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Comment rouler ou broyer à la bonne heure les couverts végétaux dans les vignes
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Conseils d'experts
Comment rouler ou broyer à la bonne heure les couverts végétaux dans les vignes

Pour définir le meilleur moment pour détruire un couvert, il faut tenir compte de plusieurs paramètres, à commencer par le risque de gel et l’objectif agronomique visé. Des experts nous aident à trouver le bon compromis.
Par Frédérique Ehrhard Le 08 mars 2022
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 Comment rouler ou broyer à la bonne heure les couverts végétaux dans les vignes
Plus les couverts sont hauts, plus ils apportent de la biomasse. Mais ce critère n'est pas le seul à prendre en compte pour décider quand les détruire. - crédit photo : Lucie Marné
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n le sait, plus les couverts sont hauts au moment de leur destruction, plus ils apportent de la biomasse. Mais s’il y a des risques de gel annoncés, il faut parfois avancer leur destruction afin de réduire l’humidité au niveau des bourgeons. Pour savoir à quoi s’en tenir, deux données sont à prendre en compte : la température et la pluviométrie. « En cas de gel intense, les couverts n'affectent en rien les dégâts. Mais quand le gel est modéré, ils peuvent les aggraver », rappelle Benoît Bazerolle, de la chambre d’agriculture de la Côte-d'Or. « Si le printemps est sec, les couverts ne posent pas de problème. À l’inverse, s’il pleut fréquemment, ils favorisent le maintien de cette humidité », note Cédric Elia, conseiller indépendant en Gironde.

Pour décider s’il faut les détruire ou non, Cédric Elia regarde leur hauteur et celle des bourgeons. « Pour qu’ils soient bien aérés, les bourgeons doivent être au moins à 20 ou 30 cm au-dessus du niveau des couverts. Sinon l’humidité risque de s’accumuler. » La décision se raisonne également en fonction du cépage et de la parcelle. « Mieux vaut commencer par détruire les couverts dans les parcelles les plus proches du débourrement, qui seront plus sensibles au gel », ajoute-t-il.

La date dépend aussi de la méthode de destruction choisie

La date de destruction dépend aussi de la méthode choisie. On broie fin février ou début mars alors qu’on roule en avril. « En broyant tôt, les couverts ont le temps de se décomposer avant le débourrement, ce qui évite les risques de faim d’azote », souligne Johan Kouzmina, de la Chambre d’Agriculture de la Marne. Ceux qui veulent attendre davantage doivent à nouveau tenir compte du risque de gel. En effet, le broyage provoque un relargage de l’humidité. « Si on décide de broyer, il faut le faire quelques jours avant un gel annoncé », conseille Benoît Bazerolle. Si ce n’est pas possible, mieux vaut attendre la fin de l’épisode gélif. « En 2021, il y a eu des risques de gel durant un mois, ce qui a reporté d’autant la destruction des couverts », note Cédric Elia.

Dans tous les cas, mieux vaut éviter de broyer après la floraison, période où les couverts commencent à se lignifier, ce qui retarde leur décomposition.

« Lorsqu’on roule les couverts, on cherche à le faire en avril, avance Johan Kouzmina. À cette saison, ils peuvent pousser de 10 cm par semaine. S’il n’y a pas de risque de gel annoncé, attendre un peu permet d’obtenir un paillage naturel plus épais qui freinera mieux les adventices. » Avec le roulage, pas de risque de faim d’azote. Au contraire, plus on forme un paillage épais, mieux le sol sera protégé de la chaleur en été, ce qui réduit le stress hydrique et préserve la faune du sol. « Entre un sol couvert et un sol nu, la différence de température peut atteindre de 3 à 5 °C en été », ajoute Johan Kouzmina.

Les parcelles doivent être accessibles à pied pour l'ébourgeonnage

Quelle que soit la méthode choisie, les parcelles doivent être facilement accessibles à pied au moment de l’ébourgeonnage. Les couverts doivent également être roulés ou broyés avant les premiers traitements.

En année humide, Benoît Bazerolle conseille de ne pas enfouir le mulch aussitôt après le broyage afin de préserver la portance au moment des premiers traitements. « On peut attendre deux à trois semaines avant de l’enfouir. Il forme ainsi un mulch qui ralentit le réchauffement du sol. Cela freine le débourrement et réduit les risques vis-à-vis du gel », précise-t-il.

Dernier point. Pour obtenir un couvert dense sans avoir à attendre jusqu’en avril, mieux vaut semer tôt. « Durant la première quinzaine de septembre, le sol est encore chaud et les couverts démarrent mieux », relève Benoît Bazerolle. 

 

Mildiou et sécheresse, deux risques à prendre en compte

Le mildiou

« Dans les vignes étroites et basses, la présence tardive des couverts favorise le maintien de l’humidité au niveau des feuilles, ce qui accroît le risque de développement du mildiou », estime Benoît Bazerolle, de la Chambre d’Agriculture de la Côte d'Or. Cédric Elia, conseiller indépendant en Gironde, évoque une autre situation susceptible de favoriser le mildiou. « La destruction tardive des couverts peut poser problème si on projette des oospores depuis le sol sur le feuillage de la vigne lors du broyage. En 2021, où la destruction des couverts a été reportée à juin à cause de la longue période de risque de gelées puis de la priorité donnée à d’autres travaux, cela pourrait avoir contribué au démarrage fulgurant de l’épidémie de mildiou. »

La sécheresse

Après un hiver très sec, les couverts risquent de freiner le démarrage de la vigne car ils ont pompé le peu d’eau disponible dans le sol. Dans une telle situation, il vaut mieux ne pas hésiter à les détruire plus tôt que prévu afin de réduire cette concurrence hydrique.

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