolument pas opposer les deux cahiers des charges. Ils sont légèrement différents c'est tout. Les herbicides autorisés dans les cahiers des charges raisonnée limitent considérablement les émissions de CO2 par opposition aux cahiers des charges biologiques ou le travail du sol se fait avec une utilisation intensive de pétrole par la mécanisation des labours mais aussi avec le nombre de traitement bien plus important qu'en agriculture raisonnée qui impose deux fois plus de passage en tracteur. En contrepartie effectivement l'absence d'herbicides dans le cahier des charge biologique peut réduire les impacts des herbicides sur l'eau. Que faire alors ? Il serait utile de réduire progressivement les molécules ayant des impacts sur l'homme et l'environnement (référentiels bio et non bio) pour ne plus distinguer ces deux cahiers des charges. Certaines molécules dites chimie de synthèse n'étant pas plus toxiques que des molécules du référentiel biologique. Évitons absolument les biais de conformité, qui consistent à penser comme nous l'imposent certains vendeurs d'apocalypse. Il y a un effet d’entraînement excessif dans notre société actuellement. Chacun relayant des informations en accentuant le trait, du simple fait de les avoir entendu dans les médias. Faisons confiance aux scientifiques et surtout donnons leurs la paroles et évoluons vers des consensus sur le sujet Et surtout pensons bien que ceux qui sont au centre de ces joutes verbales d'avenir, sont les agriculteurs à qui on demande de mieux faire sans vraiment les aider. Le plan écophyto doit se structurer pour trouver des solutions alternatives à la chimie, des solutions efficiente , sécuritaire pour le revenu de l'agriculteur et facilement transférable. Alors elles diffuseront auprès des travailleurs agricoles comme une traînée de poudre sans aucune médiatisation.
Michel Le 25 novembre 2018 à 19:17:15
Comme il est si bien dit dans l'article la solution parfaite n'existe pas et la réflexion doit être globale et non que sur certains points. Ce qui veut dire que l'adoption d'une bonne solution impose l'adoption obligatoirement d'une moins bonne. Le tout est tout simplement de savoir si cette dernière est encore acceptable. Les bios ont des bonnes solutions mais pas que et les conventionnels n'ont pas à rougir des leurs pour peu qu'ils arrivent à o phyto dans leur vin et n'utilisent que des produits non classés toxicologiquement parlant complétés par des produits dits de biocontrôle et dégradables pour la plupart dans le sol. Pourquoi tous les produits issus de chimie organique seraient-ils tous foncièrement plus nocifs que ceux issus de la chimie minérale? Chacun de son côté aurait donc intérêt à prendre le meilleur des deux approches. Ceux qui voient ça d'un mauvais oeil ne sont que des ayatollahs, et il y en a des deux côtés, qui ont des craintes pour leur fond de commerce.
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