LE FIL

Europe

Premières réactions du secteur du vin à la proposition de la nouvelle PAC

Vendredi 01 juin 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Les propositions de la Commission européenne sont plutôt bien accueillies par Efow et le CEEV, même si les deux organisations émettent quelques bémols.
Les propositions de la Commission européenne sont plutôt bien accueillies par Efow et le CEEV, même si les deux organisations émettent quelques bémols. - crédit photo : DR
Réagissant par voie de communiqué à l'annonce des propositions de la Commission européenne quant à la future PAC, le Comité européen des entreprises du vin et EFOW posent leur satisfaction, leur déception et leur suggestion.

Les AOP mi-figue, mi-raisin

"Les propositions présentées ce 1er juin montrent que le système de réglementation du secteur agricole est conforté, car il est proposé à d'autres filières agricoles. C'est une reconnaissance de l'efficacité de cet outil qui fonctionne même s'il est perfectible !" lance Bernard Farges, président de l'organisation qui représente les AOC viticoles européennes, Efow (European federation of origin wines). Au-delà de ce satisfecit, l'organisation apparaît mitigée devant les propositions de la Commission européenne : certaines la réjouissent quand d'autres l'inquiètent.

Efow applaudit trois propositions. La première bonne nouvelle vient de l'élargissement de la définition du vin AOP aux hybrides. En clair, les AOP pourront expérimenter les variétés résistantes aux maladies et aux évolutions climatiques. Autre proposition : la simplification de l'enregistrement des cahiers des charges des vins à indication géographique, une mesure réclamée depuis longtemps par les organisations représentant les producteurs. Enfin, Efow salue le renforcement de la protection des vins IG car celle-ci  "s'appliquerait aussi aux produits en trasit sur le territoire de l'Union européenne et à ceux qui sont vendus sur Internet ou par d'autres moyens de commerce électronique" explique l'organisation.

Concernant les programmes nationaux de soutien. La Commission européenne ne les remet pas en cause. Mais Efow s'interroge sur les montants qui seront alloués (tout comme le négoce européen, voir plus bas). 

Par ailleurs, la Commission européenne propose de faire évoluer la réglementation en matière d'autorisations de plantation. Elle met sur la table deux options pour permettre aux Etats de calculer le fameux seuil annuel de croissance de 1% des surfaces. Chaque Etat pourrait calculer ce seuil selon l'un ou l'autre de ces modes de calcul :

- 1 % de la superficie plantée en vigne sur leur territoire telle que mesurée le 31 juillet de l'année précédente. Il s'agit du mode de calcul actuel.

- 1 % de la superficie plantée en vigne au 31 juillet 2015 additionnée de la superficie des droits de plantations pouvant être convertis en autorisation de plantation au 1er janvier 2016.

Bernard Farges, président d'Efow indique : "concernant ces propositions visant à une modification du système des autorisations de plantation, nous restons prudents en raison de son impact possible sur la croissance du vignoble européen". Le président rappelle que les représentants des producteurs européens discutent ensemble de la meilleure façon de faire évoluer les autorisations de plantation, avec le souci de répondre aux mieux aux demandes italiennes de croissance plus rapide. "Je ne doute pas que nous arriverons à un accord" martèle Bernard Farges.

Enfin, Efow se montre totalement opposée à la proposition de la Commission de créer deux nouvelles catégories de vins : les vins désalcoolisés (titre alcoométrique inférieur ou égal à 0.5 %) et les vins partiellement désalcoolisés (titre alcoométrique supérieur à 0.5 % et titre alcoométrique total réduit de plus de 20% en volume par rapport au titre alcoométrique inital). Et Bernard Farges de tempêter : "nous sommes très surpris par la volonté de la Commmission de remettre en cause la définition du vin en autorisant des produits sans alcool ou à faible teneur en alcool. Ceci n'est pas acceptable. Je ne suis pas contre ces boissons, elles peuvent être commercialisées mais ce n'est pas du vin !".

Le Comité européen des entreprises du vin attendait davantage

"Nous nous réjouissons que la Commission maintienne les mesures existantes du secteur viticole en particulier les programmes nationaux d'aides viticoles" indique Jean-Marie Barillère, président du Comité européen des entreprises vins (CEEV). Bruxelles a en effet annoncé ce 1er juin qu'elle souhaitait poursuivre la plupart des mesures crées par l'OCM 2008. 

Cependant, les propositions bruxelloises laissent le CEEV sur sa faim. Le Comité est en effet convaincu que "la réforme de la PAC constitue une opportunité pour améliorer, moderniser et faciliter la mise en oeuvre des mesures d'aides inclues dans les programmes nationaux. Cependant les propositions de la Commission peuvent être perçues comme conservatrices" analyse Jean-Marie Barillère qui précise que pour s'assurer de l'efficacité de ces mesures, le budget alloué doit être "ambitieux". Or l'annonce de la baisse de l'enveloppe globale dédiée au secteur agricole européen n'est pas pour aller dans ce sens.

Le CEEV salue par ailleurs les évolutions concernant le système d'autorisation de droits de plantation. Les propositions vont vers "une flexibilité. Même si elles ne résolvent pas tous les problèmes, elles vont dans le bon sens" constate Ignacio Sanchez Recarte, secrétaire général du CEEV.

 

 

 

 

La décentralisation : l'esprit des propositions de la Commission européenne

Plus simples, plus flexibles, plus vertes: la Commission européenne a présenté ce 1er juin ses propositions pour «moderniser» ses aides agricoles, politique historique de l'UE sous la pression d'un budget en baisse.
Après la grande réforme de 2013 qui n'a pas convaincu tout le monde, et la multiplication des interventions en urgence pour soutenir des secteurs minés par la crise, Bruxelles est à la recherche de la formule qui permettra davantage de flexibilité dans l'octroi des aides et la garantie d'un soutien efficace.
«Moderniser et simplifier», selon l'expression du commissaire à l'Agriculture Phil Hogan.
Déjà soupçonnée de vouloir «renationaliser» la Politique agricole commune (PAC) par les agriculteurs et le Parlement européen, la Commission se défend.
«Avec le nouveau modèle de transmission, nous fournissons plus de subsidiarité aux Etats membres afin d'améliorer l'efficacité de la politique et de mieux surveillers ses résultats», assure Jyrki Katainen, vice-président de la Commission.
L'exécutif européen doit aussi jongler avec une donnée difficile à avaler pour le secteur agricole, jusqu'ici principal bénéficiaire (plus d'un tiers) du budget général de l'UE: un budget en baisse à partir de 2021, avec une enveloppe globale de 365 milliards d'euros pour sept ans.
La Commission a ainsi conçu un système où les objectifs généraux sont fixés à Bruxelles, desquels découlent une liste de mesures et d'indicateurs quantifiables. Les Etats membres peuvent alors piocher parmi ces outils à leurs disposition pour une mise en application des objectifs au plus près de leurs propres besoins et contraintes.
Parmi ces neuf objectifs généraux: «Assurer un revenu équitable», «Rééquilibrer les pouvoirs dans la chaîne alimentaire», «Préserver les paysages et la biodiversité», «Soutenir le renouveau générationnel» ou encore «Protéger la qualité de l'alimentation et de la santé».
Chaque pays devra ainsi définir des plans stratégiques «sur mesure». La Commission aura huit mois pour les examiner et les valider.
Les deux «piliers» de la Politique agricole commune -- les aides directes d'un côté, garantie de revenus pour les agriculteurs et le soutien au développement rural de l'autre -- sont maintenus.
Selon la Commission, la baisse du budget de la PAC sera limitée à 5%, un chiffre déjà contesté par plusieurs sources qui lui reprochent de ne pas tenir compte de l'inflation. La coupe avoisinerait plutôt 15%, dont plus de 10% pour les paiements directs et plus de 25% pour le développement rural.
L'exécutif européen, agacé par cette bataille de chiffres, préfère mettre en avant le rééquilibrage qu'elle souhaite opérer, au profit notamment des petites et moyennes exploitations qui recevront plus par hectare de terrain. Et à partir de 60.000 euros les paiements directs deviendront dégressifs, puis plafonnés à 100.000 euros.
Les Etats membres auront aussi la possibilité de transférer jusqu'à 15% de leur enveloppe de la PAC entre les deux piliers.
 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé