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Expérimentation
Premiers résultats prometteurs pour les vendanges sous persiennes photovoltaïques

Fin août et début septembre, Pierre Escudié du domaine de Nidolères dans les Pyrénées-Orientales a vendangé pour la première fois la vigne qu'il a installée sous des persiennes photovoltaïques. Les résultats sont conformes à ses attentes.
Par Christelle Stef Le 16 novembre 2021
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 Premiers résultats prometteurs pour les vendanges sous persiennes photovoltaïques
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’est inédit ! Fin août et début septembre, Pierre Escudié, le propriétaire du domaine de Nidolères à Tressere (Pyrénées-Orientales) a vendangé pour la première fois la parcelle de vigne qu’il a plantée en 2018 sous des persiennes photovoltaïques. Un dispositif unique au monde né de sa rencontre avec la société Sun’Agri. Et qui lui a valu de passer en direct dans Télématin sur France 2 le 16 septembre.

Sa parcelle de 4,5 ha comprend trois cépages : chardonnay, grenache blanc et marselan. « On a démarré les vendanges 26 août par le chardonnay, puis on a récolté les autres cépages, explique-t-il. Tout s’est bien passé. On a pu passer la machine à vendanger sans problème. Mais dans les rangs où se trouvent les poteaux qui supportent la structure il a fallu vendanger à la main. Les fruits étaient beaux. La vigne n’a pas souffert d’excès de chaleur. La maturité a été un peu plus lente que dans la partie témoin mais c’est justement ce que l’on recherchait, avec notamment un demi-degré en moins sur le chardonnay. Et aujourd’hui (le 27 octobre, ndlr), la vigne est magnifique. Le feuillage est bien vert alors que les parcelles non couvertes jaunissent et commencent à perdre leurs feuilles ».

Alexandre Cartier, responsable d’affaires chez Sun’Agri confirme que les premiers résultats sont intéressants sur le plan qualitatif.  « On note en moyenne un degré de moins dans les moûts et 0,5 g d’acidité totale en plus par rapport au témoin.». Ce résultat est lié au fait que les persiennes ont modifié la phénologie. « Au débourrement, les pieds sous les persiennes ont présenté une avance de 2 à 3 jours, puis cette précocité s’est atténuée à la floraison pour s’inverser à la véraison avec un retard de maturité de 3 à 5 jours. C’est conforme aux objectifs recherchés ». Les expérimentateurs ont fait des microvinifications par cépages. Fin octobre, les résultats n'étaient pas encore disponibles. Pour seule réponse à notre curiosité, Pierre Escudié nous glissait qu'il envisageait d'élaborer une cuvée spécifique à terme.

Des rendements qui dépendent des cépages

Quid des rendements ? Que ce soit sous les persiennes ou sur le reste du domaine, ils dépendent des cépages. « On a eu très peu de sorties sur le chardonnay.  En revanche, la récolte a été bonne sur le grenache blanc et le marselan », indique Pierre Escudié. Là encore, nous n’en saurons pas plus. « La vigne est seulement en quatrième feuille. Il faudra répéter les mesures avant de conclure quant à l'effet des persiennes sur le rendement. De toute façon, l’objectif n’est pas d’augmenter les rendements mais de les préserver dans un contexte où les aléas climatiques se multiplient et s’intensifient », justifie Alexandre Cartier.

Plus chaud sous les persiennes en hiver

Une chose est sûre : les persiennes ont bien joué leur rôle de protection vis-à-vis des aléas climatiques. En hiver, lorsqu’elles sont à plat, elles conservent la chaleur au niveau du sol. Le 6 janvier dernier, par exemple, jour de gelée blanche, les experts ont relevé jusqu'à 4°C de plus sous les persiennes que dans la vigne témoin. « La différence était flagrante. Le sol était blanc partout sauf sous les persiennes », rapporte Pierre Escudié. Le 8 avril, les experts ont relevé 2,5 °C de plus sous les panneaux photovoltaïque. « Nous n'avons pas gelé ce jour-là, contrairement à la Vallée du Rhône et au Languedoc. Mais 2,5°C de plus, cela peut faire la différence », assure Alexandre Cartier.

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A l'inverse, l'été il fait plus frais sous les persiennes. « Le 28 juin 2019 on a relevé jusqu’à 4°C de moins que dans les autres vignes », note Alexandre Cartier. De quoi préserver les raisins de l’échaudage, lors de coups de chauds extrêmes comme il s'en est produit en juin 2019.

L’effet des persiennes est également notable sur le statut hydrique. « L'eau s'évapore moins des sols. Et la plante évapore moins, elle aussi. Sur Tresserre, on a noté une baisse de l’ETP de 12 à 30 % sous les panneaux. Sous les persiennes, lors de canicules, la vigne stresse moins et stoppe moins sa croissance », rapporte Alexandre Cartier. A voir si ces résultats encourageants se confirment dans le temps...

Un dispositif unique au monde

Au domaine de Nidolères à Tressere dans les Pyrénées-Orientales, les persiennes photovoltaïques couvrent 4,5 ha. La structure a été installée l’hiver 2017-2018, et la vigne au printemps 2018. Les rangs sont plantés à 2 m 25 et entre les pieds d’1 m. Le dispositif comprend trois rangs de vigne, puis une rangée directement sous les panneaux photovoltaïques. « Supportés par des poteaux, les panneaux se situent à 4,5 m de haut, ce qui permet la mécanisation. Leur inclinaison est pilotée à distance pour faire varier l'ombrage selon la météo, le stade de la plante et ses besoins en lumière. Au maximum, ils couvrent 37 % de la surface du sol pour éviter les phénomènes d’ombrage. A certains stades clés, nécessaire à la photosynthèse, nous orientons les panneaux de telle sorte que la vigne retrouve de pleines conditions de lumière », détaille Alexandre Cartier, de Sun’Agri. La parcelle est irriguée. A proximité, 3 ha plantés avec les mêmes cépages et conduits de la même façon servent de témoin. Le dispositif est suivi par l’Inrae, la chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales et Sun’Agri. L'investissement a coûté 800 à 900 000 €/ha, entièrement pris en charge par une société dédiée à l'agrivoltaïsme.

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