Accueil / Politique / Coup de sang d'un père fondateur face aux tensions de l'interprofession des vins du Languedoc

Bernard Devic
Coup de sang d'un père fondateur face aux tensions de l'interprofession des vins du Languedoc

Directeur général du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc de 1998 à 2004, Bernard Devic est un membre fondateur du CIVL qui voit avec déception cet édifice construit sur l'union vaciller sous les dissensions. Le point avec un expert ayant quitté la filière, sans trop s'en éloigner avec son poste de maire dans le vignoble de l'Aude.
Par Alexandre Abellan Le 28 octobre 2021
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Coup de sang d'un père fondateur face aux tensions de l'interprofession des vins du Languedoc
« Au sein de l’interprofession, notre postulat était que les grandes régions viticoles qui ont conquis de la notoriété, notamment à l’export, ont une interprofession qui fonctionne » pointe Bernard Devic. - crédit photo : DR
P
ouvez-vous nous raconter dans quelles conditions est né le concept de "metteur en marché direct" qui défraie actuellement la chronique du CIVL (les négociants ayant exclu ces représentants de l’interprofession) ?

Bernard Devic : À l’heure où je parle, je n’ai aucune légitimité pour juger ou critiquer l’une ou l’autre des parties. J’ai quitté la filière, mais comme élu de l’agglomération de la Narbonnaise, je ne peux rester insensible quand je vois certains articles de journaux ou certaines prises de position. Cette création des metteurs en marché direct est un élément qui fait partie d’un tout et d’un moment donné. À la fin du siècle dernier, quand le CIVL a été mis sur orbite, il fallait désamorcer une crise qui était latente depuis toujours entre les caves particulières, les coopératives et le négoce.

L’idée de mettre en place les metteurs en marché direct m’est venue alors que j’étais membre d’une équipe relativement performante grâce à ses professionnels*. Pour être légitime, tout accord interprofessionnel doit reposer sur les bases des familles de la production et du négoce. J’avais obtenu l’accord qu’un tiers des élus de ces deux familles serait représentatif, en termes économiques et de commercialisation, des producteurs commercialisant leurs propres vins. En résumé, ce sont les caves particulières et les caves coopératives, y compris avec des filiales de négoce. Ces metteurs en marché se sont réunis en association pour avoir un système de représentativité et de fonctionnement. Voilà rapidement résumé l’affaire, qui a demandé beaucoup de bonne volonté et aucun sectarisme.

 

Pourquoi ce système a-t-il prospéré en Languedoc et pas dans d’autres bassins (à l’exception des vins du Sud-Ouest) ?

Dans les autres régions, le négoce est plus puissant. La difficulté qui pouvait être soulignée dans le Languedoc à l’époque, et je ne pense pas que cela ait beaucoup changé, c’est qu’il y avait peu de grands négociants en nombre, en volumes et en poids économiques. Désormais il y a plus d’opérateurs, mais c’est lié à la sociologie de la région : c’est une question de représentativité. Il y a vingt ans, personne ne souhaitait une crise institutionnelle dans une région qui devait se développer. Aujourd’hui la qualité des vins est acquise, il faut développer la notoriété. L'union est indispensable pour la région, je l'ai portée pendant mes présidences d'InterSud (2007-2008 et 2010-2013).

 

Si vous êtes éloigné de la filière, comment voyez-vous les tensions actuelles qui divisent le CIVL ?

Quand je vois la chaleur actuelle : je suis en colère. L’interprofession c’est sacré : on peut s’engueuler à l’intérieur, on peut se disputer, mais on ne le met pas les différends sur la place publique. Il faut garder la force de l’institution. Il faut tout faire pour maintenir tout le monde dans l’interprofession. Quatre Organismes de Défense et de Gestion (ODG) veulent partir : c’est scandaleux, ça me met en colère. Et cela peut désespérer les collectivités territoriales (agglos, région...) qui sont sollicitées et qui voient ces disputes.

 

Vous faisiez partie de la direction du Val d’Orbieu de 2004 à 2011 : désormais baptisée Vinadeis et rattaché InVivo, cette structure évoque une suspension de ses Cotisations Volontaires Obligatoires (CVO) au CIVL...

Ce serait une erreur, je ne peux pas le concevoir. Je suis toujours sensible au jeu de groupe. Il faut tout faire pour trouver des solutions.

 

* : "Le président des coteaux du languedoc Jean-Christophe Bousquet, aujourd'hui décédé, le vigneron président des caves particulières Xavier de Volontat , le président des caves coopératives Joel Castany, la maison des fréres Jeanjean, le négociant producteur Gérard Bertrand, Michel Péresse qui représentait Castel, les vignerons présidents d'appellations comme Phiilippe Coste pour le Minervois, Jean-Marie Sanchis pour le Corbiéres, Bernard Vidal pour le Faugéres, ainsi que Limoux avec l'équipe Mirc et Gayda, sans oublier la mémoire du défunt président fondateur Yves Barsalou" liste Bernard Devic.

 

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (1)
Helge Le 29 octobre 2021 à 13:57:04
Un beau parleur le Bernard. Toujours près à tirer la couverture à lui et à faire sa propre éloge hélas il a une part de responsabilité dans la crise actuelle.
Signaler ce contenu comme inapproprié
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé