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Sociologie viticole
Les obstacles à l'installation des femmes vigneronnes persistent

Pendant 4 ans, Chloé Le Brun a conduit une thèse se penchant sur la place des femmes dans la conduite des exploitations viticoles. Elle y a mis en valeur les difficultés et inégalités auxquelles elles sont confrontées, les préjugés persistant autour de l'idée que produire du vin reste métier masculin.
Par Olivier Bazalge Le 13 mai 2022
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Les obstacles à l'installation des femmes vigneronnes persistent
Chloé Le Brun a travaillé pendant 4 ans sur la place des femmes et les obstacles à leur installation au sein de la fillière viti-vinicole en Occitanie - crédit photo : DR
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 Qui sont les femmes qui s’installent en viticulture ? », « quelles sont les inégalités ou difficultés auxquelles elles sont confrontées pour prendre place dans cette filière ? ». Voici les types de questions auxquelles a voulu répondre Chloé Le Brun en conduisant, depuis 2017, sa thèse sur le sujet transversal de la féminisation de la filière vitivinicole en Occitanie.

En se basant sur la bibliographie existante et une série de 80 entretiens réalisés auprès de vigneronnes opérant dans les vignobles du Gers, de Gaillac et de la zone Languedoc-Roussillon, Chloé Le Brun a livré un travail de fond sur la place de la femme dans la filière viticole, mais aussi les obstacles et difficultés auxquels elles sont encore confrontées dans leur accès au métier.

Les différences persistent

« J’ai travaillé à deux échelles : collective et individuelle. Trois collectifs de vigneronnes d'Occitanie m’ont permis d’aller ensuite plus en détail vers les situations individuelles, auprès d’un panel de vigneronnes très diversifié et représentatif des situations que l’on retrouve : installation aux côtés du conjoint, à la suite des parents ou hors-cadre familial. Et tout cela avec des trajectoires, un vécu, une expérience professionnelle et une catégorie sociale différents », déroule celle qui est à présent enseignante-chercheure en sociologie à l’école d’ingénieurs de Purpan. Elle n’a travaillé qu’avec des femmes cheffes d’exploitation dans des domaines, sans pouvoir échanger avec des femmes coopératrices. « Car il n’y en a que très peu », déplore-t-elle.

A travers les regroupements en collectifs, Chloé Le Brun a relevé que ces femmes « revendiquent leur statut professionnel car les différences d’accès au métier persistent par rapport aux hommes ». L’accès plus difficile aux prêts bancaires est un des obstacles récurrents confirmés par son travail et déjà mis en lumière par les études sociologiques existantes, de même que « la priorisation des fils aux filles dans la reprise des exploitations familiales ».

Elle tient également à marquer une distinction entre la représentation des femmes et l’égalité de traitement. « Ce n’est pas parce qu’on les voit dans les salons ou dans les organisations professionnelles, comme en Languedoc, que leur accès à la profession est facilité. Elles sont certes plus nombreuses aujourd’hui mais les préjugés persistent quant à leur capacité à diriger des exploitations. Elles se sentent encore décrédibilisées ou non légitimes, avec l’impression de devoir prouver plus lorsqu’elles reprennent une exploitation familiale », appuie encore Chloé Le Brun.

Contester les inégalités

La mobilisation à travers les collectifs de vigneronnes est un élément fort de la volonté de ces femmes « de faire évoluer leur cause et contester les inégalités qui se reproduisent, même si c’est moins flagrant qu’auparavant même ». L’idée que la profession vigneronne reste un métier masculin persiste. La chercheure va même plus loin en demandant à ce que la répartition des tâches entre conjoints exploitants soit repensée, jusque dans la sphère du privé. « Dans ces situations de couple, le schéma classique de la femme qui gère de front les affaires du foyer ainsi que des tâches plus secondaires de l’exploitation persiste. Avec une répartition différente, elles auraient plus de disponibilité pour aller dans les organisations professionnelles, mais on retrouve finalement dans la viticulture ce qui se passe dans la société en général », affine Chloé Le Brun.

Les collectifs de vigneronnes en non-mixité opèrent donc comme des espaces privilégiés « vers lesquels se dirigent les femmes pour renforcer une réseau et faire évoluer les choses, avec des leviers à mettre en place à l’échelle de la société dans son ensemble ».

Chloé Le Brun estime n’avoir tiré qu’un des multiples fils de la féminisation des métiers de la viticulture. Ses travaux à venir se pencheront donc aussi sur les femmes salariées ou saisonnières de la filière.

 

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Tous les commentaires (1)
raphadiff Le 19 mai 2022 à 12:32:29
Cet article est d'une bêtise crasse qui mêle politique et féminisme là où il n'y a pas lieu d'être. Cela fait 16 ans que je suis caviste et je travaille avec de nombreuses femmes vigneronnes en Languedoc et ailleurs qui n'ont eu aucun problème, soit seule, soit en couple, pour obtenir un prêt bancaire ou s'intégrer dans la profession. A jeter de l'huile sur le feu dans un but politique fumeux, cette jeune femme risque le retour de flamme.
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