LE FIL

Engagements durables

Les vignerons du Ventoux veulent tripler leur enherbement, recycler 30 000 bouteilles…

Vendredi 01 octobre 2021 par Alexandre Abellan

« Nous avons envie de fédérer les énergies de la dynamique de montée en gamme » explique Frédéric Chaudière.
« Nous avons envie de fédérer les énergies de la dynamique de montée en gamme » explique Frédéric Chaudière. - crédit photo : DR
Le syndicat de l’appellation Ventoux publie sa « raison d’être » et neuf engagements pour prendre un virage plus durable et ancré dans son territoire d’ici 2030. Le point avec son président, Frédéric Chaudière.

Lors de votre élection à la présidence de l’AOC, vous avez annoncé travailler à un plan stratégique de repositionnement du Ventoux reposant sur des « objectifs sérieux de transition écologique ». Un an après, vous y êtes ?

Frédéric Chaudière : On commence à déplier le programme : on a essayé de privilégier la notion de collectif et d’adhésion large avec une nouvelle stratégie à long terme. Pour y parvenir, l’idée était de questionner le vignoble pour faire remonter les idées et d'élaborer ainsi notre raison d’être. C’est notre boussole pour 2030.

Notre démarche est participative. Les premières consultations ont eu lieu en novembre 2020. Nous avons été épatés par le nombre et la qualité des retours : 230 participations ! Cela nous a donné un livre blanc foisonnant d’idées. Des ateliers les ont mises en forme pour une consultation en mai 2021, qui nous a permis de hiérarchiser les priorités. Nous avons dans la foulée créé un nouveau poste dans l’équipe de l’AOC Ventoux dont l’objet est le Climat et la Transition Environnementale. Enfin, des réunions bisannuelles vont se tenir pour mettre en place notre plan d’action, dans le cadre d'un comité de pilotage créé avec d’autres acteurs du territoire (directeurs des deux Parcs Naturels Régionaux, la présidente de la Chambre d'Agriculture, la directrice de Vaucluse Provence Attractivité...).

 

Parmi vos neuf objectifs (voir encadré), on note notamment les objectifs de triplement de l’enherbement, de plantation de 30 000 arbres, de création d’une filière de consigne…

Nous suivons trois axes : la protection du vivant (forêt, sol…), la réduction d’impact et l’adaptation au changement climatique (nouvelles technologies, réduction des émissions…) et l’enracinement dans le territoire local (partenariats avec les acteurs du tourisme, les autres cultures…). Notre première thématique va sans doute être la captation du carbone, ce qui passe par le développement du couvert végétal. Nous avons un partenariat scientifique sur le climat avec l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture et l’Environnement) qui va sans doute s’élargir pour se pencher sur le couvert végétal (captation du carbone, gestion hydrique, apport de matières organiques…).

En même temps, notre principal poste émetteur de gaz à effet de serre est le poste du verre. Nous sommes en discussion avec des partenaires pour créer un réseau de consigne pour réutiliser nos bouteilles. La logique serait d’abord celle d’un circuit court sur le territoire local. Il faut l’adhésion des caves pour répondre aux enjeux logistiques. C’est un pari complexe économiquement, le prix de la bouteille récupérée, lavée et réutilisée est souvent supérieur à celui de la bouteille neuve. Il y a également des interrogations sur la bouteille syndicale, dont on pourrait baisser le grammage pour se rapprocher de 400 grammes.

 

Votre cahier des charges propose déjà des mesures agroenvironnementales, mais vous n’avez pas souhaité prendre le parti d’engagements contraignants.

Nous voulons créer un élan. Il n’y a pas de dimension contraignante, nous voulons dépasser ce côté normatif et sortir de la tyrannie des labels. Nous imaginons ce projet comme une construction collective. Même si certains ne vont pas s’engager tout de suite dans le mouvement, ce qui compte est de créer cet élan. Il y a déjà une forte dynamique de certifications bio et HVE (Haute Valeur Environnementale). Aujourd’hui nous essayons de créer une démarche vertueuse qui va au-delà du cadre de la viticulture pour renforcer notre impact positif sur le territoire du Ventoux.

 

Vous parlez de tyrannie des labels, il y a également la profusion des acronymes, comme la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) qui est très à la mode dans la filière vin.

Ce sont des démarches logiques et complémentaires. Nous essayons de mettre en place une démarche de progrès qui déborde la RSE. Nous ouvrons de grands champs d’action, que l’on pourra approfondir chaque année. Cela va infuser notre stratégie et notre communication. En devenant plus exemplaire, nous faisons le pari que l’AOC Ventoux deviendra aussi plus proche du consommateur. Notre raison d’être sera une communication par la preuve, dès que les actions seront réalisées.

 

Votre démarche s’appuie sur une « raison d’être » : de quoi s’agit-il ?

C’est une notion juridique issue de la loi Pacte de 2019. Ventoux est la première AOC à avoir établi sa raison d’être en construction avec les 150 caves qui la composent. Cette distinction s'inscrit généralement dans un démarche des entreprises à devenir des entreprises à mission pour aller parfaois jusq'à marquer cette raison d'être dans leurs status. L’idée est de mesurer toutes nos externalités positives sur le territoire et de porter des actions qui accentuent notre impact positif. Cela peut donc à terme élargir les missions de notre ODG. L’idée fera son chemin…

 

 

 

Pour encadrer son plan d’action, le syndicat viticole va s’appuyer sur le recrutement depuis juillet 2021 d’une chargée de mission climat et transition environnementale, Isabelle Fabre, ainsi que sur un comité de pilotage de la raison d’être, qui serait constitué d’une dizaine de personnalités de la filière et du territoire. Crédit photo : Norman Kergoat.


 

 

Les 9 actions du Ventoux pour 2030

 

« Planter 30 000 arbres.

Préserver des sols vivants Multiplier par 3 les surfaces d’enherbement naturel ou semé de l’appellation.

Participer chaque année à l’inventaire de la biodiversité de notre territoire.

Adapter nos pratiques au changement climatique : développer des données cartographiques (SIG) qui intègrent la donnée climatique.

Réduire nos émissions de gaz à effet de serre Réduire de 30 % nos émissions de CO2.

Développer un réseau de consigne de bouteilles de verre Réutiliser 300 000 bouteilles minimum chaque année à partir de 2023.

Renforcer notre rôle d’acteur de la vie culturelle locale Être partenaire de 5 grands événements de la vie locale (Rencontres de Puyméras, Grand Rendez-Vous, etc.).

Transmettre notre savoir-faire et notre culture. Organiser 2 ateliers de transfert de compétences chaque année Témoigner de la richesse naturelle du Ventoux

Développer l’attractivité oenotouristique et agricole de notre territoire Associer systématiquement à tous nos évènements de promotion des acteurs du tourisme et des producteurs de notre territoire. »

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