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Premiers résultats du banc Eoledrift
Quels sont les pulvérisateurs qui réduisent le plus la dérive ?

Equipés de buses antidérives, les panneaux récupérateurs à jet porté permettent bien de réduire la dérive de plus de 90 %. De même les appareils face par face équipées de descentes et de buses antidérives réduisent bien la dérive de 66 %. 
Par STEF, Christelle Le 19 avril 2022
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 Quels sont les pulvérisateurs qui réduisent le plus la dérive ?
Le dispositif EoleDrift se compose d’une vigne artificielle et d'un mur de ventilateurs qui soufflent du vent perpendiculairement aux rangs de manière régulière. De l’autre côté, trônent deux mâts sur lesquels les expérimentateurs ont tendu des fils horizontaux sur lesquels se déposent les embruns. - crédit photo : IFV
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our mesurer précisément la dérive de pulvérisation dans des conditions de vent et de végétation uniformes, l’IFV et IRSTEA (devenu INRAE) ont lancé le développement du banc d’essai EoleDrift en 2016. « Mais les essais en routine ont démarré mi-2020 », explique Adrien Verges, Ingénieur agroéquipements à l’Unité Mixte Technologique ECOTECH (IFV-INRAE-CTIFL) de Montpellier.

Les machines placées sur un même pied d'égalité

Le dispositif se compose d’une vigne artificielle comprenant 4 rangs de 10 m espacés de 2m50 (configuration vigne large) ou de 9 rangs espacés d’1m10 (configuration vigne étroite). A côté du premier rang, se trouve un mur de 5 m de haut et 5 m de large composé de 25 ventilateurs qui soufflent du vent perpendiculairement aux rangs de manière régulière. De l’autre côté, trônent deux mâts sur lesquels les expérimentateurs ont tendu des fils horizontaux de 2 mm de diamètre. Lors du test, chaque appareil pulvérise sur la vigne artificielle de l’eau contenant un traceur fluorescent. Les gouttelettes de dérive contenant le traceur se déposent sur ces fils. Une fois secs, les expérimentateurs les récupèrent puis dosent la quantité de traceur. « Ce dispositif permet de placer toutes les machines sur le même pied d’égalité et de comparer leurs performances en matière de réduction de dérive », explique Adrien Verges.

Des résultats cohérents avec la liste du ministère

Que retenir des premiers essais sur ce banc ? En configuration vigne large, les expérimentateurs ont testé trois panneaux récupérateurs, un face par face avec descentes, trois voûtes transformées en jet porté grâce à des kits proposés par les constructeurs et trois voûtes pneumatiques. En configuration vigne étroite, ils ont testé un appareil face par face par le dessus, un face par face avec descentes pneumatique , trois face par face avec descentes à jet porté et un pulvérisateur à panneaux récupérateurs à jet porté. Pour les matériels à jet porté, les expérimentateurs les ont testés avec deux types de buses : classiques et à injection d’air (ou antidérives). Quid des résultats ? Les expérimentateurs n’ont pas publié de manière nominative les modèles et les marques des appareils qu’ils ont éprouvés. Pour l’heure l’objectif est de comparer les performances des grands types de matériels. Les voûtes pneumatiques représentent aujourd’hui 70 à 80 % du parc de pulvérisateurs viticoles selon Adrien Verges. La quantité de dérive mesurée sur le banc avec ce type d’appareil a donc servi de niveau de référence par rapport auquel on exprime des niveaux de réduction de dérive. « Les résultats que l’on obtient sont cohérents avec la liste établie par le ministère de l’agriculture. Celle-ci définit deux catégories d’appareils : ceux permettant une réduction de dérive de 90 % (permettant de ramener la Distance Sécurité Riverain à 3 m dans le cadre des chartes d’engagement) ; et ceux permettant une réduction de dérive de 66 % (permettant de ramener les DSR à 5 m dans le cadre des chartes d’engagement). Les panneaux récupérateurs à jet porté équipés de buses à injection d’air dépassent bien le seuil de 90 % de réduction de dérive par rapport aux voûtes pneumatiques. On atteint même parfois des niveaux de l’ordre de 95 % de réduction. En revanche lorsqu’ils sont équipés de buses classiques, sauf exception, on ne dépasse pas le seuil de 90 %. Avec les appareils face par face équipés de descentes et de buses à injection d’air, on dépasse le seuil de 66 % de réduction de dérive. Mais attention, ce n’est plus le cas lorsque ceux-ci sont équipés de buses classiques. Les voûtes transformées en jet porté ne figurent pas sur la liste du ministère et ne sont donc pas éligibles pour réduire les DSR. Les résultats du banc d’essai EoleDrift concernant ces matériels sont prometteurs mais pas systématiques. Parmi les trois modèles de ce type qui ont été testés, deux permettent de dépasser le seuil de 66 % de réduction de la dérive. Mais pas le troisième même s’il s’approche de ce seuil. On va poursuivre les essais, ce qui pourrait permettre à l’avenir d’inscrire certains de ces matériels sur la liste », détaille Adrien Verges.

Les buses à chambre de décompression intéressantes

Sur un appareil face par face et sur un panneau, l’expert a aussi fait des tests avec des buses à chambre de décompression. « Ce sont des buses utilisées en grande culture qui à leur entrée ont une pastille qui calibre le débit. Ensuite le liquide passe dans une chambre à basse pression qui permet d’avoir des gouttes un peu moins fines. Ces buses permettent d’obtenir une taille de goutte intermédiaire entre la buse classique et celle à injection d’air. Avec on réduit un peu moins la dérive par rapport aux buses à injection d’air. Mais avec le panneau que l’on a testé, elles ont quand permis de franchir le seuil de 90 %, et avec le face par face on a franchi le seuil de 66 %. En vigne étroite, ce type de buse pourrait donc constituer une alternative aux buses à injection d’air plus sensibles au risque de bouchage », observe l’ingénieur. Celui-ci va poursuivre les tests avec d’autres configuration de matériel. L’objectif à terme étant d’intégrer le volet dérive dans le label Performance pulvé.

CAPRIV pour aller plus loin

Pour appréhender l’exposition des riverains, plusieurs organismes dont l’IFV travaillent sur le projet CAPRIV. « Le protocole de mesure de la dérive est beaucoup plus complet », explique Adrien Vergès, de l’IFV. Les embruns sont en effet recueillis sur des fils tendus mais aussi sur des boîtes de Pétri posé au sol et sur des mannequins exposés au nuage de dérive. Aujourd’hui l’IFV a testé cinq matériels selon ce protocole : voûtes à jet porté, face par face, panneaux. « Les résultats sont en cours d’analyse », indique l’ingénieur.

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