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Protection alternative
Des firmes croient aux vertus des plantes et se lancent dans la phytothérapie

La phytothérapie intéresse des firmes et des distributeurs de produits phytosanitaires qui misent sur ce segment où n’opéraient jusqu’à présent que des petits opérateurs. Explications.
Par Chantal Sarrazin Le 20 avril 2022
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 Des firmes croient aux vertus des plantes et se lancent dans la phytothérapie
De plus en plus de vignerons appliquent des tisanes de plantes avec des doses réduites de cuivre. Un marché qui intéresse firmes et distributeurs. - crédit photo : DR
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a phytothérapie débarque chez les firmes et les distributeurs de produits phytosanitaires. Cet été, le Groupe Perret, basé à Tresques (Gard), a convié une centaine de ses clients à découvrir une parcelle expérimentale de 2,5 ha où il avait appliqué ses tisanes pour lutter contre le mildiou en complément du cuivre. « Une vingtaine de plantes font référence en vigne : la prèle, l’ortie, l’écorce de saule, l’achillée millefeuille, la camomille… Pour simplifier leur utilisation, nous avons choisi de proposer des mélanges prêts à l’emploi à appliquer à différents stades de cycle de la vigne », indique Franck Girard, gérant de Biotech-Nature, la filiale du Groupe Perret qui développe et distribue ces solutions au sein de la gamme Végénature.

Biotech-Nature propose ainsi Végéprime, qui s’emploie dès la sortie des feuilles, et Végéactiv pour le début de la floraison. La première préparation comporte de l’extrait fermenté d’ortie, de la décoction de prêle et de saule et de l’infusion d’achillée millefeuille. La seconde est sans l’extrait d’ortie. « Associées au cuivre et au soufre à dose réduite, ces préparations aident au démarrage de la végétation et ont un effet antifongique », assure Franck Girard. Le prix oscille entre 6 et 7 €/litre pour 3 à 5 l/ha à appliquer en cinq ou six passages.

Les conventionnels s'y mettent

Ces infusions n’intéressent plus uniquement les vignerons en biodynamie et en bio. Les vignerons en conventionnel se mettent eux aussi à en utiliser face à la baisse du nombre de matières actives disponibles, pour répondre aux attentes sociétales et pour réduire les doses de cuivre. Si bien que, depuis son lancement en 2013, la gamme Végénature enregistre chaque année une croissance à deux chiffres. Devant ce succès, Perret l’étoffe cette année avec deux nouveautés : Végéfleur, une préparation avec de la luzerne, de la valériane, de la reine-des-prés et de l’achillée millefeuille, qui prépare la plante à la floraison, et Végédry, composée de camomille, pissenlit et achillée millefeuille, pour améliorer la résistance au stress hydrique. En outre, le groupe propose des formations sur la phytothérapie à ses clients.

« Jusqu’à présent, il y avait beaucoup de petits faiseurs sur ce marché, observe de son côté Benjamin Mourlan, chargé mission chez Novale, la filiale d’OvinAlp et de la coopérative du Syndicat général des vignerons de la Champagne (CSGV). La situation évolue pour répondre à une demande croissante des vignerons. En 2019, nous avons lancé une gamme de phytothérapie destinée aux jardiniers amateurs. Quand les professionnels l’ont découverte, ils nous ont demandé de leur fournir les mêmes solutions dans des gros contenants. Ce que nous avons fait. »

Des produits simples chez Novale

À la différence de Perret, Novale s’est lancé avec des produits simples : un purin d’ortie réputé insectifuge et acaricide, une décoction de prêle pour son effet antifongique et une infusion d’écorce de saule (ou tisane d’osier) pour renforcer les défenses naturelles de la plante. Le succès est au rendez-vous. « Nous doublons la production tous les ans depuis trois ans », se félicite Benjamin Mourlan.

Conforté par ce succès, Novale complète sa gamme cette année avec ValgPSA, un mélange de décoction de prèle, d’infusion d’écorce de saule et de macérat d’achillée millefeuille destiné à une meilleure gestion du stress hydrique en été. Ces différents produits coûtent de 3 à 6 €/l sachant qu’il faut compter de 5 à 15 l/ha de produit pour quatre à six passages. L’entreprise va par ailleurs mettre en place des essais cette année.

Un extrait de prêle chez Ascenza

Ascenza France prend également le train en marche. « Il y a dix-huit mois, nous avons lancé Equiset, un extrait de prêle pour lutter contre le mildiou de la vigne », indique Thomas Bourguignon, chef de marché cultures spécialisées. Ascenza conseille de positionner ce produit en début de cycle à raison de 2 l/ha avec du cuivre à dose réduite de 30 %, un chiffre avancé par les autres intervenants.

Quant aux petits opérateurs, ils voient leur clientèle grossir. « La demande des viticulteurs est en plein essor », assure Laurent Strelow, fondateur de L’Herbier Phylae. La phytothérapie s’installe peu à peu comme un nouvel outil de protection des vignes. Chantal Sarrazin

Biovitis défend son expertise

Pionnier de la phytothérapie pour avoir démarré dès 1997, Bertrand Sutre, PDG et fondateur de Biovitis, n’est guère inquiet de l’arrivée de nouveaux concurrents. « Nous avons autant de clients en conventionnel qu’en bio, annonce-t-il. De 2004 à 2013, nous avons testé nos solutions selon les normes BPE. Nous avons mis au point des process d’extractions et de stabilisation de nos produits qui garantissent leur conservation sur la durée. Nous sommes l’un des rares acteurs de ce marché à travailler dans le respect des normes HACCP. Et nous proposons des préparations sans équivalent sur le marché, comme Arguin, un anti-coulure, et Bernet pour réduire l’échaudage. »

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