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Démonstration
Un rallye sur les couverts végétaux dans les vignes de Bourgogne

Fin mars, vignerons et techniciens se sont retrouvés sur le terrain pour évaluer la réussite de semis dans des parcelles témoins en Côte d’Or. En route pour ce rallye.
Par Clément l Hôte Le 05 avril 2022
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 Un rallye sur les couverts végétaux dans les vignes de Bourgogne
Couvert végétal au château de Meursault - crédit photo : Clément l'Hôte
A
u Domaine Leflaive : Un semis réussi sans préparation du sol

Depuis maintenant 8 ans, Sylvain Pellegrinelli, chef de culture du domaine Leflaive à Puligny-Montrachet, installe un couvert sur cette parcelle de chardonnay, en milieu de coteau à Puligny. Les premières années il semait 100 % de légumineuses. Désormais, c’est un mélange 40 % de vesce et 60 % de céréales. « L’objectif est de redynamiser le sol, de le restructurer sans passage de grands outils et de faciliter le passage des tailleurs », expose-t-il ce 30 mars devant la quinzaine de participants au Rallye des engrais verts, une tournée organisée par la Chambre d’Agriculture de Côte d’Or pour évaluer l’implantation de couverts dans des parcelles témoin.

 

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Sylvain Pellegrinelli

Même s’il est encore assez ras, le couvert de Sylvain Pellegrinelli est plutôt bien implanté. Il n’est pas allé jusque sous le rang, où du mouron s’est invité et les céréales ont pris le dessus sur la vesce. Un résultat satisfaisant pour le chef de culture. « Cette parcelle était un peu faible. Les engrais verts ont débloqué des éléments dans le sol qui ont permis à la vigne de retrouver de la vigueur et des rendements corrects, sans jamais aller dans l’excès. ».

Sylvain Pellegrinelli a semé ses couverts les 7 et 12 octobre. « Un peu tard », estime Benoît Bazerolle, de la chambre d’agriculture de Côte d’Or. « L’idéal se situe plutôt entre le 15 août et le 15 septembre. À partir d’octobre, c’est un peu un coup de poker. Ici le couvert a bien pris, mais parfois ces semis tardifs se font supplanter par les adventices.»

Ici, pas de préparation spécifique des sols. « Hors de question de repasser après avoir labouré », argue Sylvain Pellegrinelli. Un choix partagé par plusieurs vignerons ce jour, à rebours des recommandations de la chambre d’agriculture, qui conseille de préparer le sol au moins par un griffage pour une bonne implantation des légumineuses.

Quant à la destruction, Sylvain Pellegrinelli prévoit de s’y atteler très prochainement, « pour ne pas se laisser dépasser par l’herbe ». Il utilisera un outil à disque avec des dents en relève-traces. Pour Benoît Bazerolle, il serait judicieux de laisser ce couvert pousser jusqu’à fin avril pour obtenir de la biomasse. Pas plus. « Je ne crois pas encore au maintien d’un couvert sur l’ensemble du cycle en vigne étroite. À 10 000 pieds hectares, la concurrence serait trop rude, il faut broyer à un moment ».

 

Au Château de Meursault : Les céréales ont pris le dessus après le gel

Nous nous rendons au château de Meursault où Casimir Gosset, le chef de culture, a semé un couvert dans une parcelle de chardonnay en milieu de coteau. « Je veux apporter de la biomasse et dynamiser le sol, explique-t-il. Je ne vois pas cet enherbement comme un engrais. Peut-être qu’avec un peu plus de recul, on le prendra en compte dans notre plan de fertilisation ». Benoît Bazerolle confirme cette possibilité. « Certains domaines, qui maîtrisent la technique, ne font plus de fertilisation de printemps. »

 

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Casimir Gosset

Le mélange de Casimir Gosset comprend 40 % de céréales (avoine et seigle), 30 % de pois fourrager, 15 % de féverole, 10 % de lupin et 5 % de trèfle incarnat. Un mélange fermier bio, à environ 2 € le kilo, implanté avec un semoir paysan. Ce semis a bien levé. Mais durant l’hiver, les pois et le lupin ont gelé. Et en ce début de printemps, les céréales ont largement pris le dessus. On distingue un peu de pois et féverole par endroits et pratiquement pas de lupin. Quant au trèfle incarnat, il perce à peine. Peut-être n’y en avait-il pas assez dans le mélange.

« Pour avoir 50 % de céréales et 50 % de protéagineux, il faudrait plus de protéagineux dans le mélange, en théorie autour de 65 % », réagit Benoît Bert, dirigeant de Bussy Compost, l’entreprise qui a fourni les semences. Benoît Bazerolle abonde : « ajustez votre mélange en fonction de la période de destruction. Sinon, vous serez déçus car certaines espèces n’auront pas le temps de se développer ».

Côté organisation, Casimir Gosset sème tôt, en semis direct, début août si possible. Seul risque selon lui avec cette pratique : « que les vendangeurs piétinent les jeunes pousses ». Ceci mis à part, son couvert ne risque pas grand-chose. En effet, Casimir Gosset ne prétaille pas. Il ne passe donc pas le tracteur en hiver. « Quant aux repiquages, on les fait avant la levée du couvert, ou au moment de la destruction du couvert, après la fin mars ».

 

Au domaine François Buffet : Des interrogations sur la date de semis

La troisième étape de ce rallye matinal nous emmène à Volnay, au Domaine François Buffet, Marc-Olivier Buffet, gérant, nous accueille. A terme, il veut implanter un couvert permanent mais non concurrentiel, dans ses vignes pour se passer d’avoir à travailler le sol. En attendant, il mène des essais de couvert temporaire. Marc-Olivier Buffet reçoit le rallye sur une parcelle de bas de coteau, plantée de pinot noir où il a semé un mélange avec environ 40 % de fabacées (pois et féverole), 35 % de céréales (avoine et seigle), 20 % de trèfle incarnat et 5 % de radis chinois. Le couvert s’est parfaitement implanté. Le trèfle domine et ce depuis décembre. C’est encore plus le cas cette fin mars, où l’on distingue difficilement la féverole et les céréales au milieu des touffes de trèfle. « Dans le mélange, il faut réduire la quantité de trèfle au profit des fabacées », recommande Benoît Bazerolle. Le sol, pauvre, pourrait aussi être à l’origine de ce déséquilibre.

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Marc-Olivier Buffet

Marc-Olivier Buffet fait part de ses interrogations et difficultés quant à la date de semis. Cette année, il a tenté deux modalités : début septembre et mi-septembre. « Cette année, le semis de début septembre s’est mieux développé, observe-t-il, qui tempère aussitôt. Ce n’est pas si simple : ça peut changer d’une année sur l’autre. Si l’on sème trop tard, le couvert s’implante mal. Si c’est trop tôt, il y a un risque de sécheresse juste après la levée. C’est un vrai casse-tête ».

Pour Benoît Bazerolle, « Il faudrait, dans l’idéal, disposer de prévisions météo précises et connaître le statut hydrique de la parcelle au moment du semis ». Sans compter les aspects pratiques que sont les congés et les vendanges, avec lesquels il faut composer.

 

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