Accueil / Commerce/Gestion / Comment encaisser la hausse des coûts d’emballage des vins ?

Attention à la marge
Comment encaisser la hausse des coûts d’emballage des vins ?

Le constat est partagé : le coût des matières sèches flambe. Mais les réponses commerciales à ces enjeux varient, comme en témoignent les exposants du dernier salon ProWein.
Par Alexandre Abellan Le 20 mai 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Comment encaisser la hausse des coûts d’emballage des vins ?
Salon business par excellence, ProWein n'a pas manqué d'être le théâtre de discussions et débats sur les évolutions des tarifs. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
R

épercuter ou ne pas répercuter sur ses tarifs les hausses continues du prix des bouteilles, des capsules, du carton… L’interrogation est l’un des leitmotivs du dernier salon ProWein (15-17 mai à Düsseldorf). Si ces augmentations tiennent de l’inflation, tous les opérateurs du vignoble ne les répercutent pas en l’état. « J’ai augmenté tous mes prix du niveau des hausses enregistrées. Mais en discutant avec des confrères, on s’aperçoit que certains n’osent pas monter leurs prix malgré les hausses des coûts. Ils ne veulent pas faire de vague, ni de bruit… » indique Philippe Gantois, à la tête des champagnes Gantois (140 000 cols).

« C’est compliqué de vendre » explique Sylvie Spitz, du clos du père Clément (Visan), qui tente de ne pas répercuter de hausse tarifaire en n’ayant pas d’augmentation des prix de ses matières sèches. Son approche est de refuser les augmentations en les jugeant excessives. « Je pense que le covid et l’Ukraine ont bon dos. Il y a des augmentations comme chaque année, mais il ne faut pas aller au-delà » souligne-t-elle, s’appuyant sur le cas d’une commande de bouteilles dont les prix ont flambé début 2022 alors que la production s’est révélée dater de fin 2021.

C’est la folie

D’autres absorbent les hausses sur leurs marges. Mais avec la tendance à l’augmentation des coûts, il n’y a plus d’alternatives. « Nous allons entrer en discussion avec nos clients pour évoquer l’ajout d’une ligne pour "surcharge énergie" dans nos contrats » explique Myriam Hodge, assistante commerciale du château Saint-Maur (100 ha de cru classé en Côtes de Provence). « Tous nos clients sont conscients des hausses, on a essayé d’absorber » ajoute-t-elle, soulignant que l’« on n’a pas le choix des augmentations. On commande sans devis, les fournisseurs ne connaissent pas les prix à la livraison. Ce n’est plus gérable. C’est la folie. Aujourd’hui, on ne trouve plus de bouteilles (blanches). »

Cette ligne tarifaire du surcoût énergétique pour le gazole est déjà d’actualité pour Summum Wines, la filiale de la cave coopérative Anne de Joyeuse qui développe des marques de vin à la demande (des "private labels" à partir de 300 cols). Mais pour le reste, « on essaie d’accompagner et d’absorber les hausses, pour l’instant on n’a pas répercuté les hausses sur les matières sèches auprès de nos clients » indique Quentin El Yamani, le responsable marketing de Summum Wines.

D’autres ont dû augmenter plus

Ayant commencé à facture les hausses de coût de production sur ses tarifs, Laureen Baillette, des champagnes Baillette Prudhomme, indique ne pas avoir répercuté l’ensemble de l’augmentation : +6 % ont été transmis, quand il faudrait une hausse de +12 %. « Nous allons prendre encore quelques mois de recul pour avoir une tendance » indique-t-elle, reconnaissant que, tout en restant optimiste sur l’évolution de la situation, « on ne va pas vers une baisse ». Plutôt pessimiste, le vigneron Pascal Verhaeghe, à la tête du château Le Cèdre (Cahors) avait anticipé les hausses, et, plutôt que d’en passer plusieurs petites, a opté pour une augmentation. Avec une augmentation de 30 à 40 centimes par bouteille, « on a répercuté en janvier sur les nouveaux tarifs une hausse anticipant une deuxième augmentation que certains fournisseurs évoquaient. À ce jour, on est couverts » estime-t-il, ajoutant qu’« il n’y a pas de problème pour faire passer les augmentations, on a été surpris : on s’est dit que d’autres ont dû augmenter plus… »

Au-delà des négociations tarifaires avec leurs clients, les opérateurs de la filière vin subissent les tensions de leurs fournisseurs de matières sèches. « Ce que je dis toujours à mes acheteurs, c’est que je cherche du vin pour le mettre en bouteille et que je cherche des bouteilles pour mettre mon vin » plaisante Adrien Duboeuf-Lacombe, le directeur général délégué des vins Georges Duboeuf (12 millions de cols en vins du Beaujolais, du Mâconnais, de Pouilly-Fuissé…). « En début d’année, des acheteurs jouaient la sourde oreille. J’arrivais avec des chiffres concrets, comme les mercuriales pour les hausses du vrac. Les matières sèches ont augmenté, elles augmentent encore : bouteilles, cartons, capsules… » indique-t-il, soulignant que l’« on sait que les acheteurs peuvent passer une marche, mais pas franchir un mur ».

 

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé