uelle est la réponse de la Commission européenne à la demande française d’utilisation de 80 millions € des fonds communautaires de crise pour une distillation des vins ? Pourquoi est-ce qu’il y a eu tant des délais depuis la demande en novembre ?
Christophe Hansen : Nous avons eu de nombreux échanges constructifs et fructueux avec les autorités françaises. Je profite d’ailleurs de ma visite au salon de l’agriculture le 25 février pour annoncer pour nous allons verser à la France 40 millions d’euros de la réserve de crise pour une distillation des vins français. Ce budget va permettre de cibler plus 1,2 millions d’hectolitres de vins rouges et rosés en surplus. C’est une réponse urgente et indispensable, prise en étroite coordination avec le gouvernement français, pour faire face à l’effondrement des prix et la saturation des stocks en France.
En retirant les volumes les moins compétitifs, cette action rétablira un équilibre temporaire avant les vendanges 2026 et complétera les efforts nationaux d’adaptation structurelle, comme l’arrachage, et la transition vers des cépages plus adaptés. Cela apportera une petite bouffée d’oxygène pour des viticulteurs asphyxiés par la crise.
Les exportateurs français demandent l’ouverture d’un fonds de soutien aux filières agricoles exposées à des conflits géopolitiques qui leurs sont extérieurs : qu’en pensez-vous ? Cognac souhaite dans cet esprit ouvrir un fonds spécifique alimenté par les droits européens sur les voitures électriques chinoises pour arracher 3 500 hectares de vignes n’ayant plus de marché depuis l’enquête chinoise antidumping de 2024-2025 : y êtes-vous favorable ?
Je vais rencontrer la filière viticole et les représentants du cognac lors de ma visite au Salon. J’écouterai leurs propositions. La situation nous préoccupe évidemment et mon collègue en charge du commerce, Maro? ?efčovič, est pleinement engagé avec le ministère chinois du Commerce (Mofcom) pour trouver des solutions.
Faisant évoluer le cadre réglementaire vitivinicole, le paquet vin vient d’être voté au Parlement européen, moins d’un an après votre proposition : vous avez évoqué le fait que ces mesures d’urgence permettront de soutenir la filière, mais qu’il faut préparer d’autres aides : à quoi pensez-vous ? Quels leviers l’Europe peut-elle mobiliser pour sortir de la crise ses opérateurs et territoires du vin ?
Les mesures du paquet vin constituent une réponse directe aux demandes du secteur vitivinicole et des États membres. Elles apportent des solutions concrètes à des défis urgents. Le premier défi est la baisse de la consommation de vin, en particulier de vin rouge. Cela représente un réalignement pour le secteur : les revenus des producteurs de vin sont sous pression et ils disposent de moins de marges pour investir. Nous avons donc proposé des options pour éviter la surproduction. Par exemple, nous proposons d’accorder davantage de flexibilité aux États membres pour financer l’arrachage des vignes et gérer les autorisations de replantation et de plantation. Nous supprimerons également les pénalités s’ils n’utilisent pas leurs autorisations de replantation. Il s’agit de mesures très concrètes. Tout cela aidera le secteur à gérer la production afin de stabiliser le marché.
Le secteur vitivinicole est l’un des plus vulnérables au changement climatique, car les vignobles sont très fragiles. Nous augmentons le taux de soutien de l’Union européenne pour tous les investissements visant à mieux se préparer aux événements climatiques. Cela peut inclure, par exemple, des dispositifs de protection contre la grêle ou des investissements dans la gestion de l’eau. Nous harmonisons également l’étiquetage numérique des ingrédients et des informations nutritionnelles sur les bouteilles, ce que le secteur réclamait. Il existait différentes interprétations selon les États membres. Il n’est pas logique que des producteurs français qui vendent leur vin partout en Europe doivent créer une douzaine d’étiquettes différentes. Certains pays exigent la mention "ingrédients" ou "nutrition" près du QR code, voire les deux. Cela oblige les producteurs à concevoir des étiquettes différentes pour chaque marché, ce qui augmente les coûts et crée de la confusion. Nous allons établir un symbole unique pour indiquer les informations nutritionnelles et les ingrédients, valable dans toute l’Union européenne et ne nécessitant aucune traduction — ce qui simplifiera les échanges et réduira les risques juridiques.
Enfin, il existe un petit marché en plein développement : celui des vins aromatisés, ainsi que des vins sans alcool ou à faible teneur en alcool. En établissant des règles de commercialisation au niveau de l’Union européenne pour ces produits, nous faciliterons le développement de ce segment et les investissements correspondants pour les producteurs qui le souhaitent. Nous permettrons également aux consommateurs de disposer d’informations claires sur le produit qu’ils souhaitent acheter. Le message est clair : la Commission soutient le secteur vitivinicole.
Mais pour faire face à la crise, le nombre d’outils disponibles est tout aussi important que leur utilisation efficace et cohérente par le secteur au service d’objectifs communs. Il est primordial que le secteur, dans chaque région viticole, définisse une stratégie pour sortir de la crise.
Le vignoble s’inquiète de la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) et de ses impacts budgétaires sur l’Organisation Commune du Marché vitivinicole (OCM vin) : est-ce que l’OCM vin spécifique sera préservée avec un budget fléché et tenant compte de l’inflation ?
Dans la proposition de la Commission, le budget consacré au secteur vitivinicole sera fixé par les États membres. Il sera obligatoire dès lors qu’il y a des organisations de producteurs ou des vins sous AOP, ce qui est le cas en France. Cela permettra aux États membres d’ajuster leur budget aux besoins réels du secteur et même de dépasser l’enveloppe financière actuelle, si nécessaire, afin de faire face à une situation de crise. Les négociations sont actuellement en cours avec le Parlement européen et les États membres réunis au Conseil. Le dernier mot concernant le budget appartient aux chefs d’ État et de gouvernement. Je souhaite pour ma part conserver un soutien fort pour le secteur, qui représente non seulement un des fleurons de nos exportations mais aussi un pilier de nos traditions culinaires.



