Accueil / Gens du vin / Ces viticulteurs défendent la certification HVE face aux attaques

Témoignages
Ces viticulteurs défendent la certification HVE face aux attaques

Des vignerons labellisés Haute Valeur Environnementale livrent leurs réactions face aux critiques que subit cette certification. Ils déplorent surtout la division de la profession sur le sujet.
Par Colette Goinère Le 03 janvier 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Ces viticulteurs défendent la certification HVE face aux attaques
Cyril Giresse, le gérant du château Gravettes Samonac en Gironde trouve les critiques envers HVE "injustes" - crédit photo : DR
C

yril Giresse, le gérant du château Gravettes Samonac (40 ha, AOC Côtes de Bourg) à Samonac en Gironde n’en démord pas. « C’est injuste. Depuis six mois, j’observe des critiques dans la presse, sur les réseaux sociaux, à la télé. La certification Haute Valeur Environnementale (HVE) est accusée de ne pas être une vraie labellisation. Seul le bio aurait une vraie valeur environnementale. Dans l’esprit des consommateurs, le bio veut dire ne pas traiter. Or c’est faux. En 2021, j’ai traité huit fois quand les bios ont fait une vingtaine de passage. Je ne veux pas opposer bio et conventionnel, je n’en vois pas l’intérêt. Mais attention aux amalgames. L’important est de mieux faire et d’avancer collectivement », estime-t-il.

Un système d'amélioration continue

Certifié HVE depuis le millésime 2019, Cyril Giresse écoule 40 % de sa production en bouteilles. Il explique régulièrement ce label aux particuliers qui viennent à la propriété ou sur les salons. « C’est un système d’amélioration continue », répète-t-il. A Divatte-sur-Loire, en Loire Atlantique, Carmen Suteau, certifiée depuis 2014, en est convaincue. « La HVE permet de progresser car on analyse tous les postes de l’exploitation », dit-elle. Le label figure en bonne position sur son site internet et dans sa cave. Aux clients qui viennent à la propriété, le domaine du Champ Chapron, 63 ha, en AOC Muscadet et Coteaux d’Ancenis (60 % en direct et 40 % vrac), elle explique avec des mots simples que passer ce label lui a donné l’envie d’en faire plus pour la biodiversité.

« La HVE c’est l’assurance pour le consommateur que le vigneron respecte l'écosystème, qu’il participe à la beauté des paysages viticoles et qu’il est attentif à toutes ses pratiques viticoles », indique-t-elle. Et de rappeler ses efforts pour ne pas travailler le sol, pour mettre en place des bandes enherbées, etc.

Il faudrait une bonne campagne de communication

Carmen Suteau ne décolère pas face aux critiques et aux médias généralistes qui les relaient. « Je ne comprends pas cet acharnement. C’est un tissu de bêtises qui me fait bondir. C’est inadmissible de se faire la guerre entre nous de cette façon », lâche-t-elle évoquant les attaques des bios. Et de conclure : « La HVE n’est pas assez expliquée, il faudrait une bonne campagne communication ».

Au château Baudare David Vigouroux se rassure. « J’ai entendu des critiques. Mais au final ce qui qui compte c’est que le consommateur ne remette pas le label en cause », veut croire ce vigneron à la tête de 55 ha en AOC Fronton à Labastide Saint Pierre, dans le Tarn et Garonne. Alors, il défend bec et ongle la certification qu’il a obtenue dès le millésime 2017 et qu’il affiche en grand dans son chai. « Nous avons toujours eu une démarche environnementale. Ce label m’a permis de la renforcer », assure-t-il. Sur ses contre-étiquettes, il mentionne « plus de résidus d’insecticides dans le vin », « bandes enherbées dans les vignes ».

Un bémol : l'option B

David Vigouroux émet toutefois un bémol : « Je suis contre l’option B basée sur la part des intrants dans le chiffre d’affaires. Cette vision comptable est à supprimer. La HVE c’est pour progresser, pour limiter le nombre de traitements, et impliquer les salariés. Depuis 2017 j’ai adopté la confusion sexuelle. Je n’utilise plus de mancozèbe car il est classé CMR. Cela augmente le coût à l’hectare mais c’est plus vertueux".

