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Protection du vignoble
Grosse tension sur les programmes phyto sans CMR

Face à la baisse de l'offre en fongicides non Cancérogènes, Mutagènes et Reprotoxiques, la demande se reporte sur le métirame de zinc que BASF peine à fournir. Pour les distributeurs, la situation empirera l'an prochain.
Par Chantal Sarrazin Le 03 mai 2022
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 Grosse tension sur les programmes phyto sans CMR
Traitement au cuivre. Beaucoup de viticulteurs qui souhaitent faire un programme sans CMR se tournent vers ce produit. - crédit photo : Jean Charles Gutner
«

 Ça se complique », admet Jacques Oustric, responsable technique vigne chez Charrière Distribution, quand on lui demande si les vignerons vont pouvoir tenir des programmes sans CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) cette année. « La disparition programmée du métirame de zinc, qui entre dans la composition d’un tiers des antimildiou, dont une bonne partie des non-CMR, entraîne des rationnements, indique-t-il. Les firmes ne veulent pas rester avec des stocks de ces produits sur les bras. Alors, elles réduisent ou stoppent la production de certains d’entre eux, comme Sillage et Slogan qui ne sont plus fabriqués. »

Rien n'est joué

Parmi les spécialités en souffrance à base de métirame, Jacques Oustric cite Polyram DF, Privest et Enervin. « Si par ailleurs on ajoute la contrainte d’une ZNT courte (Zone de Non-Traitement), ça se corse un peu plus, enchaîne le responsable. Si ça continue, il n’y aura bientôt plus d’antimildiou sans CMR avec une ZNT de 5 m. » Au point que, selon lui, il n’y aura guère plus que le cuivre comme antimildiou de contact non CMR.

Mais rien n’est joué. Si le sort du métirame est bien entre les mains de l’Efsa, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, pas question pour BASF de le lâcher. Les experts de cette autorité réévaluent cette matière active dont l’homologation expire le 31 janvier prochain. « Nous mettons tout en œuvre pour que le métirame poursuive sa vie, assure Béatrice Bacher, responsable marketing fongicide vigne chez BASF. Nous n’avons pas la volonté de réduire sa disponibilité. » D’après elle, les difficultés rencontrées cette année sont le résultat d’une forte demande pour les spécialités non CMR combinée à « des tensions d’approvisionnement en matières premières pour la fabrication de nos produits », qui ne touchent pas plus les fongicides à base de métirame que les autres.

Des quotas face à la pénurie

Basé à Saint-Nazaire, dans le Gard, Charrière Distribution opère dans le sud de la vallée du Rhône. Face à la pénurie, ce distributeur a appliqué des quotas sur la vente d’antimildiou sans CMR. « Nous avons prévenu nos clients à la fin de l’automne, indique Jacques Oustric. Les grosses exploitations se sont couvertes. Elles ont réservé les produits et nous les avons livrés. Les plus petits viticulteurs ont préféré attendre le déroulement de la campagne. Reste que nous ne pourrons pas satisfaire de nouvelles demandes sur ces produits. »

Le phénomène est moins marqué sur les anti-oïdium. Si Luna Sensation est désormais classé CMR, d’autres spécialités non classées restent disponibles telles que Vivando/Algebre, Dynali, Cidely… Et pour Bayer, Luna Sensation n’est pas un CMR comme les autres car il a été classé H362 (« Peut être nocif pour les bébés nourris au lait maternel »). Seule obligation : pas de contact avec des femmes allaitantes ou enceintes.

C'est surtout en 2023 que ça va coincer

Pour Jérôme Dubois, responsable des achats produits phyto chez Fortet-Dufaud, à Salles-d’Angles, en Charente, c’est surtout l’an prochain que la situation va coincer « Cette année, nous pourrons satisfaire nos clients, expose-t-il. Nous avions un peu de stock de l’an passé et nous avons anticipé nos besoins. » Ce distributeur a encouragé ses clients à faire de même. Le message est passé. Ils ont davantage acheté en morte-saison. De plus, certaines caves coopératives de Gironde, qui avaient banni les CMR, sont revenues en arrière, pour un ou deux traitements. Ce changement a limité les demandes.

Jérôme Dubois voit au moins deux raisons d’être plus inquiet pour la campagne 2023. D’abord parce que tous les produits à base de diméthomorphe seront classés CMR (mention de risque H360), cette matière active l’étant déjà. Resplend/Enervin Team et Forum Top/Grip Top ne pourront donc plus être utilisés. Ensuite, parce que « les firmes vont encore réduire la fabrication de produits à base de métirame, redoute-t-il. Or, il s’agit de l’une des rares matières actives qui ne provoque pas de résistance. Les programmes vont s’en trouver fragilisés, surtout s’il y a une forte pression de mildiou. Et le métirame de zinc permet aussi de lutter efficacement contre le black-rot qui est en recrudescence chez nous. S’il disparaît, il faut vraiment s’attendre à des impasses. »

Les distributeurs planchent sur des alternatives

Dans ce contexte, les distributeurs planchent sur des alternatives. « Nous testons diverses solutions sans CMR depuis plusieurs années, annonce Claire Scappini, responsable technique chez Racine, distributeur basé à Brignoles, dans le Var. Nous travaillons sur des approches globales qui consistent à renforcer la vigueur du végétal pour qu’il soit moins sensible aux maladies. Ces programmes reposent sur l’utilisation de produits de biocontrôle, tels que Romeo ou Redeli, associés à du soufre, du cuivre etdes extraits de plantes. Nous nous appuyons sur des outils d’aide à la décision pour déclencher les traitements au bon moment. L’an passé, ces approches ont bien fonctionné sur nos parcelles d’essai alors que la pression phytosanitaire était forte », observe Claire Scappini, qui reconnaît par ailleurs que la réduction de l’offre en produits phytosanitaires à cause des évolutions réglementaires risque de poser des problèmes aux vignerons qui veulent faire des programmes sans CMR les années de forte pression.

Charrière Distribution travaille aussi sur des alternatives en piochant dans la panoplie des produits encore disponibles. Pour le mildiou, ce distributeur cite Mildicut, qui combine cyazofamide et disodium phosphonate, ou Profiler, qui associe fluopicolide et fosétyl-Al. « Ces deux spécialités sans CMR affichent une ZNT de 5 m », souligne Jacques Oustric. Mais elles ne peuvent être appliquées qu’une fois par an. Enervin Active, basée sur l’amétoctradine, fait aussi partie des choix possibles. Contre l’oïdium, les distributeurs se tournent vers des produits de biocontrôle : huile essentielle d’orange, Vitisan ou Armicarb.

Chez VitiVina, en Alsace, Philippe Kuntzmann, responsable technique, est confiant : « Il est possible de bâtir un programme antimildiou autour de Profiler, Enervin, Mildicut et de les compléter avec Revoluxio et Zorvec Zelavin associés à LBG-01F34, d’autres produits de biocontrôle. » Il n’empêche que les vignerons vont devoir s’adapter.

 

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