ors de votre échange avec le président de la République, Emmanuel Macron, ce lundi 9 février en ouverture de Wine Paris vous avez porté la demande de fonds européens d’indemnisation des filières agricoles touchées par des conflits géopolitiques ne les concernant pas. Comme Cognac avec l’enquête antidumping de la Chine ouverte par mesure de rétorsion contre les taxes européennes sur ses voitures électriques…
Florent Morillon : C’est un message que nous portons depuis des mois par rapport au dossier de la Chine et que j’ai élargi. Dans l’agriculture européenne, nous allons être de plus en plus exposés aux sujets géopolitiques. Pas seulement la filière viticole, on le voit maintenant avec le lait, le porc… Ce sont les conséquences de décisions au niveau de l’Union Européenne, qui prend des orientations au profit de certaines filières, et au détriment d’autres qui subissent. Il faut que derrière des aides soient apportées aux filières agricoles. On ne peut pas avoir le Cognac et l’Armagnac qui sont pris en otage parce qu’il y a eu le choix de préserver l’automobile européenne. Si nous n’obtenons rien par rapport à ce que cela nous a coûté, c’est la création d’un précédent négatif. Si demain une nouvelle filière est prise en otage, il faut être immédiatement fort au niveau européen avec des fonds derrière pour que ceux qui en subissent les conséquences soient soutenus.
Le président de la République en convient et a utilisé le mot de réparation. C’est le bon mot. On nous a fait mettre genou à terre, nous avons subi un préjudice de 500 millions d’euros pour toute la filière. Nous demandons un petit coup de pouce de 40 millions € à la louche : l’aide à l’arrachage de 10 000 €/ha pour 3 500 à 4 000 hectares de vignes dont nous avons perdu durablement les débouchés. Alors qu’on perdait 50 millions €/mois pendant la mise en place des taxes provisoires. Notre demande est raisonnable. C’est une histoire de principe et d’économie. Le président de la République l’a bien entendu. Cognac paie les pots cassés. Que cette situation permette de créer un outil pouvant servir à d’autres demain, peut-être plus vite qu’on ne le pense. Nous avons aussi demandé au président de ne pas exposer nos filière avec des prises de position. Et s’il y a exposition, qu’il y ait réparation. Aujourd’hui, il n’y a rien. J’ai senti le président réceptif à la légitimité de nos demande.
Ce mardi 3 février, vous avez été reçu par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui aurait validé le soutien du gouvernement à la demande auprès de l’Europe d’un fonds de compensation charentais pour l’enquête chinoise antidumping.
La ministre a répondu à notre demande de pouvoir être soutenus par le gouvernement et accompagnés auprès de la Commission Européenne. Cela fait suite à des courriers de Bruxelles de l’automne 2025 qui comprenaient notre situation et étaient prêts à discuter de mesures en passant par le gouvernement français. Il y a eu un flottement en fin d’année à Paris, nous avons mis la pression pour avancer. La ministre répond clairement qu’avec ses services elle répond positivement à notre demande, dont je ne préjuge pas de l’issue. Nous devons faire tout ce que l’on peut pour nous et d’autres filières : nous pouvons créer des précédents pouvant servir.
Le flottement gouvernemental que vous évoquez semble avoir été lié à la demande française de novembre pour une distillation de crise à 80 millions d’euros financée par les fonds européens de réserve de crise…
Nous voulons que les effets de l’enquête chinoise soient gérés par des mesures à part de celles pouvant être prises pour l’ensemble des régions viticoles. Nous ne voulons pas venir prendre des fonds sur des enveloppes décidées. Nos demandes portent sur les compensations des décisions liées à la Chine, pas au soutien de la filière à cause du contexte économique et de la baisse de consommation. Il n’y a pas que la Chine qui explique les baisses des ventes de Cognac, nous sommes aussi touchés par la déconsommation, etc. C’est pour ça que nous faisons cause commune sur les fonds nationaux pour l’arrachage définitif, avec des fonds supplémentaires pour Cognac, et que nous travaillons sur un arrachage temporaire.



