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"Monsieur le ministre, il faut 100 à 150 millions € pour arracher d’urgence des vignes à Bordeaux"
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Appel au secours
"Monsieur le ministre, il faut 100 à 150 millions € pour arracher d’urgence des vignes à Bordeaux"

Les porte-paroles d’un collectif vigneron interpellent Marc Fesneau pour qu’il débloque des fonds à la hauteur de la crise frappant le premier département viticole de France. Ils l’invitent à les visiter pour prendre l’ampleur du désastre humain en cours.
Par Alexandre Abellan Le 15 septembre 2022
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Sans aides, il y aura des drames humains dans le vignoble bordelais alertent Serge Rizzetto et Didier Cousiney, ce 14 septembre dans les chais du second au Pian-sur-Garonne. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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i les demandes bordelaises sont bien remontées et étudiées au ministère de l’Agriculture, le collectif de viticulteurs girondins suivant ce sujet s’impatiente et invite le ministre, Marc Fesneau, à descendre dans le vignoble se rendre compte de la souffrance qui frappe actuellement nombre de vignerons de Bordeaux. « Notre objectif, c’est d’obtenir une prime à l’arrachage. Cela permet à ceux en bout de course, comme moi, de se retirer. Aux vieux qui ont des fermages non-payés ou abandonnés d’arracher leurs parcelles. Et à ceux qui restent de rééquilibrer les marchés. Ça va avantager tout le monde » explique Didier Cousiney, le porte-parole d’un collectif de viticulteurs, qui a refusé de se rendre à la rencontre de la filière bordelaise organisée début août par le ministre (« je n’aurais parlé qu’une minute, cela aurait été dilué dans des discours qui ne reflètent pas la réalité de la base »).

Reprenant un rôle qu’il assurait il y a vingt ans, lors d’une précédente crise des vins de Bordeaux, le vigneron de l’Entre-deux-Mers est d’autant plus impliqué qu’il souhaite prendre sa retraite et vendre ses 24 hectares de vignes en propre, faute de repreneur. « On ne vend pas assez de vins pour couvrir nos charges, nos emprunts, nos produits de vinifications, nos factures des derniers mois... J’ai 1 000 hectolitres qui restent en cuve. Je vais en rentrer 2 500 hl… Je n’ai pas honte de le dire : mon banquier m’a demandé de ne pas faire trop de chèques » confie Didier Cousiney, pour qui « il y aura des friches si j’arrête sans arrachage ».

Plan social

Toujours plus visibles dans la mer de vigne de l’Entre-deux-Mers, les parcelles abandonnées témoignent des difficultés économiques encaissées depuis des années par le premier département viticole de France (110 000 hectares en 2021, dont 52 000 ha en AOC Bordeaux). « On demande à l’État un plan social, comme il en a fait pour l’industrie automobile ou les fonderies » explique Didier Cousiney, qui estime qu’« il y a un million d’hectolitres de trop à Bordeaux, toutes appellations confondues » Pour lui, « il faut arracher entre 10 et 15 000 hectares à 10 000 €/ha. »

« Monsieur le ministre, il faut 100 à 150 millions € d’urgence pour arracher les vignes en trop à Bordeaux » résume Serge Rizzetto, qui s’inquiète des délais qui s’annoncent : « on ne peut pas attendre 2024. Il faut que l’on ait des solutions en urgence, qui soient effectives en 2023. Quitte à ce que l’État finance ou avance de futurs fonds européens ». Ayant entendu d’autres vignerons estimer qu’il fallait laisser les entreprises affaiblies disparaître d’eux-mêmes (« lorsqu’un boulanger ferme boutique, ses concurrents vendent plus de pains »), il alerte sur le profond malaise social qui frappe le vignoble bordelais : « ça me désolé, cela fait des années que l’on sait qu’il y a une sortie honorable qui existe. Il y a urgence, les gens sont en colère. »

« Nous sommes partis, nous n’allons plus nous arrêter » prévient Didier Cousiney, qui a lancé une pétition en ligne sur le sujet (réunissant 750 signatures en fin de journée ce 14 septembre).

 

 

 

 

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Tous les commentaires (5)
Albert Le 19 septembre 2022 à 08:12:35
Je relis le commentaire de Fafa et m'associe à sa réflexion : et pourquoi ne pas solliciter le monde viticole "bordelais" de la finance pour abonder une enveloppe destinée à la régulation ciblée par l'arrachage de l'offre régionale (à vérifier > est-ce compatible avec le droit UE qu'impose la PAC).
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Albert Le 16 septembre 2022 à 21:25:43
Il n'y a pas de ligne budgétaire UE pour satisfaire une telle exigence. Quant à abonder une ligne "nationale", j'ai des doutes sur cette possibilité car les EM sont très contraints ... sauf à risquer des apurements ou des sanctions financières. Par ailleurs, il me semblerait très dangereux de traiter le dossier Bordeaux sans avoir au préalable dressé un état des lieux de notre vignoble. Car je doute, par exemple, que la situation soit si florissante dans les vignobles languedociens (appellations Corbières, Minervois, Languedoc, ..).
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Fafa Le 16 septembre 2022 à 10:44:48
Les propriétaires du Bordelais qui font des plus values sur leur vente en primeur et qui bâtissent des chais avec les aides, mais qui n ont pas de Bordeaux en appellation, peuvent financer l arrachage des petits viticulteurs qui eux sont en train de mourir, mais ne sont même pas conscients de l existence de ces vrais vignerons...
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vVDB Le 16 septembre 2022 à 10:20:50
L'état vous prête la somme que vous remboursez sur 20 ans en taxant les propriétaires. L'arrachage des vignes va permettre aux prix de se maintenir donc des bénéfices pour les exploitants pour payer la taxe. C'est pas bien difficile... Arrêtons de mutualiser les pertes, et de privatiser les bénéfices.
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marc Le 15 septembre 2022 à 19:19:25
Bordeaux et son univers impitoyable "Ayant entendu d?autres vignerons estimer qu?il fallait laisser les entreprises affaiblies disparaître d?eux-mêmes". Toutes les instances locales, régionales, nationales ont validé la logique suicidaire du bordelais de produire des vins "low-coast" ne laissant aucune perspective aux vignerons. La solidarité nationale doit jouer mais il est peut-être permis de d'interroger sur la pertinence des décisions, la pérennité des décisionnaires aux postes de responsabilité, la pertinence des investissements toxiques. Sur ce millésime, 2022, combien de jus vont passer à la grande lessiveuse de la thermovinification ? Plus que jamais, il paraît nécessaire de redonner des perspectives aux vignerons bordelais, une stratégie cohérente ne détruisant pas la typicité et la valeur. Avec les errements sur la politique énergétique, les responsabilités collectives sont assumées, avec des difficultés pour certains responsables difficiles à avouer. Ne vous trompez pas, Bordeaux continue à accumuler du retard. Assumer de mauvais investissements ou quelques errements, l'état le fait. Bordeaux en son sein dispose de suffisamment de compétences pour jouer un tout autre rôle dans la filière viticole. L'heure de froisser quelques égos ?
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