Accueil / Gens du vin / Les maisons de Champagne, ambassadrices de l’art au secours de la planète
Les maisons de Champagne, ambassadrices de l’art au secours de la planète
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Œuvres à message
Les maisons de Champagne, ambassadrices de l’art au secours de la planète

Ruinart, Rare Champagne, et plus récemment la coopérative Jacquart font appel à des artistes engagés, qui livrent des messages pour alerter sur l’état de la planète. Une façon pour les maisons en Champagne d’appuyer un engagement commun et de servir une image « green friendly » qui sert aussi à recruter de nouveaux consommateurs.
Par Laurie Andrès Le 27 novembre 2022
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Les maisons de Champagne, ambassadrices de l’art au secours de la planète
Pour les champagnes Ruinart, l'artiste danois Jeppe Hein signe des oeuvres aussi engagées que minimalistes. - crédit photo : DR
P

as de soupe, ni de crème, encore moins de purée de pomme de terre. Loin des récentes attaques par des militants écologistes sur des tableaux de Monet Van Gogh ou Klimt, les maisons de Champagne font appel à des artistes engagés pour alerter à leur manière sur l’état de la planète. En première ligne, Ruinart (groupe LVMH), dont l’intérêt pour l'art, plus qu’un leitmotiv, parait être né en même temps que « la plus ancienne maison de champagne ». Dans un compte à rebours monumental - Ruinart fêtera ses 300 ans en 2029 -, la maison née au siècle des Lumières fait appel à des artistes qui signent tous une rupture avec la société de consommation. Convoquant la nature, le terroir et des matières végétales, les discours s’enchaînent à la lueur d’artistes éclectiques.

En 2022, Ruinart a fait appel à Jeppe Hein, un artiste danois désigné comme héritier de l’art conceptuel dont les oeuvres s’inspirent du minimalisme, un courant d’art contemporain apparu dans les années 1960 aux États-Unis en réaction à la peinture figurative et ironique du pop art.  Partisan du « less is more », Jeppe Hein a imaginé une installation participative intitulée « Récits de Champagne » qui fait appel aux cinq sens – le toucher, l’ouïe, la vue, l’odorat et le goût – et convoque les quatre éléments : la terre (le sol), l’eau, (la pluie), l’air, (le vent) et le feu (le soleil), indispensables à l‘élaboration du Champagne.

Morceau de craie

« La nature est d’une importance capitale, même si nous en sommes parfois éloignés. Pour la retrouver et en faire l’expérience, on peut utiliser des "outils" qui vont faire appel à nos sens. Voir une petite brise dans les feuilles de la vigne, en humer les fleurs, effleurer la rosée qui perle sur les feuilles ou encore être invité à déguster très lentement un grain de raisin… Chaque visiteur se verra donner un morceau de craie à toucher, ou un grain de raisin à déguster, et chacun réagira différemment », explique Jeppe Hein.

L’art plus qu’un discours

Même démarche pour la maison Rare Champagne (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck) qui a invité l’artiste plasticien William Armor. « L’homme qui métamorphose le plastique en fleurs », récipiendaire du prix Talent émergent, catégorie métiers d’art, des Grands Prix de la Création de la Ville de Paris en 2019, s’est attaqué à une pièce de taille, un Mathusalem rosé millésime 2012, qu’il a orné de fleurs. « J’ai voulu exprimer les arômes de Rare Rosé Millésime 2012. Interpréter l’élégance à travers un bijou royal », explique l’artiste. Un bijou, donc, mais écologique. 

« La parure est uniquement composée de rebuts et ou déchets. La coiffe d’aluminium recyclée devient fleur et feuille de cerisier et de vigne, un sac en plastique nettoyé, dessoudé en lais puis séché à l’italienne, et coloré de pigments avant d’être froissé, nervuré, se métamorphose en fleur. Je prends les déchets du quotidien (sac et ou bouteilles en plastique) pour les faire devenir des fleurs ». Jusqu’au-boutiste, William Armor a même transformé le tartre des cuves à champagne en pendentifs cristallisés sobrement appelés « Joyaux de la Couronne ».

Serpent de métal

Pour la coopérative Jacquart, dont l’art signe aussi un renouveau en terme d’engagement écologique, après le manchot de l’artiste Vincent Rahir installé dans la cour de l’Hôtel de Brimont qui alertait sur le réchauffement climatique, c’est au tour d’un serpent aux écailles de métal, d’une longueur de 12 mètres de prendre place. Intitulée « La Mue », l'oeuvre monumentale imaginée par le duo d’artistes rémois, Véronique Durazzo Tordjeman et Didier Ducrocq, est faite à partir de matériaux de récupération. Initialement installée pendant le Festival Vign’art, événement consacré au Land art en Champagne, l'oeuvre reste une invitation à réfléchir sur le monde, nos modes de vie et nos capacités à nous réinventer. 

Si ces créations verdissent l’image de toutes les maisons qui y ont recours, elles sont aussi une façon de s’inscrire dans un mouvement, et de capter de nouvelles façons de consommer. « Moins mais mieux », un adage largement partagé par la « jeune génération », une cible millennials, déjà prisée par le Syndicat Général des Vignerons de la Champagne (SGV) grâce à une grande campagne de communication décalée initiée depuis 2017. Une communication par l’image qui englobe les valeurs humaines et sociétales de la filière champagne, filière souvent épinglée pour être polluante et energivore.

En plus du crédit des labellisations dont les maisons en Champagne sont le moteur, le travail de fond consiste à produire un discours transparent.  L’art en plus d’être passeur de messages permet de lisser la façade, de vendre plus cher, et de recruter des consommateurs sensibles au devenir de la planète. Et ils sont de plus en plus nombreux. 

S’exprimer de façon plus artistique et responsable

C’est aussi une façon de mobiliser en interne. Frédéric Rouzaud, directeur général de la maison Louis Roederer, dont la Fondation créée en 2012 est bien ancrée dans le paysage du mécénat artistique, rappelait dans une interview pour le site The Good Life : « quand, par exemple, nous demandons à nos collaborateurs de travailler en biodynamie, nous savons que c’est un effort, que ça leur demande du temps, une attention particulière à la nature, et j’ai la faiblesse de penser qu’une entreprise qui porte des principes comme ceux du mécénat infuse ces valeurs auprès de ses équipes, leur permettant peut-être de s’exprimer de façon plus artistique et responsable. »

Art ou pas art, en 2022, si les chiffres des expéditions seront officiellement publiés en janvier prochain, la Champagne devrait atteindre un nouveau record avec des expéditions supérieures à celles atteintes en 2007 (avant la crise de 2008) qui étaient de plus de 338 millions de bouteilles. 

 

 

 


 

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2023 - Tout droit réservé