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Jacques Gravegeal : « sans un nom de réputation internationale, les cépages résistants seront invendables »
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Pour le président des Pays d'Oc, c'est la question de la commercialisation des vins de cépage résist
Jacques Gravegeal : « sans un nom de réputation internationale, les cépages résistants seront invendables »

Par Alexandre Abellan Le 11 février 2015
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Jacques Gravegeal : « sans un nom de réputation internationale, les cépages résistants seront invendables »
S

i la demande viticole de cépages résistants aux maladies cryptogamiques a été déclenchée par des enjeux sociétaux majeurs (pulvérisation phyto à proximité d'habitations/écoles, résidus dans les vins, coûts des traitement...), la recherche doit aussi prendre en compte les attentes du marché des vins tonne le vigneron languedocien Jacques Gravegeal. Pour le président de l'Interprofession des Vins de Pays d'Oc (InterOc), le nerf de la guerre reste évidemment le nom des cépages : « aujourd'hui, nos circuits commerciaux sont construits autour de 10 cépages emblématiques (merlot, cabernet-sauvignon, syrah, chardonnay, sauvignon blanc...) : il est hors de question que les cépages résistants n'aient pas de nom de réputation internationale. Sinon ils ne seront pas commercialisables*, ils seront invendables ! »

La solution se trouverait dans les pépinières italiennes**, dans les rangs de merlot royal, petit cabernet et autre sauvignon doré du groupe coopératif Vivai Cooperativi Rauscedo (VCR). Obtenus par rétrocroisements, ces cépages auraient plus de 50 % du patrimoine génétique des variétés internationales dont ils sont issus assure Loïc Breton (directeur de VCR France). Se défendant de toute tromperie du consommateur, il estime que « le plus important, c'est que l'on retrouve incontestablement la typicité du cépage merlot. Il n'y a pas de confusion, on indique la typicité du cépage plutôt que d'inventer un nouveau nom ne voulant rien dire. » Indépendamment de leurs noms de baptême, ces cépages sont résistants au mildiou et à l'oïdium (même si un à deux traitements pourraient être maintenus en pratique). Et quand il est question de durabilité de la résistance, « je préfère un cépage monogénique qui donne un bon vin qu'un polygénique qui en donne un mauvais : seul le premier contente le vigneron et le consommateur ! » déclarait à Vitisphere le docteur Eugenio Sartori (directeur de VCR).

Persuadé que la modernité viticole passe par l'innovation variétale, Jacques Gravegeal a organisé fin janvier une dégustation de cépages résistants italiens au domaine de Manse (Lattes). Une expérience comparative qui aurait séduit les metteurs en marché présents, et pourrait donner lieu à des dégustations à l'aveugle pour convaincre les vignerons de l'IGP. Pour éteindre les critiques « d'esprits chagrins », Jacques Gravegeal rappelle le précédent décevant du marselan (hybride de cabernet-sauvignon et de grenache), qui a rejoint les 56 cépages des vins Pays d'Oc sans faire d'étincelles commerciales. Soulignant que 94 % des volumes de vins Pays d'Oc sont vendus avec une mention de cépages, il cite également le cas des vins de viognier : « excellents, mais on rame, on rame pour les vendre. La notoriété des chardonnay n'est pas à faire, elle existe. »

Il finit en exhortant la filière à ne pas laisser filer la chance de donner une deuxième jeunesse à ses cépages iconiques : « en France on peut rester droits dans nos bottes et smokings, mais on aura une fois de plus vu passer le TGV devant nous... » Pour les vignerons souhaitant prendre en marche le train de ces nouvelles variétés, Loïc Breton rappelle que leur plantation est autorisée en France à titre expérimental, « aucun texte légal ne vous en empêche » (cliquer ici pour en savoir plus).

 

 

* : Sauf pour les « appellations, qui ont la capacité de vendre un terroir et pas un cépage » précise Jacques Gravegeal. Les interprofessions des vins AOC d'Alsace, de Bordeaux et de Champagne se penchent actuellement à l'obtention de cépages résistants adaptés aux typicités de leurs régions (cliquer ici pour en savoir plus).

 

 

** : d'autres pépinières européennes proposent des cépages aux noms évocateurs (cabernet carbon, cabernet cortis, cabernet jura...).

 


 

[Photo : Jacques Gravegeal (à gauche) ; aperçu du film Air France Vin Pays d'Oc IGP]

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