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2022 va coûter cher
La viticulture trinque face à la flambée des prix

Pas un équipement, pas une fourniture n’échappe à la hausse vertigineuse des prix en ce début d’année. Les syndicats s’insurgent. Le plan de résilience du gouvernement est insuffisant. L’année 2022 coûtera très cher aux producteurs.
Par Michèle Trévoux Le 31 mars 2022
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 La viticulture trinque face à la flambée des prix
"La situation est très tendue pour les vignerons", explique Benjamin Sant, secrétaire général des JA du Gard - crédit photo : JA Gard
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 Je reçois des coups de fil tous les jours : la situation est très tendue pour les vignerons. » Vice-président des Jeunes Agriculteurs du Gard, Benjamin Sant résume l’inquiétude de ses pairs face à la hausse généralisée des fournitures pour la vigne et le chai.

Le 16 février, à l’appel des JA du Gard, près de 200 agriculteurs du Gard, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône ont manifesté leur colère, réclamant une suppression des taxes sur le gas-oil. Un mois plus tard, le gouvernement a annoncé son plan de résilience avec le remboursement anticipé de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) sur les consommations de 2021 et le versement dès le 1er mai de 25 % du montant de cette taxe au titre de 2022. Autre mesure : la remise de 15 centimes d’euros HT par litre de GNR dès le 1er avril et pour 4 mois.

La remise ne compense pas la hausse subie

« Ça ne compense pas la hausse que nous avons subie, proteste le jeune syndicaliste gardois. L’État nous a poussés vers des pratiques HVE et bio qui font bondir notre consommation de GNR. En IGP Pays d’Oc, nos marges sont faibles. Avec cette flambée des prix du carburant, ce n’est plus rentable. Les pêcheurs ont obtenu un coup de pouce de 0,35 c/l. Pourquoi pas nous ? »

Le 18 mars, 500 personnes sont descendues dans la rue à Carcassonne avec les mêmes revendications. Elles ont manifesté à l’appel du Syndicat des vignerons de l’Aude, de la FDSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Capeb 11 (Chambre syndicale de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment de l’Aude).

Le plan de résilience n'a pas pris en compte les spécificité de la viticulture

Pour Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants de France, « le plan de résilience n’a pas pris en compte les spécificités de la filière viticole. Nous attendons des réponses, il y a une forte exaspération ».

Il faut dire que la hausse du prix du GNR est spectaculaire. Les chiffres sont vertigineux puisque le prix du litre a bondi de 0,66 € début 2021 pour culminer entre 1,85 et 1,95 €/l aux alentours du 9 mars, et redescendre depuis.

Début 2022, le GNR n’était qu’à 0,92 €. Sur la base de ce prix et de celui de début 2021, la chambre d’agriculture de la Gironde a estimé qu’en un an, le coût en GNR en conventionnel est passé de 68 à 96 €/ha et de 95 à 151 €/ha en bio. Avec la flambée liée à la guerre en Ukraine, ces coûts seront largement dépassés pour ceux qui n’ont pas pris les devants.

D'autres envolées hallucinantes

Mais le carburant n’est pas le seul poste à subir cette folle hausse. La chambre d’agriculture de Gironde, qui chaque année publie son référentiel des coûts en viticulture, constate d’autres envolées hallucinantes. À la suite du redémarrage de l’activité économique après la crise sanitaire, les prix se sont tendus sur pratiquement tous les postes. Les hausses les plus spectaculaires concernent les engrais chimiques, le glyphosate et les fils de fer, dont les prix à mi-février 2022 avaient doublé par rapport à l’an dernier. Dans le même temps, les piquets métalliques ont encaissé 50 % de hausse, le soufre et le cuivre, 20 %, et les phytosanitaires conventionnels, 5 %.

« La bonne solution cette année, c’était de s’approvisionner de bonne heure. Ceux qui ont commandé en novembre leurs engrais et produits phyto ont échappé à ces hausses. D’autres ont revu leurs habitudes et opté pour des produits moins coûteux. Les engrais organiques ont la cote cette année, car les prix ont moins progressé que ceux des engrais chimiques. Les engrais foliaires sont également une alternative plus économique », confie David Perrier, conseiller viticole à la chambre d’agriculture de la Gironde.

Demande accrue pour le matériel d'occasion

Les prix des matériels de culture se sont également envolés. « Un tracteur vigneron vendu 50 000 € en 2021 se négocie à 70 000 € aujourd’hui. Les prix flambent également sur tous les matériels subventionnés dans le plan de relance post-Covid : outils de travail du sol pour remplacer le désherbage chimique, pulvés confinés. C’est l’effet pervers des subventions qui induisent systématiquement des hausses de prix », indique Philippe Abadie, directeur du service entreprises à la chambre d’agriculture de la Gironde. Cette hausse du matériel neuf affecte, par contrecoup, le matériel d’occasion pour lequel la demande s’accroît.

Ce tourbillon inflationniste emporte aussi les matières sèches. En début d’année, le prix des cartons avait déjà bondi de 30 à 40 %, voire 50 % sur certaines séries, et de nouvelles augmentations sont annoncées pour la fin mars. Côté bouchons et bouteilles, la hausse moyenne serait de 8 à 10 %. Les produits œnologiques ne sont pas épargnés, l’acide citrique a ainsi presque doublé en un an. Mais compte tenu des quantités utilisées, l’impact de cette hausse sera moindre que celui des matières sèches.

Ruptures d'approvisionnement

Cette tension généralisée sur les prix se conjugue avec des ruptures d’approvisionnement sur certains produits ou matériaux comme l’inox ou les bouteilles en verre. Les délais de livraison s’allongent compliquant encore les chantiers de mise en bouteille ou la rénovation des chais. Et les fournisseurs communiquent leurs tarifs au dernier moment, précisant qu’ils sont valables pour une courte période. La campagne 2022 s’annonce encore de haut vol.

 

Achat groupé de GNR

La FDSEA de l’Hérault met sur pied un dispositif d’achat groupé de GNR. Dans un premier temps, elle a réalisé une enquête auprès de ses adhérents pour sonder leurs besoins et situer les points de livraison. À cette occasion, une centaine d’entre eux a manifesté leur intérêt pour cette démarche. Dans un deuxième temps, le syndicat a signé des conventions avec 6 fournisseurs répartis sur l’ensemble du département auprès desquels un premier appel d’offres a été lancé fin mars. « C’est une première pour nous. Mais on sent bien que c’est une préoccupation majeure de nos adhérents. Ce qui est sûr, c’est que plus on commandera de volume, plus la remise sera intéressante. Nous allons engager courant avril une autre opération sur l’achat ou l’entretien des extincteurs incendie. D’autres actions similaires pourront être lancées pour d’autres produits qui restent à identifier », commente Steve Hocine, directeur de la FDSEA de l’Hérault.

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