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Sur l'arrachage, "j’essaie de ne pas raconter de conneries" dit le ministre aux vignerons
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Visite ministérielle
Sur l'arrachage, "j’essaie de ne pas raconter de conneries" dit le ministre aux vignerons

Pendant une heure ce 25 novembre, Marc Fesneau, le ministre de l’Agriculture, a visité le salon des vignerons indépendants à Paris. Avec beaucoup d’écoute et de sincérité, mais sans grands moyens pour résoudre les difficultés du moment.
Par Bertrand Collard Le 28 novembre 2022
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Sur l'arrachage,
Marc Fesneau (à droite) arrêté sur le stand de Corinne Laurent au salon des vignerons indépendants à Paris. - crédit photo : B. Collard
I

l n’était pas au programme ; il s’y est invité. Lorsqu’il a vu le ministre de l’Agriculture s’approcher de son stand, Michel Jacquin s’est mis sur son chemin. « Vous êtes venu pour parler de l’arrachage à Bordeaux ? lui a-t-il demandé. Aujourd’hui, on a besoin d’un plan social ».

L'arrachage n'est pas la solution

« L’arrachage, c’est ensuite 25 ans sans planter, a répondu Marc Fesneau. Est-ce ce que vous voulez ? Et si c’est un plan d’urgence qu’il faut pour Bordeaux, l’arrachage [primé] ce n’est pas la solution car pour l’obtenir il faudra 18 à 24 mois de négociations à Bruxelles. J’essaie de ne pas vous raconter de conneries. »

« Il y a 500 comptes bancaires bloqués en Gironde et 4 500 dossiers de recouvrement à la MSA », poursuit le propriétaire du château Lartigue Cèdres à Croignon.

« On voit la détresse qu’il y a en Gironde. Mais on essaie d’être crédible », ajoute le ministre. Alors que Marc Fesneau retourne au programme prévu, Michel Jacquin nous glisse « on est clairement dans une fin de non-recevoir ».

Cet imprévu mis à part, la visite Marc Fesneau au salon des vignerons indépendants, porte de Versailles à Paris, était bien huilée. Ce 25 novembre il a déambulé pendant une heure dans ce salon grouillant de visiteurs, guidé par Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons indépendants de France. Huit arrêts en tout, plus l’imprévu, pour aborder tous les sujets d’actualité.

Ça commence à tirer

Premier arrêt au stand du Domaine des Homs, 20 ha à Rieux-Minervois, qui vend tout en bouteilles et exporte 30 % de sa production. « Avec la taxe Trump, on a eu un coup derrière la tête, expose Jean-Marc de Crozals, le propriétaire. Puis il y a eu la crise sanitaire sur le marché français. Pour passer le cap, on a fait un PGE (Prêt Garanti par l'Etat) de 80 000 €. Ca va être compliqué de rendre les sous à la banque. On a aussi la troisième estocade avec la crise de l’énergie. Ça commence à tirer. Il faut nous aider à passer ce cap difficile ».

Le ministre écoute. Puis promet : « On va voir ce qu’on peut faire pour le PGE. On va voir ce qu’il y a de plus efficient pour traiter ces problèmes de trésorerie. »

Il est temps d’aller sur le stand de Régis Falxa, président des vignerons indépendants de Gironde et à la tête du château Lalande-Labatut. « On ne peut pas être juste sur l’arrachage », dit-il au ministre. Ce dernier en convient. « On a lancé un groupe de travail, dit-il. On va se revoir. »

Direction le domaine Les pins à Bourgueil, tenu par Christophe Pitault. « Vous avez fait une année correcte ? » demande le ministre.

« On n’a pas gelé, répond Christophe Pitault. Il faut dire qu’on se protège depuis 25 ans. On a des éoliennes, l’aspersion… »

« Qu’est-ce qui marche le mieux ? »

Pas de vin, pas de vigneron

« L’aspersion. Mais il faut de l’eau. Avec les éoliennes, comme on a de plus en plus de gelées noires, il faut brûler du bois. Mon père nous a toujours dit : il faut du vin pour servir les clients. »

« Oui, sinon vous ne pouvez pas faire votre métier. »

A Saint-Pourçain, Corinne Laurent n’a pas de moyen de lutte contre le gel ni contre les autres fléaux climatiques d’ailleurs. Son stand est le suivant sur le parcours du ministre. « Depuis 2009, nous avons subi neuf fois la grêle, quatre gels et quatre sécheresses, explique-t-elle. La moyenne olympique pour l’assurance, c’est juste pas possible. Le rendement de référence est trop faible. Tant qu’on ne sortira pas de cette moyenne olympique, on ne s’assurera pas. Et de toutes façons, vu la récurrence des aléas climatiques, les assurances ne viennent pas nous voir. »

De 12 à 60 000 €/an d'électricité

Le domaine Laurent c’est 38 ha en 25 parcelles sur plusieurs communes. « Chez nous les vignes sont dispersées au milieu des vaches et des champs. On ne peut pas mutualiser de moyens de protection contre le gel », relate Corinne Laurent.

Pas le temps de déguster. Il faut passer au stand suivant : le domaine Vaysette dans l’appellation Gaillac. « Vous appréciez le braucol, il parait », entame Nathalie Vaysette.

« Oui vous être vraiment bien renseigné. Quelle est la situation chez vous ? » répond le ministre.

« On a subi la sécheresse. On a fait moins 30 %. Mais le sujet maintenant, c’est l’énergie : notre facture d’électricité va passer 12 000 à 60 000 €/an. On va perdre 48 000 € rien qu’en électricité. »

 

On regarde ce qu’on peut faire 

« On a fait un dispositif qui ne vous correspond pas, admet Marc Fesneau parlant du bouclier tarifaire. Si vous perdez 48000 €, je comprends que vous avez un problème. On regarde ce qu’on peut faire. Sous 10 à 15 jours, on aura un dispositif. »

« Nous sommes en HVE », reprend Nathalie Vaysette. Mais Jean-Marie Fabre l’interrompt : « on en parlera tout à l’heure ».

