LE FIL

Cocktail explosif

Le vignoble alsacien sous les assauts de mildiou, oïdium, rot brun et gris

Mardi 27 juillet 2021 par Christophe Reibel

'Oïdium et mildiou peuvent cohabiter sur les mêmes grappes' rapporte le Bulletin de Santé du Végétal d'Alsace.
'Oïdium et mildiou peuvent cohabiter sur les mêmes grappes' rapporte le Bulletin de Santé du Végétal d'Alsace. - crédit photo : BSV Viti Alsace
Les 15 600 hectares de vignes d'Alsace sont soumis à une épreuve inédite, qui mêle les maladies cryptogamiques dans une spirale infernale.

Durant les six premiers mois de 2021, le vignoble alsacien a été arrosé par 600 à 720 mm de pluie selon les secteurs, autant que pendant toute une année. Les cumuls de précipitations ont été particulièrement élevés du 11 au 13 juillet. « Des racines poussent sur le tronc des sols gorgés d’eau, les fourmilières deviennent aériennes » constate Frédéric Schwaerzler, conseiller viticole à la chambre d’agriculture pour le Haut-Rhin. Mildiou et oïdium s’en donnent à cœur joie. Le long de la route des vins la pression est moins forte au nord. Elle se renforce au fur et à mesure que l’on se dirige au sud, là où les précipitations ont été plus abondantes. « Il y a des parcelles saines, d’autres touchées à 100 %. En moyenne, 40 % des grappes sont attaquées par le mildiou » constate Marie-Noëlle Lauer, conseillère viticole à la chambre d’agriculture pour le Bas-Rhin, d’après les observations réalisées dans 100 parcelles témoin. « L’oïdium déjà bien présent dans le Bas-Rhin, gagne le Haut-Rhin, seul ou associé au mildiou. Il se montre déjà parfois sur grappes. Il ne faut pas le sous-estimer car on va le traîner jusqu’aux vendanges » ajoute-t-elle. « Le rot brun sort de partout » complète Frédéric Schwaerzler.

A la mi-juillet, les domaines conventionnels avaient déjà pulvérisé six à sept fois, leur collègues bio, dix à onze fois dans des conditions loin d’être optimales. Les pluies les ont notamment contrariés courant juin, mois où la végétation a poussé très vite. Les viticulteurs en retard sur les travaux en vert sont davantage impactés. Des tracteurs se sont embourbés, voire renversés, heureusement sans conséquence pour leur conducteur. « Les dégâts sur raisin sont parfois partiels. Une compensation par les grappes restantes est toujours possible » note Marie-Noëlle Lauer. Un retour de fortes humidités pourrait cependant accroître le risque de pourriture et de recrudescence de la population de drosophiles.

"Cela devenait trop dangereux "

A Scherwiller, en centre Alsace, Damien Sohler fait partie de ceux qui ont réussi à maîtriser la situation jusqu’à présent. « Nos sols filtrants sont une chance » estime le viticulteur à la tête d’un domaine de 29 hectares. Tous nos rangs enherbés en permanence et annuellement aident également à ce contrôle. La grosse période de pluie m’a fait rebasculer en conventionnel ma partie de surface conduite en bio. Cela devenait trop dangereux. Nous avons forcément du mildiou sur feuilles et un peu sur raisin. Mais le potentiel de rendement semble pour l’heure préservé ».

A l’extrême sud de la route des vins le pronostic est nettement plus sombre. «  Le plus gros semble passé, mais je m'attends à perdre un tiers de ma récolte. De ma vie, je n'ai jamais connu une telle pression du mildiou, même en situations pourtant ventées. J'espère que l'oïdium ne va pas se rajouter » expose Thierry Schirmer, vigneron indépendant sur 15 ha en conventionnel à Soultzmatt (Haut-Rhin).

Apex brûlés

« Trois traitements par semaine n'ont pas permis de maîtriser le mildiou. Il a explosé début juillet. Les vignes ont été défoliées sur 50 à 60 cm. Les apex ont été brûlés. Des secteurs sont touchés à 80 %, d'autres pas. On ne comprend pas » raconte Laurent Franck, président de la cave de Wuenheim. Les adhérents en conventionnel misent sur une soixantaine d'hectolitres/ha, les bio sur la moitié. 

 

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