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Bouteille de vin, mode de réemploi

Se structurant progressivement dans le vignoble, la filière de collecte et remise en circulation de bouteilles consignées intéresse d’autant plus les opérateurs qu’elle répond à des enjeux cruciaux de développement durable.
Par Alexandre Abellan Le 02 mars 2022
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Bouteille de vin, mode de réemploi
« Passer au réemploi, c’est assez simple » rassure Anne-Claire Degail sur le salon Millésime Bio à Montpellier (ici après la fermeture, avec la sortie des bouteilles géantes servant de crachoirs). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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 Aujourd’hui, le recyclage concerne 80 % des bouteilles : elles sont portées dans un point de collecte, cassées, réchauffées et transformées pour fabriquer de nouvelles bouteilles. Le réemploi consiste à les remettre dans le circuit » résume Valérie Pladeau, ingénieur conseil œnologie et démarches qualité SudVinBio, en ouverture de la conférence du salon Millésime Bio dédié ce premier mars aux enjeux des bouteilles consignées. Une démarche qui intéresse autant qu’elle interpelle dans la filière vin, à voir l’audience réunie pour cette heure d’échanges sur la création concrète d’une filière de réemploi des bouteilles en verre.

« Notre cœur de métier est de collecter les bouteilles sales auprès des points de collecte (magasins et producteurs), de les laver (dans une unité de lavage construite à l’automne 2022 à Montpellier), on vend des bouteilles propres (reconditionnées sur palette VMF) » explique Anne-Claire Degail, gérante du collecteur de bouteilles Oc’Consigne, membre du réseau national France Consigne (réunissant 10 opérateurs régionaux*). Cette jeune fédération propose aux vignerons une gamme standard de 5 modèles de bouteilles déclinées en 2 coloris (format bourguignon, bordelais, méthode traditionnelle…) avec des poids plus lourds que les flacons actuellement allégés (les standards avoisinent 560 grammes).

Prérequis

Choisir une bouteille standard ne suffit pas pour pouvoir apposer le pictogramme France Consigne sur son étiquette. Il faut que cette dernière soit compatible au réemploi. Ce qui nécessite l’emploi d’un papier adapté et d’une colle hydrosoluble, pour que l’étiquette se décolle facilement à 80°C dans un solution alcaline (un bain de soude à 1,5 %). Pour retirer l’étiquette sans résidu sur la bouteille, Anne-Claire Degail déconseille les vernis et dorures. Un travail sur les encres est nécessaire avec ses fournisseurs pour obtenir le rendu souhaité souligne Laurent Lechat, le directeur général de l’imprimeur Inessens. Avec une étiquette facilement décollable de la bouteille standard exempte de marques (comme un numéro de lot, à inscrire sur l’étiquette), les choses sont ensuite simples selon les promoteurs de la consigne.

S’étant lancé en février 2021 dans les « bouteilles possiblement réemployables », le domaine de Sauzet (20 hectares en bio au sud des Cévennes) répond à la demande de clients, notamment de Biocoop, explique Nicolas Moine, l’œnologue régisseur de la propriété héraultaise. Commercialisant annuellement 50 à 60 000 bouteilles, le domaine compte passer 50 % de ses volumes en bouteilles consignées cette année. Pour avoir un volume et un débit conséquents, « le choix s’est porté sur les deux marques les plus vendues ("Madame M" et "le Yin et le Yang") et sur des points de vente où il y a du débit (les Biocoop sont parfaites avec une clientèle sensibilisée) » rapporte Nicolas Moine, dont le domaine travaille peu à l’export.

Retour au bon sens

L’objectif de la filière de réemploi est de rétablir une consigne nationale souligne Anne-Claire Degail : « il ne s’agit pas d’un retour en arrière, mais d’un retour au bon sens, avec les technologies d’aujourd’hui ». Souhaitant mettre fin à l’ère du tout jetable, les opérateurs qui croient dans la consigne savent qu’il va falloir donner de nouvelles habitudes à leurs clients. En témoigne le caviste Benjamin Chassaing (cave la Capilla, Montpellier), qui note de bons retours des restaurateurs (ayant juste à lui remettre les bouteilles lorsqu’il les livre), mais indique que les consommateurs doivent encore être intéressés à la consigne (peut-être avec des remises). Actuellement embryonnaire, la filière du réemploi peut s’appuyer sur de véritables ambitions de massification. Spécialisés dans l’alimentation bio, chacun des 750 magasins du réseau Biocoop se fixe pour 2024 l’objectif d’accueillir un point de collecte, afin de permettre le retour de 3 millions de bouteilles réemployables par an, avec un taux de retour de 90 % indique Nicolas Dauvé, le chargé de recherche emballage de Biocoop.

20 cycles

Un développement suivi avec intérêt par les verriers. « Le réemploi est le prolongement naturel du recyclage. Il faut voir ça comme deux circuits complémentaires » indique Bastien Vigneron, le responsable réemploi Verallia France. Ajoutant que « le réemploi ne va pas remplacer le recyclage. Sachant que les bouteilles réemployées auront une durée de vie limitée (avec un taux de réemploi de 95 %, il y aurait 20 cycles envisageables). » Actuellement, les usines de Verallia ne produisent pas de de bouteilles conçues pour être réemployées (comme cela est clairement indiqué sur les fiches techniques de ses références).

Aucune bouteille n’est garantie pour être remployée dans la filière vin confirme Anne-Claire Degail. Qui précise que la filière de réemploi ne fait pas que laver les flacons : « il y a aussi un contrôle de qualité. Il s’agit de vérifier l’intégrité de la bouteille. Il y a donc des risques de casse sur ces bouteilles, que l’on n’ignore pas. » Une mireuse automatique contrôle ainsi l’absence de fissure, bris de verre, etc. Des contrôles microbiologiques sont également réalisés.

Surcoût

Pour les opérateurs souhaitant lancer une gamme de bouteilles réemployables, Anne-Claire Degail prévient que le passage à une bouteille plus lourde et l’adaptation de l’étiquette représentent un surcoût en matières sèches « qui se compte en centimes » par col. Mais quand il y aura massification de la consigne, il y aura des économies d’échelle note la gérante, pour qui « les premiers pionniers se lancent pour des raisons écologiques, ceux qui viendront ensuite répondront à des enjeux économiques (le prix d’une bouteille revendue va moins augmenter que celui du neuf) ».

Très sollicitée sur le salon Millésime Bio, Anne-Claire Degail fait état « d’une vraie volonté, d’une vraie envie » du vignoble de réduire son empreinte environnementale avec le réemploi. Qui ne serait qu’une étape pour la gérante d’Oc’Consigne, qui a les capsules dans le viseur : « un déchet pur de plusieurs matériaux qui ne peut être qu’enfoui. La Marianne n’est plus obligatoire : je comprends que c’est compliqué, mais j’appelle à se passer de capsules. »

 

 

* : Cette filière de réemploi des bouteilles est constituée par Haut la Consigne (Hauts de France), J’aime mes bouteilles (Bourgogne Franche Comté), Bout’ à bout’ (Pays de la Loire), la Consigne de Provence (région Sud), ma Bouteille s’appelle reviens (Drôme), Rebooteille (région lyonnaise), Alpes Consigne (Isère et Savoie), Consign’up (Ouest de l’Occitanie), Oc’Consigne (Est de l’Occitanie) et l’Incassable (Marseille).

 

 

 

 

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