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Lutte contre la dérive
Les buses à chambre de décompression, un bon compromis

Les buses à chambre de décompression couvrent mieux la végétation que celle à injection d’air tout en produisant des gouttes peu sensibles à la dérive. Elles font leur apparition en viticulture.
Par Clément L Hote Le 18 mai 2022
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Les buses à chambre de décompression, un bon compromis
Pulvérisation avec différents types de buses sur le banc d'essai EvaSprayViti à Montpellier. Lors de ces tests, les buses à chambre de décompression ont donné de bons résultats - crédit photo : IFV
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uelles buses pour limiter la dérive ? Jusqu’ici, seules celles à injection d’air répondaient à cette exigence. Mais elles font débat. « Elles réduisent la dérive et présentent une homogénéité d’application correcte, admet Adrien Vergès, ingénieur de l’IFV. Mais elles sont critiquées à cause des risques de bouchage et de perte d’efficacité biologique. Cette perte d’efficacité est plausible en vigne étroite, sur végétation dense. Dans ce cas, lorsqu’on applique de petits volumes de bouillie, on a peu d’impacts sur le feuillage, car on a peu de grosses gouttes ».

Perte d'efficacité des buses antidérives en vigne étroite

Les Champenois en tiennent compte. « Dans nos vignobles à haute densité, nous ne recommandons pas les buses anti-dérive en dessous de 300 L/ha. Or ce volume par hectare ne correspond pas aux pratiques des vignerons », signale Mathieu Liébart, du Comité Champagne. Exit donc les injection d’air.

Ce constat a amené les instituts techniques à expérimenter des modèles moins connus : les buses à chambre de décompression, également appelées « buses à réduction de dérive ». Ici, une pastille située en amont de la fente fait chuter la pression avant la pulvérisation. Ce qui produit des gouttes « de 200 à 250 µm de diamètre, à 2-3 bars de pression, contre 100-150 µm pour une buse à turbulence et 400-450 µm pour une buse à injection d’air », indique Mathieu Liébart.

Protection équivalente voire supérieure aux buses à turbulence

De 2017 à 2019, cet expert a testé plusieurs modèles en conditions réelles. Résultat : « ces buses assurent une protection équivalente, voire supérieure aux buses à turbulence contre le mildiou et l’oïdium ». Même constat du côté de l’IFV. « Les buses à chambre de décompression offrent une qualité de dépôt et de répartition des gouttelettes plutôt meilleure que des buses à turbulence classique », rapporte Adrien Vergès.

De son côté, la chambre d’agriculture de Gironde s’est intéressée à la buse à chambre de décompression AD de Lechler. En juillet 2021, Adel Bakache, conseiller en machinisme l’a testée sur un Lipco à flux tangentiel, à jet porté et panneau récupérateur. Il l’a comparée à une buse turbulence (TXA de Teejet), à une buse à fente (XR de Teejet) et à une injection d’air (IDK de Lechler).

« C’est la meilleure en termes de qualité de pulvé, assure Adel Bakache. Bien qu’un peu grosses, ses gouttes vont sur la face inférieure des feuilles. On a toujours tendance à dire que les fines gouttes touchent mieux les faces intérieures. Cet essai montre qu’en fonction des réglages, ce n’est pas forcément le cas. Maintenant, je sais quoi conseiller comme buse sur ce type de pulvé ».

Résultats encourageant sur la réduction de la dérive

Quant à la dérive, les données sont moins nombreuses, mais encourageantes. « Les premiers résultats indiquent une réduction significative par rapport aux buses à turbulence. C’est logique, car la taille de la gouttelette est le facteur n°1. Avec des gouttes de 200-250 µm de diamètre, on commence à réduire le phénomène dans des proportions intéressantes », analyse Adrien Vergès.

Ainsi, des pulvérisateurs équipés de buses à chambre de décompression commencent à apparaître sur la liste des appareils homologués anti-dérive. « Le Tecnoma paneljet équipé de Lechler AD est inscrit avec un taux récupération de 90% et le couple Tecnoma Précijet/buse Lechler AD doit faire son apparition dans la prochaine liste, à 66 %», dévoile Jean-Christophe Rousseau, responsable marketing chez Berthoud. « D’autres vont venir. C’est en tout cas la volonté des techniciens », complète Mathieu Liébart.

Un bémol toutefois 

Seul bémol, « ces buses ont les mêmes problèmes de bouchage que celles à injection d’air, observe Adel Bakache, qui insiste sur l’importance de la filtration et du nettoyage. « Après un traitement, je conseille de mettre le jeu de buses à tremper et d’en installer un autre. Ça gagne un temps fou par rapport au nettoyage à la brosse à dent ». Mathieu Liébart confirme : « dès qu’on est léger sur l’entretien, on augmente le risque de bouchage. »

Malgré cela, ces buses sont bien accueillies. Pour Jean-Christophe Rousseau, « des viticulteurs ne font pas confiance aux buses à injection d’air, car elles font de grosses gouttes, donc peu d’impacts. Quand je fais des essais de pulvérisation sur papiers hydrosensibles, ils sont rassurés par le dépôt laissé par les buses à chambre de décompression. Ils trouvent que ça pourrait être un bon compromis ». 

5 modèles pour la viticulture

« Les buses à fente à chambre de décompression existent depuis longtemps, décrypte Sylvain Le Saout, responsable commercial chez Lechler France. Elles ont répondu à une demande du marché pour lutter contre la dérive, avant d’être supplantées par les buses à injection d’air. Mais aujourd’hui, les producteurs demandent des gouttes un peu plus petites pour améliorer le positionnement des produits, tout réduisant la dérive. Dans ce cadre, les buses à chambre de décompression retrouvent leur intérêt ». Pour la viticulture, Lechler commercialise deux buses AD l’une avec un jet 90° (9,20€ HT) et l’autre de 120° (7,94 € HT). De son côté, Teejet propose la TT à 110° et insert en polymère (6,50€ HT) ou la DG, à 80° ou 110°, avec insert polymère/acétal (6,10 € HT). Enfin, Albuz propose un seul modèle : l’ADI à 110° et insert en céramique (2,89€ HT). Au Comité Champagne, Mathieu Liébart averti : « En dessous d’un calibre 01 orange, ces buses sont inutilisables en viticulture ». Source pour les prix : le Coût des fournitures en viticulture et œnologie 2022.

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