LE FIL

Languedoc Roussillon

L’eau et les intrants, deux défis pour une région

Jeudi 25 janvier 2018 par Marion Sepeau Ivaldi
Article mis à jour le 26/01/2018 09:07:11

Xavier de Volontat, président du CIVL clotûre les Entretiens Vigne et Vin du Languedoc Roussillon : 'Nous allons continuer à travailler pour bâtir une feuille de route permettant de répondre aux enjeux de demain'.Xavier de Volontat, président du CIVL clotûre les Entretiens Vigne et Vin du Languedoc Roussillon : 'Nous allons continuer à travailler pour bâtir une feuille de route permettant de répondre aux enjeux de demain'. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Les Entretiens Vigne et Vin organisés du Languedoc Roussillon ont réuni plus de 400 participants à Narbonne le 24 janvier. Une affluence qui marque l’adhésion à l’objectif de la journée : partager une vision commune pour l’avenir de la viticulture.

« Ce n’est pas une journée à vocation politique » indique Christophe Riou, directeur adjoint de l’IFV. Pourtant, ce 24 janvier à Narbonne, les Entretiens Vigne et Vin en Languedoc-Roussillon avaient un petit air de « livre blanc à l’usage des politiques » sur les orientations techniques à impulser pour tracer l’avenir de la viticulture régionale. Pour la première fois, ces Entretiens étaient à l’initiative de l’Institut français de la vigne et du vin mais étaient également co-organisés par le CIVL et les laboratoires Dubernet. Il est rare de voir la recherche publique et privée s’afficher ainsi ensemble. « Notre objectif est de faire émerger une vision partagée sur les évolutions nécessaires de la viticulture » confie ainsi Guillaume Desperrières, ingénieur à la SRDV, filiale des Laboratoires Dubernet.

La journée a choisi de s’intéresser à quatre thèmes principaux : le climat, l’eau, le sol et la plante, l’environnement et la demande sociétale. L’évolution du climat est, évidemment, un sujet de préoccupation pour le Languedoc-Roussillon. « Dans le scénario d’une augmentation de la température de 2.5 °C à 2050, les étés chauds et secs tels que 2017 se produiront avec une fréquence de 42 %, ce qui veut dire que presqu’un été sur deux sera semblable à celui de 2017 » a lancé Hervé Hannin, directeur de l’IHEV de Montpellier SupAgro. Dans ce contexte la question de l’eau sera centrale, et notamment le développement de l’irrigation. « Cela reste le geste technique le plus important » a indiqué Jacques Rousseau, responsable des services viticoles de l’Institut coopératif du vin, tout en soulignant qu’il y avait d’autres gestes : binage, travail du sol, amendements organiques et gestion du feuillage.

Développer la ressource en eau

Développer l’irrigation pose la question de la ressource en eau. Sur le sujet : la bonne nouvelle vient de la région qui a annoncé l’obtention d’un financement supplémentaire de 4 000 hectares dans le cadre de la programmation européenne 2014 – 2020 (en plus des 60 000 hectares déjà financés). C’est une goutte d’eau au vu des besoins, a regretté Matthieu Dubernet, directeur de la SRDV : « le vignoble languedocien, c’est 200 000 hectares ! » a-t-il rappelé. Une autre information plutôt optimiste est venue de Henri Salvayre, hydrogéologue, qui a rappelé que la région dispose de ressources en eau renouvelable dans les zones calcaire, notamment en Corbières. Ce stock important d’eau reste à étudier, comme l’a rappelé Gaëtan Deffontaines, de l’agence de l’eau BRL. « Il ne faudrait pas que des pompages assèchent les sources ». Autre solution pour développer la ressource en eau : la création de retenues collinaires, qui pourrait être un complément de l’eau venue du Rhône et de l’Orb.

Irrigation des AOC, la réglementation a besoin d’évoluer

L’irrigation pose également la question de son utilisation. La règlementation est particulièrement contraignante pour les AOC qui n’ont pas le droit d’irriguer après le 15 août. Or, d’après Denis Caboulet de l’IFV, il faudrait prolonger de deux à trois semaines après le 15 août pour éviter les problèmes de maturation posés par le manque d’eau en été. Si la règlementation en la matière a été modifiée récemment, il semble qu’une partie du chemin reste encore à parcourir. Par ailleurs, l’irrigation nécessite le développement d’outils d’aides à la décision pertinents et utilisables par les producteurs. Si des outils existent, notamment la méthode d’observation des apex, il y encore besoin de « connaissances, de relevés et de suivis de modèles » et du développement « d’une culture de conseils et d’accompagnements » en matière d’irrigation, a insisté Denis Caboulet.

Les porte-greffes en première ligne

S’adapter au climat, c’est aussi choisir un matériel végétal en conséquence. Sur le sujet, le choix des porte-greffes est en première ligne. Jean-Michel Boursiquot, chercheur à l’Inra, a proposé quelques noms à développer comme le 41 B qui limite la teneur en sucre de la vendange ou le 333 Ecole de Montpellier, adapté à la sécheresse. Il a aussi présenté les pistes offertes par les greffons. Il est ainsi possible de réorienter l’encépagement (implantation de carignan, cinsault, morrastel, piquepoul blanc, vermentino), de réhabiliter certains d’entre eux (piquepoul noir, rivairenc, tourbat), d’introduire de nouvelles variétés (cabestrel, marselan) ou des variétés étrangères (assyrtico, montepulciano). La solution viendra également des cépages résistants. L’IFV va croiser des Resdur 2 avec du vermentino et du piquepoul. De quoi obtenir des variétés à la fois résistantes aux maladies et adaptées aux conditions sèches.

Les cépages résistants et leur déploiement sont une réponse au second enjeu fort de la viticulture régionale : la protection du vignoble et les enjeux environnementaux liés. Car l’avenir en matière de choix de molécules phytosanitaires est sombre. Dans un scenario où toutes les règlementations européennes sont appliquées, Eric Chantelot de l’IFV, estime qu’il ne restera plus que 25 molécules différentes dans 15 à 20 ans. Selon lui, le biocontrôle n’est qu’une solution de substitution incomplète car les produits actuels protègent de façon très partielle. De quoi s’interroger sur le système d’assurance du vignoble, a relevé Christophe Riou : sans doute, faudra-t-il s’interroger sur les assurances du vignoble vis-à-vis du risque maladie.

Revoir la copie de la gestion de l’herbe

En matière de phyto, c’est sans doute la gestion du desherbage qui est la plus urgente : la fin du glufosinate et celle annoncée du glyphosate rendent obligatoire la mise en place de solution nouvelle. Pour Xavier Delpuech, IFV, s’il est vrai que l’herbe concurrence la vigne, il ne faut pas oublier également ses avantages environnementaux. Il faut donc trouver un itinéraire technique optimum. Le chercheur est donc en train d’affiner un modèle de conduite de vignoble avec un enherbement uniquement sous le rang. Et s’est interrogé : « la solution viendra-t-elle des robots ? Avec les robots de tonte, la fréquence des tontes peut être largement augmentée puisque la question de la main d’œuvre ne se pose plus. En augmentant la pression des tontes, il semble que l'on puisse moduler la contrainte de l'enherbement».

De l’eau pour les sols

L’avenir de la viticulture passe enfin par une meilleure alimentation de la vigne et donc un meilleur fonctionnement du sol. Le tableau tiré de la qualité de l’alimentation du vignoble, par Matthieu Dubernet, est plutôt inquiétant. Depuis 2011, les teneurs en éléments minéraux des pétioles ne cessent de diminuer. Cette tendance s’explique notamment parce que les sols fonctionnent mal par manque d’eau. « A ce titre, l’irrigation doit aussi être pensée pour faire fonctionner les sols. Des petites gouttes ne sont pas efficaces. D’un point de vue pédologique, l’aspersion n’est pas une si mauvaise idée » a lancé Matthieu Dubernet, à contre-courant des préconisations en cours. « Nos terres doivent pouvoir être arrosées pour le terroir et la typicité s’expriment » a-t-il également lancé. Une phrase qui ne manquera, sans doute pas, de faire réagir certains… 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2018 - Tout droit réservé