« Je vois que vous avez bien fait votre parcours, plaisante le ministre avant d’ajouter à propos des nouvelles règles de certification Haute Valeur Environnementale (HVE) qui font grincer beaucoup de dents chez les vignerons indépendants : il faut qu’on travaille sur les effets collatéraux, qu’on regarde ce qu’on peut ajuster ».

On a besoin de monde partout

Au tour de Bertrand Michin d’accueillir le ministre. A peine le voit-il arriver qu’il quitte son stand pour le rejoindre dans l’allée. Ce vigneron de Menetou-Salon a fait « une magnifique récolte 2022. On a récolté 2 000 hl sur nos deux domaines. On est au taquet des rendements partout. » Son problème, c’est la main d’œuvre. Il envisage deux solutions. « Il faut revaloriser les bas salaires en enlevant les charges. Et les étrangers qui bossent et qui ne font pas les cons, il faut les faire bosser. On a besoin de monde partout. » « On aurait besoin de cette main d’œuvre », admet Marc Fesneau. Allusion aux étrangers en situation irrégulière.

Puis Bertrand Michin engage sur les hygiénistes « qui étaient trop écoutés à un moment », sur la modération, l’éducation au vin. Il veut aussi parler de la conversion au bio. Jean-Marie Fabre l’arrête : « tu as grillé ton temps ». Bertrand Michin ne veut rien savoir. Il continue : « une inspectrice m’a dit : vous n’imaginez pas le nombre de gens qui quittent le bio. » Il n’ira pas plus loin. La petite délégation le quitte pour se rendre chez Vincent Couly, sur le stand du domaine Pierre et Bertrand Couly à Chinon. C’est là que Michel Jacquin s’interpose pour parler des malheurs de Bordeaux.

Aider plutôt que contraindre

Vincent Couly, lui « espère juste se développer ». Plutôt que de parler de ce qui ne va pas, il souligne ce qui marche. Alors qu’il ne s’y attendait pas, il a bénéficié du plan de relance post-covid pour réaliser son projet de planter 6 000 arbres. Une heureuse surprise pour lui. Avec la réforme de l’apprentissage, il a pu passer d’un alternant sur sa propriété à quatre. « Ce qui s’est passé sur l’alternance, c’est un bonheur », savoure Vincent Couly. Son message au ministre : « il faut aider les gens plutôt que les contraindre. »

On termine chez Philippe Bourrier, propriétaire du château de l’Ou à Montescot dans le Roussillon. « Ici, ils font des choses magiques », introduit Jean-Marie Fabre. Philippe Bourrier explique qu’il a dû miser sur l’export, le Roussillon souffrant d’une petite notoriété en France. Il raconte son passage en bio. La progression de ses ventes. Le ministre écoute. Puis se détourne un instant. « On vous le rend dans deux minutes », dit-il s’adressant aux deux visiteurs dont la dégustation a été suspendue dès son arrivée.

Simplifier les tâches administratives

« L’export c’est beaucoup d’efforts, reprend Michel Bourrier. On a besoin de chasser en meute. » Sa demande ? « Il faut simplifier les tâches administratives. Je pense à la déclaration d’échange de bien : à quoi bon tout ça. »

La visite touche à sa fin. Plus que quelques minutes pour répondre aux questions des journalistes. Au sujet des Prêts garantis d’Etat ? « On réfléchit à un étalement ».

HVE : tout le monde savait

Au sujet de la moyenne olympique, condition imposée aux assurances subventionnée par l’organisation mondiale du commerce ? « Une fenêtre s’ouvre pour en rediscuter. Le système actuel dysfonctionne compte tenu du dérèglement climatique. » « Il nous faut une référence historique hors aléas climatiques », glisse Jean-Marie Fabre. Puis Marc Fesneau ajoute : « le meilleur système c’est celui qui évite les accidents, pour qu’on puisse produire et vendre. »

Au sujet des nouvelles règles de certification HVE ? « Tout le monde savait qu’il y aurait de nouvelles règles qu’on irait vers des contraintes plus fortes à partir du moment où il a été décidé que la HVE bénéficierait des éco-régimes, s’agace-t-il un peu. Mais je comprends l’émotion. On va voir ce qu’on peut faire. » Suite de l’histoire en janvier.

 

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Tous les commentaires (1)
Alexis SABOURIN Le 30 novembre 2022 à 23:41:15
On navigue à vue... Bien sûr qu'il faut arracher. Et rester 25 ans sans planter pour paraphraser notre ministre ne permettrait pas de revenir à une situation normale. En effet si on regarde 25 ou 30 ans en arrière, Bordeaux c'est +25.000 ha entre 1990 et 2000 et à nouveau +25.000 ha entre 2000 et 2015. Soit 50.000 ha en 25 ans (+50%), c'est énorme ! Pour comparer, les vignobles de Bourgogne et Champagne couvrent environ 30.000 ha chacun - ils n'augmentent pas leur surface et vendent mieux leur production. Le constat c'est qu'il est inutile de produire plus pour vendre moins et moins cher. Quand la demande tire, il faut valoriser. Si on fait + de volume pour suivre une hausse de la demande et que celle-ci s'arrête subitement... le marché s'écroule et on a le produit sur les bras. C'est ce qui se passe actuellement. Il est inutile de produire + pour gagner moins. A l'inverse, un effet rareté permet de valoriser.
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