De la pédagogie avec les salariés

Le label a aussi apporté un bénéfice d’une autre nature : plus de pédagogie avec ses salariés. « C’est toujours compliqué de changer de pratiques. Alors j’ai bien expliqué aux salariés qu’on allait davantage protéger leur santé et celle des consommateurs et qu’avec la confusion sexuelle par exemple ils auraient trois passages en moins de tracteur de moins à faire. »

Bio et HVE : deux certifications complémentaires

A Chouilly, dans la Marne, Jean-Pierre Vazart à la tête des champagnes du même nom (11 ha, 70 000 cols) voit les choses un peu différemment. Et pour cause, il est certifié HVE et Bio. « Dans la presse, sur les réseaux sociaux, on entend de tout, remarque-t-il. On met dos à dos Bio et HVE. On accuse HVE de ne pas aller assez loin dans la limitation de produits phytos. Or ce sont deux certifications complémentaires. » Lorsqu’il reçoit ses clients, il se dit « fier » d’avoir les deux. Tout en reconnaissant que le label HVE n’est pas connu des consommateurs.

Même discours pour Thierry Meze. « Dans les médias j’entends des critiques opposent Bio et HVE. C’est absurde. Tout cela me désole car le label HVE est un tremplin pour aller vers le bio », explique le régisseur de château Gautoul, 20 ha à Puy Leveque dans le Lot, en appellation Cahors.

J'agis par motivation

Alors qu’il est HVE depuis 2016, Thierry Meze ne l’affiche pas sur sa propriété. « J’agis par motivation, explique-t-il. J’ai supprimé les herbicides et l’épamprage chimique. Je suis fier de ce que je fais. Je n’ai pas besoin de le crier sur les toits. En fait, les clients veulent surtout savoir si les vins sont bio. Ce sera fait en 2023 », assure-t-il. 

 

Des associations à l’attaque

Crée en 2012, la certification HVE se voit attaquée par des associations environnementalistes et par la Confédération paysanne. En décembre 2020, alors qu’il était question d’accorder un crédit d’impôt aux exploitations certifiées HVE, ces organisations ont ouvert le feu lors d’une conférence de presse où elles ont dénoncé, un « enfumage » et « l’illusion de transition agroécologique que constitue la certification HVE » et réclamé la suppression de l’option B, basée sur le respect d’un ratio intrants sur chiffre d’affaires inférieur à 30 %. Pour sa part, la Fnab (fédération nationale de l'agriculture biologique) considère "l’alignement du soutien entre HVE et Bio dans la PAC" comme un "affront". Depuis, le gouvernement planche discrètement sur une réforme qu’il doit présenter cette année, reconnaissant fin novembre, devant une commission sénatoriale, « un sujet sur la voie B, celle où on examine le pourcentage de phytosanitaires dans le chiffre d'affaires ».

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (9)
pg Le 12 janvier 2022 à 19:29:09
Je ne veux pas basculer vers le bio parce que je ne veux pas passer mon temps à traiter avec de la BB. J' avoue avoir le Cu dans le "collimateur". Chacun ses obsessions De plus , les insecticides bio sont moins sélectifs et d' une efficacité douteuse. Sans compter qu'il faut les appliquer la nuit. Je veux bien admettre que sans BB les bios n' on pas d' alternative. HVE3 n' est pas parfaite mais elle est un progrès. Il n' est pas vrai qu' elle reflète la moyenne des pratiques. Il ne serait alors pas pas nécessaire de ne pas dépasser un certain IFT . Des pistes pourraient être envisagée comme le bilan carbone , le zéro herbicide , la valorisation des sous produits . Pour ma part , HVE3 est la certification des mes efforts environnementaux. J'en suis fier parce que je la mérite . Justement par ce que je fais mieux que la majorité de mes voisins. Trop de bios réagissent de façon sectaire . Ca me désole. La vérité est toujours à mi chemin des extrêmes . Alors , oui à une amélioration de cette certification . Mais , non au " sorti du bio , point de salut".
Signaler ce contenu comme inapproprié
Le John Le 06 janvier 2022 à 18:53:28
Le john Bio est une chose HVE est dans une autre dimension :LE RESPECT DES MILIEUX NATURELS on appelle cela la biodiversité En bio on préserve une méthode ancestrale de culture HVE s oblige au respect de la biodiversité On n interdit pas aux bio à s inscrire en HVE et vis versa On jugera dans 5/7/10 ans des effets sur l environnement sans compter le bilan carbone
Signaler ce contenu comme inapproprié
Guy Le 05 janvier 2022 à 14:56:18
Étrange Les cartes des régions utilisant le plus de pesticides et la carte des régions ayant le plus de certification HVE se superposent ? Mystère.....!
Signaler ce contenu comme inapproprié
Vivi Le 05 janvier 2022 à 06:42:47
Cette certification n?a pas fait ses preuves, et de nombreux rapport sont parus au cours de l'année 2021 pour confirmer sa faible performance. Les faibles performances de la HVE ont été soulignées : - par une note de l'Office Français de la Biodiversité, rendue fin 2020 aux ministères de l?agriculture et de la transition écologique, mais restée confidentielle, puis rendue publique par le Monde, qui estime, via son évaluation du référentiel, que celui-ci ne donne pas de gage de réelle plus-value environnementale ; - par la Cour des comptes estime que le label HVE ne présente « pas de garantie environnementale suffisante à l'heure actuelle » (note d'octobre 2021 : Accompagner la transition agroécologique les enjeux structurels pour la France) - par l'Autorité environnementale dans son avis délibéré sur le plan stratégique national de la politique agricole commune 2023-202, critique estime que le cahier des charges actuel de la HVE "ne présente aucun bénéfice environnemental supplémentaire par rapport à celui apporté par le simple respect des bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE), qui conditionnent les aides PAC, et que le niveau d?ambition est calibré au niveau de ce qui se pratique déjà dans la majorité des exploitations". - par l?Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) dans sa note "La certification Haute Valeur Environnementale dans la PAC : enjeux pour une transition agroécologique réelle", qui estime "qu'en l'état actuel de son cahier des charges, cette certification ne peut prétendre accompagner une réelle démarche de transition agroécologique". - par une étude Greenpeace, WWF, le BASIC et l?UFC-Que Choisir qui démontre que les effets du label HVE sont d'une part, très faibles, et d'autre part peu avérés.
Signaler ce contenu comme inapproprié
Benji Le 04 janvier 2022 à 22:05:04
On voit bien dans les commentaires que le HVE est ouvertement attaqué par les ong et autres lobbyistes bio! Le HVE répond aux besoins de productions,de revenus,d?écologie et de bon sens ne leurs en déplaise ,ce qui est loin d?être le cas pour bon nombre de viticulteurs bios qui se convertissent simplement pour cause de subvention annuelle ! Quand sera t?il quand le marché bio ne sera plus en phase avec ces volume? Quand à parler d?enfumage et faire croire que les pesticides bios sont inoffensifs c?est prendre les gens pour des c?! Personnellement la plus grosse fumisterie est de pouvoir faire certifier en bio qu?une partie de son exploitation ce qui est impossible en HVE ! Quand aux tonnages de pesticides augmentent annuellement aucune ong ne met en cause le bio es ce bien logique
Signaler ce contenu comme inapproprié
Vigmic Le 04 janvier 2022 à 19:16:25
Et si une fois pour toute on mettait le sujet du bilan carbone de AB sur la table! Personnellement en HVE je ne laboure pas de neuf mois. Un girobroyage en mars avant le gel. Un désherbage en avril sur 1/5 de la surface ( le cavaillon), suivi de trois labours (avril, mai, juin). le tout à 8 km/H. Sur 65 ha je ne m'imagine pas passer les interceps à 4Km/H. Il m'en faudrait une paire, plus un nouveau tracteur, plus un chauffeur. On peut évoquer aussi les traitements contre le mildiou. En 2018 ,année de mildiou, j'ai fait 6 traitements. Mon voisin en AB 16, tout en perdant une partie de sa récolte. J'estime une économie de 30% de GNR. Je n évoque même pas le cuivre non dégradable qui s?accumule dans le sol. Mais c'est un autre problème!
Signaler ce contenu comme inapproprié
Dado Le 04 janvier 2022 à 10:40:24
Le HVE permet au viti travailler plus intelligemment, par contre il n'évite pas les pollutions et ne préserve pas plus la santé. Fils de viticulteur, je suis né avec toutes ces pratiques conventionnelles. Passer en AB depuis 7 ans, je traite moins qu'avant et le travail du sol me prend le même temps sans désherbant.
Signaler ce contenu comme inapproprié
Le piocheur Le 03 janvier 2022 à 21:18:12
Je suis vigneron certifié HVE en Alsace, nous sommes également visés par certaines ONG voir des vitis en bio. Je n'ai pas de gros 4/4 je me rend dans mes vignes avec un Citroën Berlingo 1,9 de 2004 où mon tracteur qui tourne au GNR (obligatoire en certification HVE)! Je connais des vitis en bio certifiés DÉMÉTER dont leurs tracteurs tournent toujours au fuel domestique !???? Messieurs dames des ONG, je taquine quelques mauvaises herbes sur le cavaillon avec du désherbant chimique mais je n'ai pas de plantes pour les toxicos sur mon exploitation !!!!!!
Signaler ce contenu comme inapproprié
Beujo Le 03 janvier 2022 à 20:38:39
Hve =haute volonté d enfumage
Signaler ce contenu comme inapproprié
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé