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Lutte contre le mildiou de la vigne en bio : du cuivre à petites doses
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Conseils des experts
Lutte contre le mildiou de la vigne en bio : du cuivre à petites doses

Intervenir avant les pluies, telle est la clé de la réussite en bio pour lutter contre le mildiou. Et pour les conseillers, plutôt que mettre de grosses doses de cuivre, mieux vaut passer régulièrement avec de petites doses.
Par Marion Coisne Le 01 février 2022
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 Lutte contre le mildiou de la vigne en bio : du cuivre à petites doses
Vigne traitée avec du cuivre pour lutter contre le mildiou en bio - crédit photo : CHRISTELLE STEF
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e cuivre reste la base de la protection mildiou pour les viticulteurs bio : tout l’enjeu est de réduire les doses apportées. Pour Nicolas Constant, ingénieur conseil chez Sudvinbio pendant vingt ans, qui rejoint L'IFV en février, « le plus important c’est de positionner les traitements en préventif, au plus près des épisodes de contamination, même si c’est plus facile à dire qu’à faire ». Même son de cloche chez Éric Narro, coordinateur du pôle viticulture chez Agrobio Périgord : « nous préconisons de traiter avant la pluie avec des doses de cuivre à l’hectare faibles. Il est plus important de traiter au bon moment que d’augmenter les doses. » En début de programme, il recommande donc 250 g de cuivre métal/ha, avant de passer à 300 g/ha avant l’encadrement de floraison, puis à 400 g/ha en encadrement floraison. Martin Rocour, technicien viticulture bio et biodynamie à la Coordination agrobiologique des Pays de la Loire confirme « Traiter régulièrement et à petites doses, telle est la clé de la réussite ». Il recommande de commencer avec 100 g Cu métal/ha, pour arriver à 250 g/ha à la floraison, voire 300 à 400 g/ha si les pluies et la pression le justifient.

En cas de lessivage, il ne faut pas hésiter à renouveler le traitement. Nicolas Constant conseille ainsi de réintervenir après 20 mm de pluie. Martin Rocour dès 25 mm. Et, il faut veiller à la qualité de pulvérisation. Les techniciens rappellent aussi l’importance d’assurer une bonne portance des parcelles « Enherber un rang sur deux ou sur trois au moins jusqu’à la fleur permet d’intervenir après une pluie, si nécessaire », indique Nicolas Constant. Sans oublier la prophylaxie. L’ingénieur conseil préconise d’épamprer soigneusement les cépages le nécessitant, et de maîtriser la vigueur dans les situations où c’est nécessaire.

Huile essentielle d’orange douce en rattrapage

En cas d’attaque, les conseillers mettent en avant l’intérêt de l’huile essentielle d’orange (Essen’ciel, Limocide, Prev-Am). Pour Éric Narro, « elle peut assécher les sporulations de mildiou, et ainsi participer à freiner la maladie », même si, en raison de son coût et de son effet négatif sur les auxiliaires, il préfère limiter son usage. Nicolas Constant a un avis différent. Sur mildiou déclaré, « l’huile essentielle d’orange est une stratégie risquée, car même si le produit sèche un peu les taches, leur présence indique que c’est trop tard. Mieux vaut intervenir en préventif, et éviter que la maladie ne s’installe ». Au lieu d’en faire un usage pompier, il incite donc à l’utiliser en début de programme, en l’associant au cuivre pendant les six premiers traitements. De quoi renforcer l’efficacité du cuivre tout en évitant les risques de brûlures qui peuvent survenir lorsque l’huile essentielle d’orange douce est positionnée à une période où les températures sont élevées.

Les autres produits de biocontrôle ont-ils un intérêt ? Pas vraiment selon les experts interrogés. « Avec le Cos-Oga et la Cerevisane, on a des résultats relativement peu stables », juge Nicolas Constant. Éric Narro n’est pas non plus convaincu par ces solutions. En revanche, il recommande les préparations de plantes que les viticulteurs peuvent faire eux-mêmes ou qu’ils trouvent dans le commerce. « Elles aident la vigne à se défendre », assure-t-il. Elles s’utilisent en complément du cuivre, dont elles peuvent aider à réduire les doses. Martin Rocour confirme que, souvent, les bios utilisent de telles préparations en complément du cuivre. « En début de saison, jusqu’à 5-6 feuilles étalées, ils ont souvent recours au purin d’ortie et de consoude, ensuite à des tisanes à base de pissenlit, achillée millefeuille ou de saule. Le choix de la plante se fait en fonction de la météo », ajoute le conseiller ligérien. De son côté Éric Narro met en avant l’intérêt de l’écorce de bourdaine, en cas de sortie de mildiou.

Les cépages résistants, la vraie alternative au cuivre

Mais ce qui va permettre de vraiment réduire le cuivre à plus long terme, ce sont les cépages résistants, comme l’explique Éric Narro : « En 2021, un viticulteur que je suis a fait 16 traitements et mis 4 kg de cuivre, sur les vignes classiques, et seulement trois traitements, avec 600 g de cuivre, sur les cépages résistants. »

 

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